Isack Hadjar aborde le Grand Prix de Hongrie, onzième manche de la saison et dernière avant la trêve estivale, avec un mélange d’humilité et de lucidité qui caractérise sa première année chez Red Bull. Le Franco-Algérien de 21 ans a reconnu, à quelques heures d’entrer dans les stands du Hungaroring, que son coéquipier Max Verstappen évolue « à un niveau très, très élevé », une déclaration qui traduit à la fois la sérénité du jeune pilote et la difficulté d’un environnement dont peu ressortent indemnes.

Une saison rookie chez Red Bull entre éclairs et casse

Le baquet numéro deux de Red Bull Racing est, depuis des années, considéré comme le siège le plus exposé de la Formule 1. Le passage de Hadjar aux côtés de Verstappen intervient après le remplacement de Yuki Tsunoda pour la saison 2026, dans un contexte de bouleversement technique inédit, avec les nouvelles règles moteurs et châssis qui ont redistribué la hiérarchie du plateau.

Le bilan de la première moitié de saison offre une lecture contrastée. Le Français a rapidement démontré sa vitesse pure au point de battre parfois Verstappen en qualifications, notamment au Japon en début de saison, une performance rare pour un pilote débutant au sein de l’écurie autrichienne. Le podium reste toutefois inaccessible dans une monoplace RB22 en difficulté sur le plan aérodynamique, et deux week-ends ont particulièrement compliqué la trajectoire du rookie : le crash de Miami en mai, suivi de la sortie de piste à Monaco lors des essais libres, qui avait déclenché le premier drapeau rouge du week-end.

Le tempérament pointilleux du jeune pilote se retrouve dans son analyse. Hadjar n’a jamais cherché à masquer les erreurs qu’il a commises et affiche un langage direct avec la presse, une posture qui tranche avec la communication très maîtrisée de certains de ses prédécesseurs au sein de l’équipe. Une transparence qui lui vaut le respect grandissant du paddock.

Un modèle Verstappen ouvertement assumé

Le respect exprimé par Hadjar pour son coéquipier n’a rien de nouveau. Dès son arrivée officialisée fin 2025, le Franco-Algérien avait décrit dans un podcast interne à l’écurie sa fascination pour la capacité de Verstappen à trouver systématiquement du temps au tour dans les instants décisifs de la qualification, et pour son aptitude à gagner des courses même dans un scénario défavorable sur dix millions. Une admiration qu’il refuse toutefois de transformer en admiration paralysante.

Le rôle imparti au deuxième pilote de Red Bull tient d’ailleurs beaucoup à cet équilibre. Depuis la promotion de Sebastian Vettel en 2009, l’écurie a assumé une organisation autour d’un pilote numéro un. Mark Webber, Daniel Ricciardo, Pierre Gasly, Alexander Albon, Sergio Pérez, Liam Lawson puis Yuki Tsunoda ont tous éprouvé les difficultés d’un rôle qui exige à la fois de suivre la référence maison et de préserver sa propre valeur commerciale. Hadjar est le sixième coéquipier de Verstappen en Formule 1. Il connaît les statistiques et refuse de les subir.

Le contexte 2026 lui offre en principe un cadre plus favorable que celui de ses prédécesseurs. Verstappen n’a signé son premier podium de la saison qu’au Grand Prix du Canada, illustration que l’écurie de Milton Keynes a perdu son avance mécanique sur Mercedes, désormais nettement dominante. Kimi Antonelli, sacré à Spa-Francorchamps pour sa sixième victoire de la saison, a pris seul la tête d’un championnat où Ferrari suit et où McLaren peine à retrouver son niveau. Red Bull cherche encore le bon compromis sur sa RB22.

Le Hungaroring, un test grandeur nature pour la RB22

Le tracé du Hungaroring impose aux monoplaces un niveau d’appui aérodynamique comparable aux valeurs extrêmes de Monaco. L’enchaînement quasi ininterrompu de courbes serrées, l’absence de longues lignes droites significatives et l’exigence d’un grip mécanique solide dans les phases de transfert de charge devraient normalement défavoriser la RB22, dont le principal défaut identifié cette saison reste précisément l’équilibre entre les appuis et la souplesse de suspension nécessaire aux revêtements bosselés.

Le Grand Prix se disputera sur 70 tours à partir du dimanche 26 juillet. Verstappen a gagné à Budapest en 2022 et 2023 sur une génération de monoplaces radicalement différente, mais l’expérience compte sur ce circuit atypique. Pour Hadjar, l’enjeu principal reste de terminer solidement dans les points, de bâtir sa confiance sur un tracé technique qui devrait valoriser sa précision, et surtout de s’offrir une trêve estivale avec des sensations positives après un premier tiers de saison chahuté par les erreurs individuelles autant que par les difficultés collectives de son écurie.

Quatre semaines de pause pour digérer et rebondir

La coupure estivale de quatre semaines qui suivra cette manche hongroise revêt une importance particulière pour Hadjar. Le prochain rendez-vous, le Grand Prix des Pays-Bas au tracé de Zandvoort du 21 au 23 août, se disputera sur le circuit même où le Franco-Algérien avait signé son premier podium en Formule 1 il y a moins d’un an, alors qu’il pilotait encore pour Racing Bulls. Un lieu symbolique qui devrait rappeler à tout le monde que le pilote au numéro 6 a un potentiel qui reste largement intact malgré les turbulences d’une saison de découverte.

Reconnaître le niveau de Verstappen sans se laisser écraser par sa comparaison, c’est peut-être le meilleur signe que Hadjar est en train de trouver son propre équilibre dans un environnement conçu pour broyer ceux qui ne l’ont pas. Le Grand Prix de Hongrie dira si cette maturité affichée en dehors des monoplaces trouve enfin sa traduction complète dans le classement du dimanche.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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