Les rumeurs qui enflammaient les couloirs de l’industrie automobile française depuis des mois ont trouvé un démenti ferme ce mercredi. Lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire tenu à l’usine Stellantis de Poissy (Yvelines), la direction du groupe a officiellement écarté tout scénario catastrophe pour ce site emblématique, dernière usine d’assemblage automobile en Île-de-France.
- Un CSE sous haute tension : les rumeurs, ces vieilles ennemies de Poissy
- 20 millions d’euros pour rénover : un engagement concret à plus de 20 ans
- Production automobile garantie jusqu’en 2028 : l’après, c’est pour 2026
- Poissy, dernière forteresse automobile d’Île-de-France : un symbole sous pression
- Impacts : un site en mutation, pour un secteur en pleine tempête
- Poissy respire, mais l’industrie française reste en apnée
« L’usine ne fermera pas, et nous avons pris l’engagement de lui donner un avenir industriel », a martelé Éric Haan, directeur du site, devant les représentants du personnel.
Pas de plan social à l’horizon, une production automobile garantie jusqu’en 2028, et même un investissement de 20 millions d’euros pour moderniser les lignes. Dans un contexte de marché automobile européen en berne (-5 % sur les neuf premiers mois de 2025, selon l’ACEA), cette annonce sonne comme un bol d’air pour les 2 000 salariés, mais laisse planer l’incertitude au-delà de 2028.
Un CSE sous haute tension : les rumeurs, ces vieilles ennemies de Poissy
L’atmosphère était électrique ce matin à Poissy, où l’usine assemble l’Opel Mokka et la DS3 Crossback depuis 2012. Ces modèles, produits à un rythme de 1 200 unités par jour en moyenne, doivent arriver en fin de cycle en 2028, et les spéculations allaient bon train : fermeture pure et simple, reconversion forcée en logistique, ou pire, vente d’une partie du terrain pour le futur stade du PSG (projet évoqué depuis 2023). Les arrêts de production répétés – 15 jours en octobre 2025 pour écouler les stocks – et l’activité partielle n’ont rien arrangé. « On est les prochains », craignaient les syndicats, citant les fermetures récentes de Mulhouse (Peugeot 508) ou de Turin (Fiat).
Mais Stellantis a tranché. Lors du CSE, Éric Haan a présenté le plan moyen terme du site, fruit d’une réunion préparatoire la veille avec les instances nationales. « Les premières décisions, et celles qui suivront, permettront d’offrir une solution d’emploi à tous les salariés de l’usine, au-delà de la fin de vie des véhicules actuellement produits », a-t-il affirmé. Le groupe exclut formellement tout plan social, et promet une réaffectation progressive des équipes vers des activités complémentaires dès 2026. Une bouffée d’oxygène pour un site qui emploie 2 000 personnes directement, et soutient 5 000 emplois indirects dans les fournisseurs locaux.
20 millions d’euros pour rénover : un engagement concret à plus de 20 ans
Le clou du spectacle : un investissement de 20 millions d’euros pour rénover l’atelier d’emboutissage, cœur névralgique de la production. Cette ligne, qui forme les tôles pour les pièces de grande dimension (côtés d’habitacle, portes), sera entièrement rétrofittée : remplacement de la presse G1 par un équipement modernisé, rénovation des façades et de l’intérieur. « Cela permet un engagement de production pour plus de 20 ans, et l’accroissement de l’activité par l’attribution de nouvelles gammes pour les autres sites », précise un communiqué de Stellantis. L’objectif : transformer Poissy en hub d’excellence pour l’emboutissage, avec une capacité accrue pour servir non seulement les usines françaises, mais aussi européennes.
Cette injection financière s’inscrit dans une rationalisation plus large : 95 % des déménagements d’activités ont été réalisés en interne, concentrant les efforts sur les bâtiments de production. Résultat : une performance industrielle boostée, avec des économies d’énergie et une flexibilité accrue. Pour les syndicats, c’est un signal positif : « C’est une première étape pour conforter l’avenir industriel », réagit Brahim Ait Athmane, secrétaire adjoint FO à Poissy, cité par l’AFP. Laurent Oechsler, de la CFE-CGC, y voit une « réaffectation des équipes » pour compenser les baisses de cadence potentielles, tout en appelant à « une décision rapide sur l’attribution d’un nouveau véhicule à Poissy, sans attendre l’été 2026 ».
Production automobile garantie jusqu’en 2028 : l’après, c’est pour 2026
Sur le front automobile, le calendrier est clair : la production de la Mokka GSE (version hybride rechargeable) et de la DS3 continue jusqu’en 2028, avec un pic à 200 000 unités/an en 2026-2027. Stellantis, qui a investi 1 milliard d’euros à Poissy depuis 2012, maintient le cap : « La décision de poursuivre ou non la production automobile après 2028 sera prise dans le cadre du plan stratégique de Stellantis au premier semestre 2026 », annonce le groupe. Ce plan, piloté par le nouveau PDG Antonio Filosa (successeur de Carlos Tavares en octobre), sera présenté au printemps et pourrait inclure une nouvelle plateforme EV ou hybride pour Poissy, alignée sur Dare Forward 2030 (objectif 100 % électrique en Europe d’ici 2030).
En attendant, le site se diversifie : 200 emplois supplémentaires dès 2026 pour des activités complémentaires. D’abord, la production de pièces de rechange pour l’après-vente : un îlot de ferrage polyvalent assemblera portes, capots et volets de coffre pour des modèles Opel désuets, en complément de Vesoul (Haute-Saône). Ensuite, l’économie circulaire : démontage de véhicules hors d’usage pour recycler pièces et batteries, une activité naissante chez Stellantis avec un fort potentiel de croissance. Enfin, un partenariat avec l’IUT de Mantes-la-Jolie pour former des alternants en maintenance industrielle, via tutorat interne. « Ces projets concrétisent notre engagement à long terme », insiste Éric Haan.
Poissy, dernière forteresse automobile d’Île-de-France : un symbole sous pression
Poissy n’est pas qu’une usine : c’est le dernier bastion automobile de la région parisienne, un site historique fondé en 1947 par Simca (racheté par Chrysler en 1978, puis PSA en 1986). Avec 2 000 salariés et 1,2 million de véhicules produits par an à son pic (années 70), il symbolise l’industrie française dans la banlieue ouest de Paris. Mais les défis s’accumulent : ventes européennes en berne (-5 % T3 2025), transition EV coûteuse, et concurrence chinoise (BYD, MG) qui inonde le low-cost. L’activité partielle d’octobre (15 jours pour écouler stocks Mokka/DS3) avait ravivé les peurs, amplifiées par les rumeurs de vente d’un tiers du terrain (40 ha sur 120) pour le stade PSG (projet 2028, 800 M€).
Stellantis, qui emploie 40 000 personnes en France (sur 272 000 global), sait que Poissy est sensible : un plan social là-bas serait politique (proche élections 2027). « Nous confirmons notre engagement pour plus de 20 ans », réaffirme le groupe, qui a déjà investi 1 milliard depuis 2012. Mais les syndicats restent vigilants : la CFE-CGC veut « une attribution rapide d’un nouveau modèle », et FO appelle à « sécuriser les compétences au-delà de l’assemblage ». Le plan Filosa 2026 sera décisif : Poissy pourrait accueillir une plateforme STLA Small EV (comme la future Fiat Panda électrique) ou se spécialiser en batteries recyclées.
Impacts : un site en mutation, pour un secteur en pleine tempête
Cette annonce apaise les tensions immédiates, mais Poissy illustre les maux de l’auto française : surcapacité (40 usines pour 2,5 M véhicules/an vs 3 M en 2007), dépendance aux SUV (Mokka/DS3 = 80 % production), et urgence EV (seulement 15 % BEV en France). Stellantis, avec 14 marques, mise sur la diversification : Poissy en pièces/reconditionnement rejoint Sochaux (reconditionnement batteries) et Mulhouse (économie circulaire). Globalement, le groupe vise 1,5 M véhicules/an en France d’ici 2030, avec 100 % EV.
Pour les salariés, c’est un sursis : 200 emplois nouveaux dès 2026, formation alternance avec l’IUT, et une activité « verte » alignée sur Green Deal. Mais l’après-2028 reste flou : si pas de nouveau modèle, Poissy pourrait devenir un hub logistique pour le PSG, avec vente de terrain (estimée 200 M€). Les élus locaux (Yvelines, Île-de-France) surveillent : réunion fin semaine pour trancher.
Poissy respire, mais l’industrie française reste en apnée
Stellantis a joué la carte de la transparence : avenir industriel confirmé, 20 M€ investis, 200 emplois, pas de PSE. Un signal positif dans un secteur sinistré (14 000 emplois perdus en France depuis 2020). Mais 2028 approche, et le plan Filosa devra trancher : assemblage EV ou reconversion circulaire ? Pour Poissy, c’est un répit bienvenu ; pour Stellantis France, une preuve que l’engagement local paie.

