Le constructeur chinois Xiaomi continue d’imposer son rythme effréné sur le marché automobile. Après avoir bousculé l’ordre établi avec la berline SU7 puis le SUV YU7, la division automobile de la marque tech s’apprête à dévoiler officiellement, dans les prochains jours, sa version la plus extrême : le YU7 GT.

Au programme, une fiche technique qui frôle les frontières de l’hypercar : environ 990 chevaux, une vitesse de pointe de 300 km/h et un châssis spécifiquement développé sur le circuit du Nürburgring. Les premières démonstrations chez les concessionnaires chinois ont démarré le 16 mai, pour un lancement commercial officiel fin mai. Le ticket d’entrée estimé sur le marché chinois se situe entre 60 000 et 70 000 euros — soit moins de la moitié du tarif d’un Porsche Macan Turbo Electric pour des performances substantiellement supérieures.

738 kW à deux moteurs et 0 à 100 km/h en 2 secondes

Au cœur du YU7 GT, deux moteurs électriques travaillent en transmission intégrale : 288 kW à l’avant et 450 kW à l’arrière, pour une puissance combinée de 738 kW — soit environ 990 chevaux. Le couple n’a pas encore été officialisé mais devrait largement dépasser les 1 000 Nm. Côté chronos, Xiaomi annonce une vitesse maximale de 300 km/h et un 0 à 100 km/h estimé autour de 2 secondes. Des valeurs étourdissantes pour un véhicule de 2 460 kg, qui placent le YU7 GT directement face au Tesla Model X Plaid et un cran au-dessus du Porsche Macan Turbo Electric (630 ch).

La batterie est signée CATL : un pack NMC Qilin 2.0 de 101,7 kWh fonctionnant en architecture 800 volts. L’autonomie annoncée atteint 705 km selon le cycle CLTC chinois — soit probablement autour de 550 km en conditions réelles d’autoroute européenne. Une valeur qui reste honnête vu le profil orienté performance du véhicule, et qui répond à l’une des critiques traditionnellement adressées aux SUV électriques sportifs, dont la batterie peinait à tenir une seule séance d’autoroute soutenue.

Une carrosserie inspirée du Ferrari Purosangue

Visuellement, le YU7 GT abandonne la sobriété élégante du modèle de base au profit d’une silhouette beaucoup plus agressive. Les inspirations stylistiques du Ferrari Purosangue, déjà perceptibles sur le YU7 standard, sont ici poussées d’un cran. Les entrées d’air avant sont nettement agrandies, le bouclier gagne en agressivité, les passages de roues se sont élargis pour accueillir des jantes 21 pouces chaussées de pneus Pirelli P Zero Trofeo RS développés spécifiquement pour la marque (et marqués « XM » sur le flanc). Le capot rallongé et le diffuseur arrière prononcé complètent l’arsenal aérodynamique.

Une nouvelle teinte fait son entrée au catalogue : le Crimson Red (rouge cramoisi), assumé comme la couleur de signature de cette version GT. Xiaomi décrit la posture du véhicule en termes presque cinématographiques de « cheval de guerre » — un marketing théâtral qui prête à sourire, mais qui ne dénature pas la substance technique. À l’intérieur, un pack Track Red propose une association rouge et noir, des surpiqûres contrastées, et des logos GT brodés sur les sièges avant et la planche de bord.

Le Nürburgring comme laboratoire de validation

L’ombre du Nürburgring plane sur le projet. Plusieurs prototypes du YU7 GT ont été aperçus depuis octobre 2025 sur la Nordschleife, certains équipés de grands ailerons arrière. Le constructeur affirme que le châssis a été spécifiquement réglé sur ce circuit, dans la continuité de l’approche développée pour la berline SU7 Ultra. Cette dernière avait signé en avril 2025 un chrono historique de 7 minutes 4,96 secondes sur la version de production, battant officiellement le précédent record du Porsche Taycan Turbo GT (7:07) et même celui de la Rimac Nevera (7:05).

Le YU7 GT bénéficie de plusieurs raffinements châssis : suspension pneumatique de nouvelle génération, système de vectorisation de couple à l’essieu arrière, contrôle de traction redessiné. Xiaomi est par ailleurs devenu officiellement « premium partner » du Nürburgring début 2025, avec sa propre courbe sur le circuit Grand Prix et des publicités installées sur la Nordschleife. L’engagement marketing en dit long sur la stratégie de la marque : faire de la performance sur circuit allemand la vitrine technique de toute sa gamme.

Une équation prix-performance qui va faire mal en Europe

C’est le point qui rend l’arrivée de cette voiture potentiellement explosive. À 60-70 000 euros sur le marché chinois pour 990 chevaux, le YU7 GT propose un rapport puissance-prix sans équivalent occidental. Un Porsche Macan Turbo Electric — 630 chevaux — démarre à plus de 100 000 euros en Europe, tandis qu’un Cayenne Turbo Electric à 1 139 chevaux franchit allègrement les 200 000 euros. Le YU7 GT vient s’installer dans une zone tarifaire que les constructeurs européens estiment commercialement impraticable à ce niveau de performance.

Sur le marché chinois, Xiaomi enchaîne d’ailleurs les succès commerciaux. Le YU7 standard, lancé en juin 2025, a enregistré plus de 200 000 réservations dans les trois premières minutes d’ouverture des commandes — un record absolu pour un constructeur. En décembre 2025, le SUV a livré 33 729 unités sur le seul mois. L’arrivée du YU7 GT vient logiquement coiffer cette gamme avec un porte-étendard sportif.

Pour le marché européen, Xiaomi a confirmé une commercialisation officielle en 2027 via son centre R&D ouvert à Munich. À ce moment-là, les droits de douane européens sur les VE chinois — actuellement jusqu’à 35,5 % — pèseront lourdement sur le tarif final. Une YU7 GT pourrait dépasser les 80 000 euros sur le sol européen, ce qui reste compétitif face à un Macan Turbo Electric à plus de 100 000 euros. Au minimum, l’arrivée prochaine d’un tel adversaire devrait pousser Porsche et BMW à revoir leur copie sur les segments les plus convoités du marché.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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