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lundi 12 janvier 2026
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    Hyundai dépasse Volkswagen : le géant coréen s’empare de la 2e place mondiale de rentabilité, un séisme pour l’industrie

    C’est un aveu qui résonne comme un coup de tonnerre dans les couloirs de l’automobile européenne : Hyundai a officiellement détrôné Volkswagen pour s’emparer de la deuxième place mondiale en termes de rentabilité, derrière Toyota.

    L’annonce, lâchée par José Muñoz, PDG de Hyundai Motor Company, lors du lancement de la sous-marque performance Genesis Magma au Circuit Paul Ricard en France, n’est pas qu’une fanfaronnade. Elle s’appuie sur des chiffres concrets – environ 6,5 billions de wons (4,8 milliards de dollars) de bénéfice opérationnel pour Hyundai en novembre 2024, contre 4,3 billions pour VW – et illustre un basculement stratégique où l’agilité coréenne enterre l’héritage allemand.

    Dans un secteur secoué par les tariffs US, la transition EV chaotique et des pertes abyssales chez les européens, Hyundai ne subit « qu’une baisse de 30 % », quand VW avoue 70 % de chute et menace de fermer ses propres usines. Une leçon d’humilité pour l’industrie : la rentabilité n’est plus une question de volume, mais de contrôle total de la chaîne de valeur.

    Un séisme financier : Hyundai, le nouveau challenger invisible

    José Muñoz n’a pas mâché ses mots lors de la présentation du GV60 Magma, ce SUV électrique de 650 ch qui symbolise l’ambition Genesis : « Nous sommes déjà numéro trois mondial en volumes depuis plusieurs années, mais en profits, nous sommes numéro deux. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Hyundai Motor Group (Hyundai + Kia + Genesis) a bouclé son exercice 2024 avec un bénéfice opérationnel record de 15,7 billions de wons (11,5 milliards de dollars), en hausse de 12 % malgré les vents contraires. Volkswagen Group, fleuron européen, ferme l’année sur une perte nette de 1,3 milliard d’euros au T3 2025 seul, et une chute de 38 % des profits au S1. Pour le géant allemand, c’est la pire crise depuis 2008 : menaces de fermeture d’usines en Allemagne (première fois en 87 ans), retards sur le logiciel Cariad (coût : 7 milliards d’euros engloutis), et une stratégie EV qui patine (ID.3 et ID.4 en –30 % YoY).

    Muñoz, ancien Européen chez Nissan et Renault, attribue ce triomphe au « Power of the Group » : une intégration verticale qui place Hyundai en contrôle absolu de sa chaîne de valeur. Plus de 50 entités – de la production de batteries (Hyundai Mobis) aux robots (acquisition de Boston Dynamics pour 1 milliard de dollars en 2021) et aux eVTOL (Supernal, partenariat Uber) – forment un écosystème fermé où les coûts sont maîtrisés et les innovations partagées. « Nous fabriquons nos propres puces, nos propres moteurs, nos propres châssis », explique-t-il. Résultat : des marges opérationnelles à 10,5 % (vs 5,8 % chez VW), et une flexibilité qui permet de basculer d’un EV à un hybride en un clin d’œil, sans les goulots de la sous-traitance européenne.

    Volkswagen en pleine tourmente : une chute libre qui interroge l’Europe

    De l’autre côté du Rhin, c’est l’hécatombe. Volkswagen, leader européen avec 9,2 millions de véhicules en 2024, accumule les faux pas : 1,3 milliard d’euros de perte au T3 2025, un plan d’économies de 10 milliards pour 2026, et des menaces de fermeture de trois usines allemandes (Emden, Osnabrück, Wolfsburg), un tabou brisé depuis la Seconde Guerre. Porsche, sa joyaillerie, reporte ses lancements EV et coupe ses prévisions de bénéfices ; Audi et Seat saignent des parts EV.

    Les tariffs Trump (25 % sur les imports mexicains) plombent les Jetta et Taos, tandis que le fiasco logiciel Cariad – 7 milliards engloutis pour un OS qui rame – expose les faiblesses structurelles. « VW est prisonnier de son héritage : trop de marques (12), trop d’usines (122), trop de syndicats », analyse un expert de l’ACEA. Hyundai, avec ses 5 millions de ventes annuelles (3e mondial), inverse la tendance : +12 % de profits malgré une baisse de 30 % due aux tariffs US.

    L’intégration verticale : la recette coréenne qui défie les géants

    Le « Power of the Group » n’est pas qu’un slogan. Hyundai contrôle 70 % de sa supply chain : batteries LFP chez ses propres usines (comme celle de Ulsan, 100 GWh/an), semi-conducteurs internes pour l’infodivertissement, et même acier via POSCO. Cela permet des coûts de production 15 % inférieurs à VW, et une réactivité fulgurante : le passage du Kona EV au Kona Hybrid en 2024 n’a pris que 6 mois. Kia, jumeau du groupe, surfe la vague avec l’EV6 GT (585 ch, 0-100 en 3,5 s) et des ventes EV +66 % en Europe au S1 2025.

    Genesis, la vitrine premium, en tire les fruits : le Magma GT Concept, dévoilé au Paul Ricard, tease une hypercar GT3 pour Le Mans 2026, avec un V6 biturbo 3.0 de 650 ch. « Cette rentabilité nous permet d’investir dans le fun, pas juste dans l’utilitaire », fanfaronne Muñoz. Pendant que VW rogne ses budgets R&D (–20 % en 2025), Hyundai injecte 100 milliards de wons dans Supernal (eVTOL) et Boston Dynamics (robots Spot pour usines).

    ConstructeurBénéfice op. 2024 (Md $)Baisse 2025 (%)Marges op. (%)Ventes EV 2025 S1 (Europe)
    Toyota35–511150 000
    Hyundai11,5–3010,5120 000
    VW Group15 (2024) → –1,3 T3 2025–705,8 → 2180 000 (–15 %)

    Impacts : une Europe en crise, l’Asie en conquête

    Cette bascule n’est pas anodine. VW, pilier de l’emploi allemand (120 000 postes), annonce 35 000 suppressions d’ici 2030 et des fermetures d’usines – un choc social qui pourrait inspirer les gilets jaunes 2.0. Hyundai, avec ses 280 000 employés, investit 20 milliards de dollars en EV d’ici 2026, et vise 1,5 million d’hybrides/an. En Europe, où les VE stagnent à 15 % des ventes (vs 25 % en Chine), Hyundai grignote : +66 % EV au S1 2025, avec Ioniq 5 et EV6 en top 5 BEV.

    Pour Stellantis ou Renault, c’est un avertissement : l’intégration verticale paie. Hyundai, 3e en volumes (7,3 M unités 2024), pourrait viser la 2e place globale d’ici 2027. Muñoz conclut : « Nous ne construisons pas des voitures ; nous construisons un écosystème. » Un modèle que l’Europe, engluée dans ses querelles sociales, devra copier pour survivre.

    Hyundai, le nouveau n°2, redessine la carte mondiale

    Hyundai n’a pas volé sa place : agilité, intégration et vision long terme l’emportent sur l’héritage VW en déliquescence. Pour les européens, c’est l’heure de l’humilité – ou du réveil brutal.

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    Faris Bouchaala
    Faris Bouchaala
    Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français créé en 2018 et basé à Antibes (Alpes-Maritimes). Grand passionné d'automobile depuis l'enfance, Faris Bouchaala a transformé sa passion en carrière professionnelle en rejoignant la presse automobile spécialisée en 2010. Après un parcours atypique loin du secteur automobile, c'est finalement la passion qui l'a guidé vers le journalisme automobile. Depuis plus de 14 ans, Faris Bouchaala couvre l'actualité automobile française et européenne avec un focus particulier sur les essais automobiles, les nouveautés constructeurs, l'électrification du parc automobile et les technologies embarquées. Son expertise s'étend de l'analyse du marché français aux tendances européennes, en passant par les stratégies des constructeurs et l'évolution de la mobilité durable. À la tête de MotorsActu depuis sa création, Faris Bouchaala dirige une ligne éditoriale axée sur la qualité de l'information, l'objectivité des essais et l'analyse approfondie du secteur automobile. Son approche journalistique privilégie l'expérience terrain et les essais en conditions réelles sur routes françaises. Basé en France, Faris Bouchaala suit au quotidien l'évolution du marché automobile français et européen, couvrant aussi bien les lancements de véhicules que les innovations technologiques et les enjeux environnementaux du secteur. Contact professionnel : [email protected]

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