À l’heure où Citroën fait sensation en annonçant le retour de la 2 CV, il est une autre icône française dont le retour aurait pu marquer les esprits tout autant : la Peugeot e-Legend. Présenté au Mondial de Paris 2018, ce prototype de coupé électrique de 462 chevaux, inspiré de la mythique 504 Coupé, avait soulevé un véritable raz-de-marée d’enthousiasme.

Huit ans plus tard, alors que la marque au lion multiplie les modèles électriques accessibles, beaucoup de passionnés n’ont toujours pas digéré que cette merveille de design ne soit jamais passée au stade de la production. Retour sur l’un des concept-cars les plus admirés de la dernière décennie.

Un hommage à la 504 Coupé signée Pininfarina

L’inspiration de l’e-Legend était limpide pour tout amateur d’automobile française : la Peugeot 504 Coupé, dessinée par le carrossier italien Pininfarina et commercialisée à partir de 1969. Considérée comme l’une des plus élégantes Peugeot de l’histoire, cette grande routière à deux portes incarnait un certain art de vivre à la française, mêlant raffinement, confort et lignes intemporelles.

Plutôt que de livrer une simple réplique nostalgique, Peugeot avait utilisé les proportions classiques d’un grand coupé pour bâtir une vision résolument tournée vers l’avenir. La carrosserie musclée, la signature lumineuse à trois griffes — devenue depuis la marque de fabrique de toute la gamme Peugeot — et une présence à la fois moderne et patinée par l’héritage faisaient de l’e-Legend un objet de désir immédiat. Le genre de voiture qui réconcilie les générations, séduisant aussi bien les nostalgiques de la 504 que les amateurs de design contemporain.

462 chevaux et 600 km d’autonomie : une vision pionnière en 2018

Au-delà de son esthétique, l’e-Legend impressionnait par sa fiche technique, particulièrement audacieuse pour l’époque. Il faut se replacer dans le contexte de 2018 : la Tesla Model 3 n’était pas encore commercialisée en Europe, la Porsche Taycan n’avait même pas été dévoilée, et la référence de la voiture électrique haut de gamme restait largement à inventer. Dans ce paysage encore balbutiant, Peugeot annonçait des chiffres dignes d’une sportive : 462 chevaux, une transmission intégrale, et une autonomie pouvant atteindre 600 kilomètres en cycle WLTP. La recharge rapide promettait de récupérer environ 500 kilomètres en seulement 25 minutes.

Pour mesurer l’ambition de ces promesses, il suffit de les comparer à la production actuelle : le Peugeot e-3008, fer de lance électrique de la marque aujourd’hui, développe 210 chevaux dans sa version d’entrée de gamme. L’e-Legend visait donc plus du double de la puissance, avec des performances dignes d’une véritable voiture de sport. Un positionnement premium que Peugeot n’a finalement jamais concrétisé sur le terrain de l’électrique.

Un intérieur futuriste pensé pour la conduite autonome

L’habitacle de l’e-Legend poussait l’anticipation encore plus loin. Peugeot avait imaginé une voiture offrant quatre modes de conduite — deux manuels et deux autonomes — capables de transformer physiquement la disposition intérieure. En mode autonome, le volant disparaissait sous le tableau de bord, les sièges avant s’inclinaient, et l’immense surface numérique devenait le centre de l’expérience à bord. Peugeot imaginait alors une voiture-salon roulante, sans pour autant renoncer au plaisir de conduite traditionnel lorsque le conducteur le souhaitait.

Le poste de pilotage était dominé par un écran incurvé de 124 centimètres, complété par d’autres surfaces numériques réparties dans l’habitacle. Ce qui pouvait paraître exotique, voire excessif en 2018, semble presque banal aujourd’hui, à l’heure où plusieurs constructeurs ont déjà remplacé le tableau de bord classique par d’immenses dalles tactiles. Sur ce point comme sur d’autres, l’e-Legend avait vu juste, avec quelques années d’avance.

La Peugeot fantôme que les passionnés réclament encore

Peu de concept-cars ont suscité une telle attente. Des milliers de passionnés ont réclamé une version de série, et pendant des années, les rumeurs sont allées bon train sur un éventuel coupé électrique inspiré de l’e-Legend. Le prototype a même été la vedette d’une campagne publicitaire télévisée de la marque, signe de l’attachement que Peugeot lui portait. Mais la réalité, plus prosaïque, est que l’e-Legend n’a jamais dépassé le stade de l’exercice de style et de démonstration technologique. Elle n’a jamais été commercialisée.

Aujourd’hui, la stratégie électrique de Peugeot s’est recentrée sur des modèles nettement plus accessibles, avec une gamme dont les tarifs débutent autour de 33 400 euros pour la 308 Hybrid 145 ch. Un positionnement raisonnable et commercialement pertinent, mais qui laisse un goût d’inachevé aux amoureux des grands coupés français. À l’heure où Citroën ressuscite la 2 CV et où Renault a relancé les R5 et R4, l’absence d’une e-Legend de série illustre un paradoxe : Peugeot, qui possédait peut-être la plus belle carte nostalgique de toutes, a choisi de ne pas la jouer.

Reste l’espoir, ténu mais réel, que la marque revienne un jour sur cette décision. Le succès commercial des néo-rétro françaises pourrait redonner des idées aux dirigeants de Sochaux. Et si le retour le plus attendu de l’automobile française n’était finalement pas celui de la 2 CV, mais celui d’un grand coupé électrique que tout le monde a admiré sans jamais pouvoir l’acheter ? La balle est dans le camp de Peugeot.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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