Stellantis, quatrième constructeur automobile mondial (Fiat, Peugeot, Citroën, Opel, Jeep, DS, Alfa Romeo, etc.), opère un virage stratégique majeur en Europe : la réintroduction ou le maintien actif de versions diesel sur au moins sept modèles de voitures particulières et utilitaires légers.
Ce mouvement, révélé par une enquête de Reuters publiée le 13 février 2026, marque une nette inflexion par rapport à l’ambition tous-électriques affichée ces dernières années et s’inscrit dans un contexte de retrait progressif des investissements massifs en véhicules à batterie.
Depuis fin 2025, le groupe a discrètement remis au catalogue des motorisations diesel sur plusieurs véhicules, allant des utilitaires légers aux berlines compactes et premium. Parmi les modèles concernés figurent :
- Peugeot 308 (berline compacte)
- DS 4 (berline premium compacte)
- Opel Astra (berline compacte)
- Opel Combo (utilitaire léger)
- Peugeot Rifter (ludospace 7 places)
- Citroën Berlingo (utilitaire et ludospace)
- Divers vans de passagers sous différentes marques du groupe
Des versions diesel continuent par ailleurs d’être proposées sur des modèles premium comme l’Alfa Romeo Giulia, Stelvio et Tonale, ainsi que sur certains Jeep et DS. Stellantis a confirmé à Reuters : « Nous avons décidé de conserver les moteurs diesel dans notre portefeuille produits et – dans certains cas – d’augmenter notre offre de motorisations. Chez Stellantis, nous voulons générer de la croissance, c’est pourquoi nous nous concentrons sur la demande des clients. »
Les raisons d’un revirement pragmatique
Ce retour du diesel s’explique par plusieurs facteurs convergents :
- Ralentissement des ventes électriques : Malgré des investissements colossaux (plus de 50 milliards d’euros engagés dans l’électrification depuis 2021), les VE représentent seulement 19,5 % des immatriculations neuves en Europe en 2025, loin des objectifs internes. Les ventes de Stellantis en Europe ont reculé de 3,9 % en 2025 après -7,3 % en 2024, tandis que le marché global stagne ou baisse légèrement.
- Concurrence chinoise : Les marques chinoises (BYD, MG, Leapmotor, etc.) inondent le segment électrique avec des prix agressifs et des technologies hybrides rechargeables. Le diesel, où la concurrence chinoise est quasi inexistante, offre un avantage compétitif sur les longs trajets et pour les flottes professionnelles.
- Demande client persistante : Les flottes d’entreprise, les gros rouleurs et les marchés ruraux continuent de préférer le diesel pour son autonomie, son coût au km bas et sa fiabilité sur autoroute. Stellantis mise sur cette clientèle pour maintenir ses volumes et ses marges.
- Assouplissement réglementaire : L’Union européenne a revu ses ambitions Euro 7 et reporté certaines contraintes CO₂, offrant plus de flexibilité aux motorisations thermiques jusqu’en 2030-2035.
Un plan d’électrification maintenu, mais plus réaliste
Stellantis insiste sur le fait que ce retour du diesel ne remet pas en cause sa stratégie d’électrification : le groupe prévoit toujours une trentaine de lancements en Europe en 2025-2026, dont une majorité de BEV et hybrides. Des modèles comme la Peugeot e-308, la Citroën ë-C3, l’Opel Astra Electric ou la Fiat Grande Panda électrique restent au cœur du plan. Cependant, le groupe adopte une approche multi-énergies plus pragmatique, combinant essence, hybride, diesel et électrique selon les segments et les marchés.
Ce choix contraste avec les annonces passées de Carlos Tavares (ex-CEO jusqu’en 2024), qui visait 100 % électrique en Europe d’ici 2030. Sous la direction d’Antonio Filosa (CEO depuis mi-2025), Stellantis privilégie désormais la rentabilité et la satisfaction client, même si cela implique de freiner certains investissements en batteries et en plateformes BEV.
Impacts attendus et débats
Pour les clients européens, ce revirement signifie plus de choix : diesel abordable pour les gros rouleurs, électrique pour les urbains, hybride en transition. Pour l’industrie, il souligne la difficulté de la transition forcée vers l’électrique face à une infrastructure de recharge encore insuffisante, des prix VE élevés et une concurrence chinoise déstabilisante.
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Les associations environnementales critiquent ce « recul » sur les objectifs climatiques, tandis que les syndicats et les équipementiers français (Valeo, Forvia, Michelin) espèrent un maintien des volumes de production thermique pour préserver l’emploi. Stellantis, qui a annoncé des restructurations massives en 2025-2026, mise sur ce mix énergétique pour stabiliser ses marges et financer la montée en puissance de l’électrique à un rythme plus soutenable.
Dans les pays émergents, où le diesel reste dominant, ce signal pourrait encourager l’importation de modèles Stellantis thermiques, notamment utilitaires (Berlingo, Combo, Rifter), face à une électrification encore embryonnaire.
