Mars 1906. Une Opel 16/18 HP quitte la chaîne d’assemblage de Rüsselsheim. C’est la millième voiture produite par la marque allemande. Un jalon modeste en apparence, mais qui marque le début d’une ascension industrielle remarquable — de mille unités en 1906 à deux millions en 1956, en passant par la demi-millième en 1936 transportée par dirigeable jusqu’au Brésil. Retour sur trois moments fondateurs de l’histoire d’Opel.
1906 : la millième, une 16/18 HP héritière des premières motorisations
La Opel 16/18 HP System Darracq appartient à la première génération de voitures de la marque. Techniquement apparentée aux modèles 12 HP et 14 HP de gamme moyenne, elle partage le même châssis fermé par des plaques métalliques dans sa partie inférieure, constituant le plancher. Les suspensions adoptent des solutions conventionnelles pour l’époque : essieux rigides et ressorts à lames semi-elliptiques avant et arrière.
Son moteur de 18 ch dérive de celui de la 20/22 HP, lancée l’année précédente. Il reprend la disposition particulière des quatre cylindres et des raffinements techniques alors considérés comme sophistiqués : lubrification par pompe entraînée par le moteur et distribution à arbre à cames. La transmission utilise un arbre cardanique et un embrayage à cône en cuir. La boîte est à trois rapports. La 16/18 HP sera produite pendant trois ans, de 1904 à 1906.
1936 : la cinq centième millième voyage dans un dirigeable
Trente ans plus tard, en 1936, Opel est devenu le premier constructeur automobile allemand. Et la marque aime les coups de communication à grand spectacle. La cinq centième millième automobile produite — une Opel Olympia — sera transportée à bord du dirigeable Hindenburg jusqu’à Rio de Janeiro, présentée comme la « première automobile volante du monde ». Un geste publicitaire mémorable, à l’image d’une époque où les grandes marques cherchaient à frapper l’imagination du public.
L’Olympia elle-même est une voiture historique. En 1935, elle est devenue la première automobile allemande construite en série avec une carrosserie autoportante en acier — une révolution technique pour une voiture populaire. Jusqu’en 1937, elle est animée par un moteur 1,3 litre de 29 ch. L’année suivante, un 1,5 litre de 37 ch lui permet d’atteindre 110 km/h — une performance remarquable pour une utilitaire de l’époque. La version 1,3 litre sera produite à 81 661 exemplaires, la version 1,5 litre à 87 214 unités avant 1940.
1956 : la deux millionième, une Kapitan dorée
Le 9 novembre 1956, à Rüsselsheim, une Opel Kapitan de couleur or célèbre la deux millionième automobile produite par Opel depuis 1899. Cinquante ans, deux millions de voitures — une progression qui illustre l’industrialisation rapide de la production automobile européenne dans l’après-guerre.
La Kapitan de cette époque est la cinquième série du modèle, produite depuis 1955. Elle reprend la base de la génération précédente avec des mises à jour esthétiques significatives : calandre ovale plus large avec de fines lamelles horizontales remplaçant la précédente « bouche de requin ». Elle conserve le moteur six cylindres de 75 ch, auquel est associée une nouvelle boîte entièrement synchronisée à trois rapports — une quatrième longue sera ajoutée par la suite. Une déclinaison L plus luxueuse sera proposée quelques mois après, avec davantage de chrome, un tableau de bord raffiné, deux sièges avant individuels en remplacement de la banquette trois places, et un nouveau système de chauffage amélioré. De 1953 à 1957, la Kapitan sera produite à 92 555 exemplaires.
Trois modèles, trois époques, une même trajectoire : celle d’un constructeur qui a su traverser les décennies en restant au cœur de l’industrie automobile européenne.





