Yin Tongyue, président du groupe Chery Auto, était à Paris la semaine dernière pour le lancement officiel des marques du groupe sur le marché français. À cette occasion, il a détaillé la stratégie industrielle et commerciale de Chery en Europe auprès de quelques médias, dont Auto Infos.

Le message central est clair : Chery ne veut pas être perçu comme un constructeur chinois qui exporte, mais comme un acteur qui s’installe durablement en s’adaptant aux marchés locaux. Et cela passe potentiellement par une production sur le sol français.

Une usine française dans les cartons

C’est l’annonce la plus concrète de cette rencontre. Le groupe Chery étudie la reprise d’un site brownfield en France — une ancienne usine Fiat selon les informations disponibles — et Yin Tongyue promet une annonce « dans quelques mois » si l’accord définitif avec un partenaire local est signé. Rien de formalisé à ce stade, mais le signal est suffisamment précis pour être pris au sérieux.

Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large. En Espagne, Chery a déjà récupéré l’ex-usine Nissan de Barcelone, dont la capacité annuelle a été portée à 200 000 véhicules. Le groupe avance donc sur deux fronts simultanément en Europe du Sud — avec la France comme marché symboliquement important pour établir une crédibilité industrielle sur le continent.

Une vision qui se veut européenne, pas seulement importatrice

Yin Tongyue a tenu à contextualiser l’histoire de Chery face aux constructeurs européens. « Les constructeurs automobiles français et allemands sont venus en Chine pour nous former. J’ai travaillé avec Audi, Volkswagen et plus d’une douzaine d’équipementiers européens avant de créer cette entreprise. » Un argumentaire qui vise à désamorcer la méfiance naturelle du marché européen à l’égard des constructeurs chinois.

Il revendique une chaîne d’approvisionnement déjà largement européenne — les dix principaux fournisseurs de Chery sont européens, avec des noms comme Valeo et Michelin mentionnés explicitement — et affiche un objectif de 50 % de contenu européen dans ses véhicules, avec une ambition de 70 % pour répondre aux futures exigences réglementaires de l’Union Européenne. Sur ce dernier point, Yin voit « quelque part » une opportunité plutôt qu’une contrainte.

Sa boussole stratégique est clairement formulée : « Nous nous inspirons de Toyota pour la qualité, de Tesla pour l’innovation et des Français en matière de design. » Une déclaration qui en dit long sur la manière dont Chery veut se positionner — ni dans le bas de gamme, ni dans la confrontation frontale avec les marques établies.

La France, « marché précieux » et laboratoire d’adaptation

Yin Tongyue a répété à plusieurs reprises que la France n’est pas un marché parmi d’autres pour le groupe. « Nous devons nous préparer, vérifier plusieurs fois, faire des doubles vérifications, et demander à nos clients s’ils aiment nos produits. » Une approche délibérément prudente qui contraste avec les déploiements rapides d’autres marques chinoises en Europe.

Concrètement, cela se traduit par un déploiement par étapes. Les marques Omoda & Jaecoo sont les premières à être distribuées en France, avec plus de 70 points de vente ouverts depuis le 1er avril. Les véhicules directement badgés Chery suivront dans un second temps, commercialisés initialement par le Groupe Lempereur. D’autres marques du groupe — Lepas, Exlantix, iCar — pourraient arriver ultérieurement selon l’évolution du marché et des retours clients.

Une stratégie multi-énergie, des batteries CATL et Gotion

Sur les motorisations, Chery maintient une approche multi-technologique — thermique, HEV, PHEV et BEV — adaptée selon les marchés et l’état des infrastructures de recharge locales. Le groupe s’appuie actuellement sur CATL et Gotion pour ses batteries, sans exclure un investissement propre si nécessaire pour sécuriser la supply-chain.

La coentreprise avec Jaguar Land Rover

Chery met également en avant sa joint-venture avec Jaguar Land Rover en Chine comme garantie de sérieux technologique. « Le premier modèle sera disponible fin juillet », a indiqué Yin, avec d’autres produits issus de cette collaboration prévus tous les six mois. Une coopération industrielle qui lui permet de revendiquer un transfert de savoir-faire allant dans les deux sens — et d’afficher des partenariats avec des marques européennes établies comme argument commercial.

Les prochaines semaines seront décisives : l’annonce sur l’usine française, le calendrier précis pour Barcelone et l’évolution de la JV JLR constitueront les indicateurs les plus fiables de la réalité des ambitions industrielles de Chery en Europe.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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