Moquée en Europe, boudée par les puristes et sanctionnée en Bourse, la Ferrari Luce vient pourtant de signer son premier succès commercial, et il vient de Chine. Les 88 exemplaires alloués au marché chinois ont tous trouvé preneur en quelques heures après l’ouverture des commandes, selon la presse spécialisée locale.

Un démarrage éclair pour la première Ferrari 100 % électrique, affichée là-bas à 3 988 000 yuans, soit environ 515 000 euros, un tarif qui en fait le modèle le plus cher de toute la gamme régulière du constructeur en Chine.

Un quota symbolique écoulé en un éclair

Le chiffre de 88 exemplaires n’a rien d’anodin : en Chine, le 8 est associé à la prospérité et à la chance. Hasard logistique ou allocation savamment calculée, le symbole a fonctionné. Précision importante toutefois, la filiale chinoise de Ferrari a indiqué que la Luce restait disponible à la commande au-delà de ce premier quota, ce qui relativise le « sold out » définitif que certains titres ont claironné. Il n’en reste pas moins que l’allocation initiale s’est volatilisée à une vitesse record, sur un marché où la clientèle du luxe européen privilégie habituellement les motorisations thermiques et se tourne de plus en plus vers les marques locales.

L’explication avancée par les médias chinois tient au positionnement même de la voiture. Plus chère que l’Amalfi, la 296 GTB, le Purosangue ou la 849 Testarossa, la Luce est perçue comme un marqueur de statut social maximal. Son design épuré signé LoveFrom, le studio de Jony Ive et Marc Newson, colle par ailleurs aux codes du luxe tech qui séduisent la clientèle fortunée chinoise, précisément ce qui hérisse les passionnés européens.

Le contraste saisissant avec l’accueil occidental

Ce succès tranche avec la tempête qui accompagne la Luce depuis sa révélation fin mai. Nous détaillions alors la fiche technique de cette berline de 1 050 chevaux, forte de quatre moteurs électriques, d’une batterie de 122 kWh et de 530 kilomètres d’autonomie, tout en soulignant que son style clivant serait son plus grand défi. Les faits n’ont pas tardé à le confirmer : l’action Ferrari a chuté de plus de 8 % au lendemain de la présentation, et les réseaux sociaux se sont déchaînés contre une silhouette jugée indigne du Cheval cabré.

Selon la presse spécialisée, la crise interne provoquée par cet accueil, surnommée « Lucegate » en Italie, aurait même coûté son poste au directeur marketing et commercial historique de la marque, remplacé dans la foulée par un ancien dirigeant de BMW Italie. Le PDG Benedetto Vigna a défendu sa voiture en assurant que les commandes rentraient malgré le bruit ambiant, et les chiffres chinois lui donnent un premier argument tangible.

Un premier test avant les marchés les plus difficiles

La partie n’est pas gagnée pour autant. La Chine ne représente qu’une fraction des ventes de Ferrari, et la Luce devra désormais convaincre l’Europe, les États-Unis et le Moyen-Orient, des marchés où l’attachement au V12 structure l’identité de la marque depuis des décennies. Certains observateurs s’interrogent aussi sur les motivations profondes des premiers acheteurs : posséder une Luce pourrait, à terme, peser favorablement dans l’accès aux futures hypercars à production ultra limitée de Maranello, même si Ferrari n’a rien confirmé et a démenti toute incitation commerciale en ce sens.

Les premières livraisons sont attendues au quatrième trimestre 2026, depuis le nouveau bâtiment dédié de Maranello. D’ici là, une chose est acquise : la voiture la plus controversée de l’histoire récente de Ferrari a trouvé son premier public, et il ne se trouve pas là où la marque compte ses fans les plus bruyants.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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