Le constructeur italo-français a officialisé fin 2025 un partenariat stratégique visant la production massive de véhicules autonomes. Uber prévoit d’intégrer au moins 5000 unités Stellantis dans ses flottes pilotes, avec une production en série programmée pour 2028 et un objectif de 100 000 véhicules autonomes.
L’industrie automobile traverse une mutation profonde et Stellantis vient d’accélérer brutalement dans la course à la mobilité autonome. Le géant franco-italo-américain regroupant Jeep, Peugeot, Citroën, Fiat et Ram a officialisé fin octobre 2025 une alliance stratégique avec Nvidia, Uber et Foxconn pour développer et déployer massivement des robotaxis de niveau 4. Ces véhicules 100% autonomes sans conducteur humain pourront opérer dans des zones définies avec une précision quasi-robotique.
Ce virage majeur transforme Stellantis d’un simple fournisseur automobile traditionnel en acteur clé du futur de la mobilité partagée autonome.
Un consortium réunissant des forces complémentaires
Annoncée fin 2025 à Amsterdam par Stellantis, cette collaboration formalisée par un Memorandum of Understanding réunit des forces complémentaires impressionnantes.
Stellantis apporte son expertise en ingénierie et production automobile à l’échelle mondiale. Le groupe utilisera ses plateformes « AV-Ready » prêtes pour l’autonomie, notamment la STLA Small pour les compactes et la K0 pour les vans de taille moyenne, adaptées pour intégrer tous les composants nécessaires : redondances de sécurité, capteurs avancés et calcul haute performance.
Nvidia fournit le cerveau de l’opération avec sa plateforme DRIVE AGX Hyperion 10 et le logiciel DRIVE AV full-stack certifié pour le niveau 4. Cela inclut des capacités de conduite et de parking autonomes boostées par l’intelligence artificielle pour une perception, une planification et une exécution qualifiées de « surhumaines » par Jensen Huang, PDG de Nvidia.
Foxconn (Hon Hai Precision), le maître des chaînes d’assemblage électroniques notamment pour Apple, s’occupe de l’intégration matérielle, des capteurs, du calcul haute performance et des systèmes électroniques pour une production industrielle massive.
Uber sera l’opérateur exclusif de ces flottes. La plateforme de VTC intégrera ces véhicules dans son réseau mondial en commençant par les États-Unis dès les premiers tests, avant un déploiement international progressif.
Objectif de 5000 véhicules en phase pilote
Les ambitions affichées sont clairement massives : produire et déployer des flottes de robotaxis à grande échelle. Uber prévoit d’intégrer au moins 5000 véhicules Stellantis dès les phases pilotes, avec une production en série prévue pour 2028.
À terme, l’objectif consiste à contribuer à une flotte mondiale massive. Uber vise même 100 000 véhicules autonomes d’ici les prochaines années dans son écosystème global, chiffre reflétant l’ampleur des ambitions du partenariat.
Un saut qualitatif pour Stellantis
Stellantis n’arrive pas les mains vides dans l’autonomie. Le groupe possède déjà une expérience via des partenariats antérieurs avec Waymo, Motional et AutoX utilisant des Chrysler Pacifica modifiées. Mais cette alliance marque un saut qualitatif majeur dans l’engagement du constructeur.
Carlos Tavares, l’ex-PDG, avait misé sur l’électrification et les logiciels. Antonio Filosa, son successeur, pousse l’autonomie comme levier de croissance prioritaire. « Nous créons une nouvelle classe de robotaxis sur mesure, plus sûrs, accessibles et abordables pour tous », a déclaré Filosa lors de l’annonce.
Pour Uber, ce partenariat constitue une réponse directe à la concurrence de Waymo propriété d’Alphabet ou Cruise appartenant à General Motors, qui opèrent déjà des flottes autonomes commerciales dans plusieurs villes américaines. Dara Khosrowshahi, PDG d’Uber, considère Nvidia comme « le pilier de l’ère de l’IA » pour industrialiser l’autonomie à grande échelle.
Pour Nvidia, il s’agit d’une validation majeure. Après Mercedes, Lucid ou Volvo, Stellantis renforce l’écosystème DRIVE en prouvant que l’architecture Hyperion devient le standard de facto pour le niveau 4 d’autonomie.
Foxconn accélère quant à lui sa diversification vers la mobilité électrique et autonome, pari stratégique pour le taïwanais déjà impliqué dans des projets de véhicules électriques via sa filiale Foxtron.
Calendrier de déploiement 2027-2028
Le calendrier de déploiement s’articule autour de plusieurs étapes clés :
2027 : Premiers déploiements pilotes aux États-Unis dans des villes sélectionnées avec Uber comme opérateur exclusif de ces flottes initiales.
2028 : Début de production en série des robotaxis Stellantis dans les usines du groupe adaptées pour cette fabrication spécifique.
En parallèle : Stellantis a également signé avec Bolt, concurrent européen d’Uber, pour des véhicules de niveau 4 en Europe dès 2029. Le constructeur collabore aussi avec Pony.ai pour des tests sur le Vieux Continent.
Obstacles réglementaires et techniques importants
Les obstacles restent néanmoins immenses. Les homologations constituent le premier défi car le niveau 4 exige des cadres réglementaires stricts, particulièrement en Europe où la législation reste floue. La sécurité préoccupe également après les incidents survenus chez Cruise ou Tesla rappelant les risques inhérents à l’autonomie.
La concurrence chinoise avec Baidu Apollo et WeRide progressant rapidement représente une menace sérieuse. Les coûts constituent un autre défi majeur bien que Stellantis mise sur sa taille pour produire à bas prix. Le marché robotaxi reste cependant dominé par les pure-players technologiques disposant d’une avance conséquente.
Sur les réseaux sociaux, l’annonce a généré des réactions contrastées. Des commentaires sur X soulignent l’urgence pour l’Europe de ne pas se laisser distancer dans cette course technologique, tandis que d’autres ironisent sur la fin potentielle des chauffeurs VTC. « L’ère du volant touche à sa fin », titrait un article sur Torque News en janvier 2026 évoquant les avancées du partenariat Nvidia-Uber.
Stratégie d’alliance versus développement solo
Face à Tesla qui promet son Robotaxi « unsupervised » prochainement, Waymo ou les constructeurs chinois, Stellantis joue la carte de l’alliance industrielle plutôt que du développement solitaire. Cette approche s’avère intelligente : en s’appuyant sur Nvidia pour l’intelligence artificielle et Uber pour la distribution commerciale, le groupe évite d’investir des milliards en recherche développement pure.
Si cette stratégie fonctionne, elle pourrait compenser les difficultés actuelles sur les motorisations thermiques et relancer la croissance du groupe dans un segment prometteur à long terme.
Les salariés des usines Stellantis et les passagers Uber regardent vers 2028 avec un mélange d’excitation et d’appréhension. La révolution robotaxi est en marche et cette fois, Stellantis se positionne aux premières loges de cette transformation qui pourrait redéfinir profondément la mobilité urbaine mondiale dans la décennie à venir.
