BMW conserve son leadership dans le segment premium en Europe, mais le tableau n’est pas aussi flatteur qu’il y paraît. Selon les données de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) arrêtées à fin avril 2026, la marque bavaroise a immatriculé 267 075 véhicules sur les quatre premiers mois de l’année, en hausse de 1,1 % sur un an.
De quoi conserver une avance nette sur ses deux grands rivaux allemands, Audi et Mercedes. Mais derrière cette première place se cache un signal d’alerte : la part de marché de BMW recule, passant de 5,9 % à 5,7 %. Une érosion qui en dit long sur la transformation rapide du marché automobile européen.
Audi et Mercedes progressent plus vite
Le paradoxe de BMW est limpide : la marque vend plus de voitures en valeur absolue, mais perd du terrain en proportion, parce que ses concurrents progressent encore plus vite. Audi se classe deuxième du segment premium avec 230 595 immatriculations et une croissance de 7,2 % — soit près de sept fois le rythme de progression de BMW. Mercedes complète le podium avec 222 744 véhicules, en hausse de 3,4 %.
L’écart entre les trois Allemandes se resserre donc mécaniquement. Là où BMW dominait largement il y a quelques années, Audi et Mercedes reviennent à grands pas. Face à ce trio de tête, le japonais Lexus, marque premium de Toyota, s’effondre presque : ses immatriculations chutent de 10,8 % à 23 885 unités, confirmant la difficulté persistante des marques premium asiatiques à s’imposer sur un marché européen structurellement dominé par les constructeurs allemands.
MINI sauve le groupe, mais la part recule quand même
Au sein du BMW Group, c’est MINI qui apporte la meilleure dynamique. La marque britannique a vu ses immatriculations bondir de 12,8 % entre janvier et avril, à 60 077 unités. Combinée à BMW, elle porte le résultat global du groupe à 327 152 véhicules, soit une progression de 3,1 %. Une performance honnête en volume — mais là encore, la part de marché du groupe recule légèrement, de 7,1 % à 7 %.
La raison de cette érosion ne tient pas à une faiblesse de BMW, mais à la vigueur de certains concurrents généralistes qui croissent à un rythme spectaculaire. Fiat a ainsi bondi de 29,2 % à 131 863 voitures, portée par le succès du Grande Panda et de la nouvelle stratégie Stellantis. Skoda, de son côté, a grimpé de 14,6 % à 300 163 unités — dépassant ainsi BMW en volume total et confirmant son statut de pilier du groupe Volkswagen.
Le marché bascule vers l’hybride et l’électrique
La transformation la plus structurante se lit dans la répartition des motorisations. À fin avril 2026, les hybrides représentaient déjà 38 % des immatriculations européennes — devenant de loin la première motorisation du continent. L’essence chute à 22,4 %, les véhicules 100 % électriques atteignent 20,9 % et les hybrides rechargeables 10,1 %. Le diesel poursuit son déclin inexorable, à seulement 6,7 % de part de marché.
Cette bascule rapide vers l’électrification redistribue les cartes. Les constructeurs les mieux positionnés sur l’hybride et l’électrique abordable gagnent du terrain, tandis que les marques premium traditionnelles, dont les gammes électriques restent chères, peinent à suivre le rythme de croissance du marché global.
BMW mise sur la Neue Klasse pour rebondir
La marque bavaroise a néanmoins de sérieux arguments pour aborder sereinement la suite de l’année. L’usine hongroise de Debrecen tourne déjà en deux équipes pour absorber la forte demande de l’iX3, premier modèle de la nouvelle plateforme Neue Klasse, et une version propulsion plus accessible doit prochainement élargir l’attrait du SUV électrique. La famille Neue Klasse s’étoffera dès le mois d’août avec le lancement de la production de la berline i3 à Munich.
Le nouveau X5 et la prochaine Série 3 arriveront en fin d’année, mais leur impact sur les chiffres de 2026 restera limité — leur véritable effet de volume se fera sentir en 2027, tout comme celui du futur iX4. Quant à la Série 7 restylée, facturée à partir de 117 900 euros, elle joue davantage sur l’image que sur les volumes. BMW demeure donc la première marque premium allemande en Europe, mais le message des chiffres est clair : la concurrence se resserre, le marché se transforme à grande vitesse, et conserver son trône exigera plus que la simple inertie du leadership. Le pari de la Neue Klasse n’en est que plus crucial.





