Les autoroutes européennes pourraient bientôt faire bien plus que guider les conducteurs. Un projet baptisé Liaison, porté conjointement par le centre de recherche basque Tecnalia et la société Vita International, expérimente depuis peu une version inédite des glissières de sécurité : équipées de modules photovoltaïques ultra-fins, elles captent l’énergie solaire tout en remplissant leur rôle habituel de protection.

Une barrière qui ressemble à toutes les autres

C’est précisément ce qui rend le concept crédible. La glissière modifiée ne se distingue pas visuellement d’un modèle conventionnel. Sa structure, ses dimensions et ses propriétés mécaniques restent inchangées — elle continue d’absorber les chocs et de retenir les véhicules en cas de sortie de route. La différence se situe sur la partie supérieure, légèrement inclinée, où des cellules photovoltaïques de faible épaisseur ont été intégrées sans alourdir ni fragiliser l’ensemble.

Cette discrétion n’est pas anodine. L’un des freins traditionnels aux installations solaires sur les infrastructures routières, c’est précisément leur impact sur la sécurité ou sur l’esthétique du réseau. Ici, la solution contourne le problème d’emblée.

100 mètres pour commencer

La phase pilote porte sur un tronçon de 100 mètres. Les ingénieurs de Tecnalia y collecteront des données précises sur plusieurs variables critiques : l’encrassement progressif des modules exposés aux projections de la route, la fréquence et la nature des interventions d’entretien nécessaires, l’impact de l’ombre portée par les poids lourds et véhicules de grande hauteur, et bien sûr la production énergétique réelle mesurée dans des conditions de circulation quotidienne — loin des simulations en laboratoire.

L’électricité générée sera injectée directement dans les équipements environnants : éclairage de la chaussée, panneaux de signalisation dynamique, ventilation des tunnels. Une logique d’autoconsommation locale qui évite les pertes liées au transport sur le réseau.

25 MWh par kilomètre, et un réseau de 136 700 km

Les projections avancées par l’équipe sont concrètes. Un kilomètre de glissières photovoltaïques serait capable de produire environ 25 MWh par an — de quoi alimenter une vingtaine de foyers sur la même période.

Rapporté à l’échelle du continent, le chiffre prend une autre dimension. L’Europe dispose de quelque 136 700 km de routes potentiellement compatibles avec ce type d’installation. Si la technologie devait être déployée massivement, la capacité de production cumulée atteindrait des volumes difficilement accessibles par d’autres moyens sans mobiliser des surfaces agricoles ou naturelles.

Les vrais obstacles ne sont pas techniques

La faisabilité mécanique et énergétique du concept semble acquise. Ce sont les questions économiques et opérationnelles qui conditionneront réellement l’avenir du projet. Le coût de fabrication de ces glissières spéciales par rapport aux modèles standards, leur comportement après un accident — et donc leur remplacement —, ainsi que la capacité des gestionnaires d’autoroutes à intégrer un nouveau protocole d’entretien dans leurs opérations quotidiennes.

Ce n’est pas la première fois que l’infrastructure routière est envisagée comme surface de production d’énergie. Les routes solaires ont déjà été expérimentées en France avec des résultats décevants. Mais l’approche est ici fondamentalement différente : on ne remplace pas la chaussée, on valorise une surface déjà existante, déjà entretenue, déjà installée de part et d’autre de milliers de kilomètres de routes. C’est peut-être là que réside la force du pari.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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