L’année de ses 70 ans aura été celle de trop. Le carrossier français Durisotti a été placé en liquidation judiciaire le mercredi 3 juin 2026 par le tribunal de commerce d’Arras. Une décision qui scelle le sort de l’une des entreprises emblématiques de la transformation automobile dans le Pas-de-Calais, fondée en 1956 par Bruno et Louis Durisotti. Au total, ce sont 350 collaborateurs du groupe GTE Automotive, dont 161 employés sur les sites industriels Durisotti de Sallaumines, Agen et Metz, qui sont touchés par cette disparition.

Un plan de restructuration jugé inapplicable

L’espoir d’un sauvetage s’est éteint à l’audience. Un projet de restructuration, présenté en avril par la direction lors d’un comité social et économique (CSE), prévoyait une réduction d’environ 35 % de la masse salariale pour tenter de redresser l’entreprise. Mais le tribunal de commerce a jugé ce plan inapplicable, ouvrant la voie à la liquidation pure et simple.

Cette issue n’est malheureusement pas une surprise pour qui suivait la trajectoire de l’entreprise. Depuis 2012, Durisotti en était déjà à son troisième redressement judiciaire — un signe de fragilité structurelle persistante, malgré les efforts répétés pour maintenir l’activité à flot. La spécialisation du carrossier dans certaines transformations de véhicules et son carnet de commandes mêlant services de l’État et secteur privé n’auront finalement pas suffi à assurer sa pérennité.

Un savoir-faire historique dans la transformation de véhicules

Durisotti s’était forgé une réputation solide dans un métier exigeant : la transformation et l’aménagement de véhicules utilitaires et spéciaux. L’entreprise réalisait des conversions pour des usages variés — véhicules sanitaires, transport de personnes à mobilité réduite, aménagements spécifiques pour les administrations et les entreprises. Un savoir-faire artisanal et industriel à la fois, typique de ces carrossiers français qui ont longtemps constitué un maillon discret mais essentiel de la filière automobile nationale.

Cette expertise, héritée de sept décennies d’activité, n’aura pas résisté à la conjoncture. Durisotti a subi de plein fouet la baisse des commandes émanant aussi bien des services de l’État que des entreprises privées, dans un contexte de crises économiques successives depuis 2020 qui ont durablement pesé sur les investissements et les renouvellements de flottes. La demande pour ce type de transformations spécialisées, souvent liée à des marchés publics ou à des budgets d’entreprise, s’est contractée au plus mauvais moment pour le carrossier.

Le symptôme des difficultés de la sous-traitance automobile française

La disparition de Durisotti dépasse le cas d’une entreprise isolée. Elle illustre les difficultés profondes que traverse l’ensemble de la sous-traitance et de la carrosserie industrielle française, secteur fragilisé par la transformation du marché automobile, la pression sur les coûts et le ralentissement de la demande. Les promesses de réindustrialisation, régulièrement mises en avant ces dernières années, peinent à se traduire concrètement pour ces acteurs de taille intermédiaire, pris en étau entre les exigences des donneurs d’ordre et la réalité d’une économie sous tension.

Pour le bassin d’emploi du Pas-de-Calais, déjà éprouvé par les mutations industrielles successives, la perte de ces emplois constitue un nouveau coup dur. Les salariés concernés vont désormais devoir se tourner vers les dispositifs d’accompagnement et de reclassement, dans une région où les alternatives industrielles restent limitées.

De 1956 à 2026, l’entreprise du Pas-de-Calais fondée par Bruno et Louis Durisotti aura traversé sept décennies d’histoire automobile française avant de tirer sa révérence. Une page se tourne pour la carrosserie industrielle hexagonale, et avec elle disparaît un savoir-faire que des générations d’ouvriers et de techniciens avaient patiemment construit. Reste à espérer que les compétences accumulées au fil des ans trouvent à se réemployer ailleurs, et que la mémoire de cette maison centenaire ne s’efface pas complètement du paysage industriel du nord de la France.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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