L’offensive de BYD en France ne se limite pas à vendre des voitures : le géant chinois s’attache désormais à former ceux qui les répareront. Le GARAC, l’École nationale des professions de l’automobile et de la mobilité installée à Argenteuil, a franchi cette semaine une nouvelle étape dans son partenariat avec le constructeur chinois, scellé au mois de mars.
Concrètement, BYD a entrepris de former les enseignants du GARAC à ses technologies, avant le lancement, à la rentrée 2026, de nouveaux cursus dédiés aux véhicules électriques et hybrides. Un accord présenté comme unique en Europe, qui illustre une stratégie d’enracinement industriel bien plus profonde que la simple conquête commerciale.
Former les formateurs avant les élèves
La logique du partenariat est limpide : pour enseigner les technologies de demain, encore faut-il que les professeurs les maîtrisent. C’est pourquoi la première étape concrète de l’accord, déployée cette semaine sur le campus du GARAC, consiste à former les équipes pédagogiques de l’école directement par les soins du constructeur. Cette montée en compétences porte sur les technologies propres à BYD, ses outils de diagnostic et ses méthodes d’après-vente.

À la rentrée 2026 suivront de nouvelles formations dédiées aux véhicules électriques et hybrides, appuyées par la mise à disposition de véhicules pédagogiques BYD. Les élèves apprendront ainsi leur métier sur les modèles mêmes du constructeur, avec ses procédures officielles. Pour marquer l’importance qu’il accorde à cet accord, BYD a dépêché à Argenteuil, le 18 juin, une délégation internationale réunissant plusieurs responsables mondiaux de son après-vente, aux côtés des équipes françaises. Une présence de haut niveau qui souligne la dimension stratégique de l’opération pour le groupe chinois.
Un enjeu d’employabilité dans un marché en mutation
Du côté du GARAC, l’intérêt est tout aussi clair. L’école, qui forme aux métiers de l’automobile depuis 1948 et accueille chaque année quelque 1 500 lycéens et apprentis, doit adapter ses cursus à la transformation rapide du parc automobile. Comme le souligne son directeur général, Laurent Roux, former aux dernières technologies électriques n’est plus une option mais une nécessité, condition de l’employabilité immédiate des jeunes dans un secteur en pleine mutation.
L’argument fait mouche dans un contexte de pénurie de techniciens qualifiés sur l’électrique. À mesure que le parc de véhicules à batterie grandit, le besoin de mécaniciens, d’électroniciens et de spécialistes de l’après-vente formés à ces motorisations explose, alors même que les compétences disponibles peinent à suivre. En adossant ses formations à un constructeur de premier plan, le GARAC garantit à ses élèves un apprentissage directement aligné sur les besoins du marché et les standards industriels en vigueur.
Une stratégie d’ancrage profond pour le constructeur chinois
Au-delà du seul cas du GARAC, ce partenariat révèle une facette souvent négligée de l’offensive des constructeurs chinois en Europe. Loin de se contenter d’exporter des véhicules, BYD construit méthodiquement un écosystème complet : réseau de distribution, après-vente, mais aussi formation des compétences locales. En s’invitant dans une école de référence, le groupe s’assure de disposer demain d’un vivier de techniciens rompus à ses technologies, tout en gagnant en légitimité et en ancrage sur le territoire français.
Cette démarche s’inscrit dans la même logique que les projets d’implantation d’usines en Europe, à l’image des sites BYD en Hongrie. Pour un constructeur encore jeune sur le Vieux Continent, former les professionnels qui entretiendront son parc est un investissement de long terme, gage de fiabilité du service après-vente et donc de confiance des acheteurs. C’est aussi une réponse habile aux critiques sur la dépendance européenne : en créant des emplois et des compétences locales, BYD se présente en partenaire industriel plutôt qu’en simple importateur.
Pour les jeunes formés au GARAC, l’accord ouvre des perspectives concrètes d’emploi sur un segment porteur. Pour la filière automobile française, il illustre une réalité désormais incontournable : les constructeurs chinois ne sont plus de simples concurrents lointains, mais des acteurs qui s’installent durablement dans le paysage, jusque dans la formation des futurs professionnels du secteur. Une mutation qui, qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en inquiète, redessine en profondeur l’industrie automobile européenne.

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