Renault, un « petit constructeur européen » selon Carlos Ghosn : une analyse approfondie

Dans une interview accordée à BFM Business le 5 mai 2025, Carlos Ghosn, ancien PDG de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, a suscité de vives réactions en qualifiant Renault de « petit constructeur européen » sans envergure mondiale.

Cette déclaration, bien que provocatrice, reflète une analyse critique de la situation actuelle de Renault et soulève des questions sur son positionnement stratégique dans une industrie automobile en pleine mutation. Cet article explore le contexte de cette affirmation, les défis auxquels Renault fait face, et les perspectives d’avenir pour le constructeur, tout en apportant une valeur ajoutée par une analyse approfondie et des perspectives inédites.

Le contexte des déclarations de Carlos Ghosn

Carlos Ghosn, figure emblématique de l’industrie automobile, a dirigé Renault et l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi pendant près de deux décennies, période durant laquelle il a transformé Renault en un acteur mondial grâce à des partenariats stratégiques et une expansion internationale. Depuis son départ controversé en 2018, Ghosn reste un observateur attentif du secteur. Dans son interview, il a déclaré :

« Renault est revenu à ce qu’il était avant 1999, c’est-à-dire un petit constructeur européen, bien managé dans ce cadre-là, mais sans aucune envergure mondiale et sans aucune présence mondiale. »

Cette affirmation intervient dans un contexte où Renault affiche des résultats financiers mitigés. En 2024, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 52,3 milliards d’euros, en baisse par rapport aux 60 milliards de 2017-2018, et une capitalisation boursaire d’environ 15 milliards d’euros, loin derrière des géants comme Toyota ou Stellantis. Ghosn pointe également l’absence de Renault sur des marchés cruciaux comme la Chine et les États-Unis, ainsi qu’une dépendance excessive au marché européen, qui représente environ 80 % de ses ventes.

Pourquoi Renault est-il perçu comme un « petit constructeur » ?

1. Une présence internationale limitée

Sous la direction de Ghosn, Renault avait renforcé sa présence mondiale via l’Alliance avec Nissan et Mitsubishi, ainsi que des implantations en Russie, en Inde et en Amérique latine. Cependant, plusieurs décisions stratégiques récentes ont réduit son empreinte globale :

  • Retrait de la Russie : En 2022, Renault a cédé ses activités en Russie, un marché clé où il contrôlait Avtovaz (Lada), en raison des sanctions liées à la guerre en Ukraine.
  • Échec en Chine : Renault a fermé ses usines en Chine en 2020, incapable de concurrencer les constructeurs locaux comme BYD ou Geely.
  • Absence aux États-Unis : Contrairement à Stellantis ou Volkswagen, Renault n’a jamais réussi à pénétrer le marché américain, le plus grand marché automobile mondial.

Ces retraits contrastent avec la stratégie mondiale de concurrents comme Toyota, Hyundai-Kia ou Tesla, qui diversifient leurs marchés pour réduire les risques.

2. Une gamme de produits recentrée mais limitée

Renault a rationalisé sa gamme sous la direction de Luca de Meo, actuel PDG, en se concentrant sur des modèles rentables comme la Dacia Sandero, la Renault Captur et des véhicules électriques comme la Mégane E-Tech. Cette stratégie, baptisée « Renaulution », a permis de redresser les marges (7,9 % en 2024 contre des pertes en 2020), mais elle a réduit la diversité de l’offre. Par ailleurs, Renault reste en retard dans la course aux véhicules électriques face à Tesla ou BYD, avec seulement 10 % de ses ventes en 2024 provenant de l’électrique.

3. Une dépendance aux partenariats

Ghosn insiste sur la nécessité pour Renault de s’appuyer sur des alliances pour survivre. L’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, autrefois un modèle de coopération, traverse une crise de confiance depuis son départ, avec des tensions sur le partage des technologies et des investissements. Renault a récemment noué un partenariat avec le chinois Geely pour développer des moteurs thermiques et hybrides, mais ce type de collaboration reste limité face à l’ampleur des investissements nécessaires pour concurrencer dans l’électrique et l’autonome.

Les défis de Renault dans un marché automobile en mutation

L’industrie automobile est confrontée à des bouleversements majeurs : transition vers l’électrique, développement de la conduite autonome, et montée en puissance des constructeurs chinois. Dans ce contexte, Renault doit relever plusieurs défis :

  1. Investir massivement dans l’électrique : Avec des concurrents comme BYD ou Tesla qui dominent le marché des batteries et des logiciels, Renault doit accélérer le développement de sa filiale Ampere, dédiée aux véhicules électriques, tout en réduisant ses coûts.
  2. Reconquérir une stature mondiale : Sans présence en Chine ou aux États-Unis, Renault risque de rester un acteur régional, vulnérable aux fluctuations du marché européen.
  3. Renforcer ses alliances : La collaboration avec Geely, Nissan ou d’autres partenaires potentiels doit dépasser le simple partage de technologies pour inclure des coentreprises ou des fusions stratégiques.

Une critique justifiée, mais une vision à nuancer

Si les propos de Ghosn soulignent des faiblesses réelles, ils occultent certains succès de Renault sous Luca de Meo. Depuis 2020, le groupe a :

  • Réduit ses pertes financières et retrouvé une rentabilité honorable.
  • Repositionné Dacia comme une marque à succès, avec des modèles abordables qui séduisent en Europe.
  • Lancé des modèles électriques prometteurs, comme la Renault 5 E-Tech, qui a reçu un accueil positif.

Cependant, la vision de Ghosn met en lumière une vérité incontournable : dans une industrie où la taille et la portée mondiale sont des atouts majeurs, Renault doit repenser sa stratégie pour éviter de devenir un acteur marginal.

Perspectives pour Renault : comment redevenir un géant ?

Pour répondre aux critiques de Ghosn et regagner une envergure mondiale, Renault pourrait envisager plusieurs pistes :

  1. Expansion ciblée : Explorer des marchés émergents comme l’Inde ou l’Afrique, où la demande pour des véhicules abordables reste forte.
  2. Investissements dans la technologie : Accélérer le développement de batteries plus performantes et de logiciels embarqués pour concurrencer les leaders de l’électrique.
  3. Alliances stratégiques audacieuses : Une fusion ou un partenariat élargi avec un acteur comme Geely ou un autre constructeur pourrait donner à Renault l’échelle nécessaire pour rivaliser avec Stellantis ou Volkswagen.

Les déclarations de Carlos Ghosn, bien que cinglantes, servent de piqûre de rappel pour Renault. Si le constructeur a retrouvé une certaine stabilité financière, il doit désormais relever le défi de redevenir un acteur mondial dans une industrie en pleine transformation. En s’appuyant sur des alliances stratégiques, une innovation technologique accrue et une expansion internationale ciblée, Renault pourrait transformer cette critique en opportunité. L’avenir du losange dépendra de sa capacité à conjuguer son héritage européen avec une ambition globale.

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Faris Bouchaala
Faris Bouchaala
Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.
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