Les radars sonores sont bel et bien arrivés sur les routes françaises, mais pas encore les amendes qui vont avec. Alors que les premiers capteurs sont désormais visibles dans plusieurs communes, notamment en région parisienne, beaucoup d’automobilistes et de motards s’interrogent : peut-on déjà être verbalisé pour un pot d’échappement trop bruyant ? La réponse est non, pas encore. Mais le calendrier s’accélère, et 2026 marque un tournant. Voici où en est réellement le dispositif.
Ce qui est déjà en place : des capteurs pédagogiques
La Métropole du Grand Paris déploie actuellement des radars sonores dits pédagogiques dans 27 communes, dans le cadre de son plan de prévention du bruit 2025-2029. Ces appareils mesurent le niveau sonore des véhicules et l’affichent en temps réel, à la manière des panneaux indicateurs de vitesse, mais ne dressent aucun procès-verbal. Leur cible prioritaire : les motos et scooters aux échappements trafiqués, ainsi que les conducteurs adeptes des accélérations appuyées en pleine ville.
L’enjeu sanitaire justifie l’arsenal. Le coût social du bruit des transports est évalué à 147 milliards d’euros par an en France, dont plus de la moitié imputable au seul trafic routier, selon un rapport de l’ADEME et du Conseil national du bruit. Techniquement, ces dispositifs combinent plusieurs microphones et une caméra : lorsqu’un seuil sonore est dépassé, le système identifie le véhicule responsable, le photographie et lit sa plaque d’immatriculation.
85 décibels, 135 euros : ce que prévoit la réglementation
Le cadre juridique est prêt depuis longtemps. La loi d’orientation des mobilités de 2019 a autorisé l’expérimentation du contrôle automatisé des émissions sonores, un décret de janvier 2022 a introduit l’infraction dans le Code de la route, et un arrêté de juillet 2023 a fixé le seuil de verbalisation à 85 décibels en agglomération limitée à 50 km/h. Au-delà, l’infraction constituera une contravention de quatrième classe : 135 euros d’amende forfaitaire, ramenée à 90 euros en cas de paiement rapide, sans retrait de points.
Ce qui manque encore, c’est l’homologation métrologique des appareils, indispensable pour que les procès-verbaux soient juridiquement valables. C’est précisément l’étape en cours : le Laboratoire national de métrologie et d’essais a lancé fin 2025 les essais d’homologation sur la piste de Montlhéry, avec deux fournisseurs candidats, le français MicrodB et l’association Bruitparif, conceptrice du système Hydre à qui l’on doit le surnom de ces radars. L’homologation est attendue courant 2026, avant une phase de verbalisation expérimentale sur les sites des sept collectivités volontaires qui testent les capteurs depuis 2022.
Motards et amateurs de sportives, premiers concernés
Soyons clairs sur les cibles : un véhicule de série en bon état, même sportif, n’atteint pas 85 décibels en conduite normale à 50 km/h. Le dispositif vise les échappements modifiés ou débridés, les chicanes retirées et les régimes moteur volontairement excessifs en zone urbaine. Les niveaux sonores homologués des véhicules neufs se situent très en dessous du seuil, l’Union européenne ayant d’ailleurs abaissé la limite des voitures neuves de 74 à 68 décibels en 2026.
Le calendrier reste néanmoins prudent, et l’expérience invite à la patience : la phase de verbalisation prévue initialement dans les deux ans de la loi de 2019 a déjà pris plusieurs années de retard, faute d’appareils homologués. Une fois l’homologation obtenue et l’expérimentation de verbalisation concluante, un déploiement progressif pourra s’engager sur le territoire, en priorité dans les zones urbaines les plus exposées. Les conducteurs au pot d’échappement d’origine n’ont donc rien à craindre. Les autres ont encore quelques mois pour se mettre en conformité.
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