Ultra-dominante en MotoGP depuis plusieurs saisons, Ducati aborde l’horizon 2027 avec un mélange d’ambition et de méfiance. Claudio Domenicali, PDG de la marque, n’a pas caché son sentiment lors d’une récente interview : le nouveau règlement technique, qui entrera en vigueur en 2027, vise explicitement à contenir l’innovation permanente de l’usine italienne.
Réduction de la cylindrée de 1000 à 850 cm³, limitation drastique de l’aérodynamique, suppression définitive des systèmes de réglage de hauteur avant et arrière : ces mesures, validées par la MSMA et la Dorna, marquent une rupture nette avec la génération actuelle de la Desmosedici. Ducati, qui a remporté quatre titres pilotes récents, six couronnes constructeurs consécutives et imposé son V4 Desmosedici comme référence technique, voit dans ces changements une volonté assumée de rééquilibrage.
Domenicali : « Le règlement cherche à empêcher Ducati d’inventer quelque chose d’étrange »
Interrogé sur les motivations derrière cette refonte, Claudio Domenicali n’a pas mâché ses mots :
« D’un point de vue réglementaire et politique, il existe des pressions pour simplifier les règles autant que possible… pour empêcher Ducati d’inventer quelque chose d’étrange. »
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Le dirigeant rappelle que Ducati a souvent été la première à exploiter les zones grises du règlement :
- Les dispositifs de réglage de hauteur arrière (introduits en 2019, interdits fin 2022)
- Les ailes aérodynamiques (déjà présentes en taille réduite dès 2008 sur une moto de Nicky Hayden, visibles au musée Ducati)
- Les systèmes ride-height et ride-forward qui ont permis à Pecco Bagnaia, Jorge Martín et maintenant Marc Márquez de dominer les qualifications et les courses.
Pour Domenicali, ces innovations ne relèvent pas de la tricherie, mais d’une avance technologique que les rivaux ont fini par copier. Avec 2027, le terrain de jeu sera plus étroit : moins d’aéro, plus de simplicité mécanique, cylindrée réduite. Le PDG garde néanmoins confiance :
« Notre équipe est intelligente. Voyons si nous pouvons trouver quelque chose dans un coin du règlement. Les nouvelles machines seront plus simples, ce qui signifie moins de possibilités. Nous devrons voir qui a les meilleures intuitions. »
Une ambition intacte malgré les contraintes
Domenicali reste fixé sur un objectif de long terme : prolonger le cycle de victoires au-delà des cinq années promises après le premier titre de Pecco Bagnaia.
« Je ne voulais pas gagner un seul championnat, mais commencer un cycle de victoires de cinq ans – comme Michael Schumacher l’a fait chez Ferrari en F1. Ces cinq années touchent à leur fin en 2026. Le prochain défi est maintenant d’atteindre une sixième, une septième et une huitième année de réussite. »
Le département course, dirigé par Gigi Dall’Igna et Davide Barana, travaille déjà sur la nouvelle Desmosedici 850 cm³. Le défi technique est colossal : conserver la puissance et le couple malgré 15 % de cylindrée en moins, tout en respectant des limites aérodynamiques très strictes et en perdant les systèmes ride-height qui ont tant fait parler.
Un règlement qui vise l’équilibre… ou Ducati ?
Si Ducati domine, c’est aussi parce qu’elle a su anticiper et exploiter les failles règlementaires avant les autres. Le règlement 2027 apparaît donc comme une tentative explicite de rééquilibrage sportif. Mais pour Domenicali, simplifier ne veut pas dire neutraliser :
« Les contraintes offrent toujours des opportunités. Nous verrons qui saura le mieux les exploiter. »
2027 pourrait être l’année où Ducati confirme son statut de référence technique… ou où ses rivaux (Ducati, Aprilia, KTM, Yamaha, Honda) profitent enfin d’un terrain plus égalitaire. La marque italienne, fidèle à son ADN d’innovation, promet déjà de ne pas se laisser freiner.
