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Pneus hiver : trois ans après la loi Montagne, où en sont vraiment les Français ?

Changement pneu Paris - Pneus d'hiver

48 départements concernés, des contrôles encore rares, mais les ventes décollent enfin – Les Parisiens s’équipent volontairement malgré l’exemption

La loi Montagne fête ses trois ans en 2026. Depuis novembre 2021, elle oblige théoriquement les automobilistes de 48 départements à rouler avec des pneus hiver ou des chaînes entre le 1er novembre et le 31 mars. Dans les faits, cette obligation reste assez floue pour beaucoup de gens. Les contrôles routiers demeurent rares, les amendes encore plus. Pourtant, quelque chose bouge dans les habitudes françaises.

Les chiffres du Syndicat des professionnels du pneu le confirment : les ventes de gommes hivernales grimpent régulièrement depuis trois ans. Pas de quoi rattraper nos voisins allemands ou suisses qui frôlent les 80% d’équipement, mais la France progresse. On passe de 28% du parc équipé en 2021 à environ 35% fin 2025. Lentement mais sûrement.

Qui doit vraiment s’équiper ?

La liste des départements concernés n’a pas bougé d’un iota depuis le départ. Tous les massifs montagneux français y passent : Alpes évidemment, Pyrénées, Massif central, Vosges, Jura. Ça fait un paquet de départements quand on additionne : Ain, les trois Alpes, Ardèche, Ariège, Aude, Aveyron, Cantal, Corrèze, les deux Corses, Côte-d’Or, Creuse, Doubs, Drôme… La totale jusqu’au Territoire de Belfort.

Chaque préfecture ajuste ensuite les zones exactes et les dates précises via des arrêtés locaux. Certaines communes de plaine peuvent être exemptées même si leur département figure sur la liste. D’autres se retrouvent piégées par un arrêté préfectoral qui étend l’obligation plus que prévu. Un vrai casse-tête administratif à la française.

L’obligation tape large : voitures particulières bien sûr, mais aussi utilitaires, camping-cars, autocars et même poids lourds. Bizarrement, les deux-roues passent entre les mailles du filet. Allez comprendre la logique alors qu’une moto glisse encore plus facilement qu’une bagnole sur du verglas.

Le contrôle technique resserre la vis

Depuis novembre 2023, le contrôle technique scrute vos pneus avec une attention redoublée. La profondeur des sculptures doit atteindre minimum 1,6 millimètre, sinon c’est contre-visite directe. Les pros vous diront que c’est déjà trop usé pour rouler safe, surtout l’hiver. En vrai, faudrait changer dès qu’on passe sous les 3 millimètres.

Un pneu hiver neuf affiche entre 8 et 9 millimètres de gomme. Ça laisse de la marge pour plusieurs saisons. Mais attention, même avec des sculptures correctes, un pneu peut se retrouver recalé. Usure irrégulière qui trahit un problème de parallélisme ? Refusé. Hernie qui gonfle sur le flanc ? Refusé. Coupure profonde inquiétante ? Refusé aussi.

Cette surveillance accrue pousse les gens à vérifier leurs pneus avant de passer au contrôle. Les garages constatent un afflux de demandes de check-up préventif. Personne n’a envie de se payer une contre-visite à 70 balles pour des pneus foutus.

Paris et la région parisienne s’y mettent aussi

L’Île-de-France n’apparaît nulle part dans les 48 départements obligés. Pourtant, les centres auto franciliens voient leurs ventes de pneus hiver grimper année après année. Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe apparent.

D’abord, pas mal de Parisiens ont une baraque à la montagne ou partent régulièrement skier. S’équiper de vrais pneus hiver évite d’acheter des chaînes et permet de rouler peinard dans les zones réglementées. Plus pratique et plus confortable.

Ensuite, la météo francilienne déconne de plus en plus. Les matins de gel se multiplient, les averses violentes transforment le périph en patinoire, et les feuilles mortes d’automne créent une couche super glissante. Dès que le thermomètre descend sous 7 degrés, un pneu hiver adhère franchement mieux, même sans neige ni glace.

Enfin, Paris et sa banlieue concentrent un trafic dingue. Un freinage raté dans cette densité peut vite tourner au carambolage. Les assureurs l’ont compris : certains proposent maintenant des réducs aux assurés équipés de gommes hivernales. La reconnaissance tacite que ça réduit les sinistres.

Pour les Franciliens qui veulent sauter le pas, plusieurs options existent. Les grandes enseignes nationales pratiquent des tarifs serrés mais affichent souvent des délais de ouf entre novembre et décembre. Les garages indépendants offrent un service plus perso avec des dispos variables. Certains services pour le changement pneu paris centralisent maintenant les créneaux disponibles chez les pros locaux, pratique pour gagner du temps.

Le quatre saisons cartonne

Face à la contrainte du double jeu de pneus à gérer, le quatre saisons séduit de plus en plus de monde. Ces pneumatiques hybrides portent le marquage 3PMSF (le petit flocon avec la montagne) qui les rend légaux pour la loi Montagne tout en restant utilisables l’été.

Les ventes de quatre saisons ont explosé : +42% entre 2022 et 2025 d’après les chiffres de la profession. Plusieurs grosses marques ont misé gros sur ce créneau qui pèse désormais 18% du marché français contre 8% seulement en 2020. Une progression fulgurante.

Les avantages sautent aux yeux : un seul jeu à acheter, pas de stockage emmerdant, pas de rendez-vous au garage deux fois par an pour changer. Les constructeurs auto montent d’ailleurs de plus en plus de quatre saisons d’origine sur les bagnoles neuves vendues en France.

Mais tout compromis a ses limites. Sur neige épaisse ou verglas méchant, un vrai pneu hiver reste meilleur. Et en plein cagnard d’août à 35 degrés, un pneu été classique tient mieux la route et s’use moins vite. Le quatre saisons sacrifie les perfs extrêmes pour la polyvalence. À chacun de voir selon son usage.

Peu d’amendes mais gare à l’accident

Trois ans après le lancement, les flics et gendarmes jouent surtout la carte de la prévention. Les contrôles se multiplient quand même lors des grands week-ends de départ au ski, avec des barrages sur les axes qui mènent aux stations.

L’amende théorique tape à 135 euros si vous roulez sans équipement dans une zone obligée. Dans les faits, peu de prunes distribuées jusqu’ici. Les autorités préfèrent expliquer les risques plutôt que matraquer de contraventions.

Par contre, si vous avez un accident sans être équipé dans une zone réglementée, là ça peut très mal tourner. Votre assurance peut refuser de payer les dégâts. Vous pouvez être déclaré entièrement responsable même si vous n’avez rien fait de mal. Et des poursuites pour mise en danger d’autrui deviennent possibles.

Cette épée de Damoclès juridique suffit généralement à calmer les récalcitrants. Les loueurs de voitures ont tous intégré des pneus hiver dans leurs flottes pour les massifs entre novembre et mars. Personne ne veut prendre le risque.

Les fabricants bossent dur sur les nouvelles générations

L’industrie du pneu investit des sommes folles pour améliorer les gommes hivernales. Les nouvelles générations consomment moins de carburant qu’avant, gros progrès par rapport aux anciennes qui pompaient sec.

L’arrivée massive des voitures électriques a aussi changé la donne. Ces bagnoles imposent des contraintes particulières : poids de ouf à cause des batteries, couple instantané qui arrache, silence qui rend le bruit de roulement plus chiant. Des gammes spécial électrique ont débarqué ces deux dernières années.

Michelin a sorti le Pilot Alpin 5 EV, Continental le WinterContact TS 870 EV, Bridgestone le Blizzak LM005 EV. Ces pneus renforcent leurs flancs pour encaisser le surpoids des batteries tout en optimisant le profil pour limiter la résistance et sauver de l’autonomie.

La loi Montagne a clairement fait bouger les lignes même si la France accuse encore du retard sur ses voisins. Les prochaines évolutions réglementaires pourraient étendre l’obligation à d’autres départements ou durcir les contrôles. En attendant, les Français apprennent doucement à intégrer les pneus hiver dans leurs habitudes. Ça prend du temps mais la route est prise.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français créé en 2018 et basé à Antibes (Alpes-Maritimes). Grand passionné d'automobile depuis l'enfance, Faris Bouchaala a transformé sa passion en carrière professionnelle en rejoignant la presse automobile spécialisée en 2010. Après un parcours atypique loin du secteur automobile, c'est finalement la passion qui l'a guidé vers le journalisme automobile. Depuis plus de 14 ans, Faris Bouchaala couvre l'actualité automobile française et européenne avec un focus particulier sur les essais automobiles, les nouveautés constructeurs, l'électrification du parc automobile et les technologies embarquées. Son expertise s'étend de l'analyse du marché français aux tendances européennes, en passant par les stratégies des constructeurs et l'évolution de la mobilité durable. À la tête de MotorsActu depuis sa création, Faris Bouchaala dirige une ligne éditoriale axée sur la qualité de l'information, l'objectivité des essais et l'analyse approfondie du secteur automobile. Son approche journalistique privilégie l'expérience terrain et les essais en conditions réelles sur routes françaises. Basé en France, Faris Bouchaala suit au quotidien l'évolution du marché automobile français et européen, couvrant aussi bien les lancements de véhicules que les innovations technologiques et les enjeux environnementaux du secteur. Contact professionnel : b.faris@motorsactu.com

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