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Le Canada fait marche arrière pour le tout électrique 2035

Chevrolet Bolt EV Canada

Le gouvernement canadien, dirigé par le Premier ministre Mark Carney, a annoncé l’abandon de l’Electric Vehicle Availability Standard (EVAS), le règlement qui imposait aux constructeurs automobiles des quotas croissants de ventes de véhicules à zéro émission : 20 % dès 2026, 60 % en 2030 et 100 % en 2035. Cette mesure, héritée de l’ère Trudeau et mise en pause en septembre 2025, est officiellement abrogée.

À la place, Ottawa instaure un cadre plus flexible axé sur trois leviers principaux pour réduire les émissions du secteur automobile, tout en préservant la compétitivité de l’industrie et en répondant aux préoccupations des provinces et des consommateurs.

Les trois piliers de la nouvelle approche

  1. Normes d’émissions plus strictes pour 2027-2032
    Des standards renforcés sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) s’appliqueront aux véhicules légers et aux camions légers produits durant cette période. Ces normes visent à pousser les constructeurs à réduire la consommation et les émissions, quel que soit le type de motorisation (essence, hybride ou électrique). Le gouvernement estime que ce mécanisme permettra d’atteindre l’équivalent de 75 % de ventes de véhicules électriques d’ici 2035 et 90 % d’ici 2040, sans quotas de vente imposés.
  2. Système de crédits échangeables
    Les constructeurs qui dépassent les objectifs d’émissions génèrent des crédits qu’ils peuvent vendre à ceux qui peinent à respecter les normes. Ce marché de crédits, inspiré du système californien, offre une flexibilité opérationnelle aux entreprises et encourage l’innovation sans pénalités rigides.
  3. Retour des incitatifs directs à l’achat
    Un nouveau programme d’« EV Affordability Program » de 2,3 milliards $ CAD sur cinq ans est lancé. Il offre jusqu’à 5 000 $ CAD (environ 3 300 €) pour l’achat ou la location d’un véhicule 100 % électrique (battery electric ou fuel cell) et jusqu’à 2 500 $ CAD pour un hybride rechargeable (plug-in hybrid). Ces montants diminueront progressivement chaque année jusqu’en 2030. Les véhicules éligibles doivent coûter jusqu’à 50 000 $ CAD et provenir de pays avec lesquels le Canada a un accord de libre-échange. Parallèlement, 1,5 milliard $ CAD sont alloués à l’expansion du réseau de recharge, un enjeu majeur dans un pays aux vastes distances et aux hivers rigoureux.

Contexte et motivations du revirement

Cette décision répond à plusieurs pressions accumulées. Les constructeurs automobiles, y compris les acteurs traditionnels et les nouveaux entrants, ont dénoncé les objectifs 2030-2035 comme irréalistes face à la croissance plus lente que prévue du marché EV. Les provinces comme l’Alberta et l’Ontario ont critiqué les coûts imposés à l’industrie et aux ménages en période d’inflation. Le contexte nord-américain joue aussi : les États-Unis révisent leurs politiques environnementales sous la nouvelle administration, et l’Europe discute de flexibilités sur son objectif 2035.

Le gouvernement Carney insiste sur le fait que l’abandon des quotas ne remet pas en cause les ambitions climatiques. Il s’agit de privilégier des outils « durables et pragmatiques » qui favorisent l’adoption volontaire des VE via des incitatifs, une infrastructure améliorée et des normes techniques, plutôt qu’une obligation perçue comme punitive.

Réactions et perspectives

Les associations environnementales expriment leur déception, voyant dans cette mesure un recul dans la lutte contre le changement climatique. Sans obligation ferme, elles craignent que les constructeurs privilégient les modèles thermiques plus rentables, et que les objectifs 2035-2040 restent lettre morte. L’industrie automobile, en revanche, accueille favorablement ce virage qui allège la pression réglementaire tout en maintenant des soutiens à la transition.

Cette politique pourrait influencer le marché nord-américain intégré (via l’USMCA), en offrant plus de marge de manœuvre aux constructeurs. Pour les consommateurs canadiens, le retour des incitatifs et une plus grande flexibilité pourraient se traduire par des prix plus accessibles et un choix élargi à court terme. La question clé reste de savoir si cette approche incitative suffira à maintenir le Canada sur la voie d’une décarbonation ambitieuse des transports.

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