À l’heure où l’industrie automobile semble tout entière tournée vers la batterie, Hyundai continue de défendre une voie alternative : l’hydrogène. Le constructeur coréen a présenté la deuxième génération de son SUV à pile à combustible, le NEXO, lors du salon de la mobilité de Busan, en Corée du Sud.
Sans pot d’échappement ni émissions polluantes, mais sans les contraintes de recharge d’une électrique classique, ce véhicule revendique une autonomie de 826 km et un plein réalisé en cinq minutes seulement. Une proposition à contre-courant, que Hyundai assortit d’une vision audacieuse : produire l’hydrogène à partir de déchets.
L’hydrogène, une alternative à la recharge longue
Le principal argument du NEXO tient dans sa logique d’usage. Contrairement à une voiture électrique à batterie, qui nécessite de longues heures de recharge — ou au mieux une trentaine de minutes sur une borne rapide —, le SUV à hydrogène se ravitaille en quelques minutes, exactement comme une voiture thermique à la pompe. Le véhicule embarque trois réservoirs de type IV stockant l’hydrogène sous 700 bars, pour une capacité totale de 6,69 kg, et annonce une autonomie de 826 km en cycle WLTP.
Le fonctionnement repose sur une pile à combustible, qui produit de l’électricité à bord en combinant l’hydrogène stocké et l’oxygène de l’air, ne rejetant que de la vapeur d’eau. Côté performances, cette nouvelle génération progresse nettement : la puissance système atteint 190 kW, soit 258 chevaux, et le 0 à 100 km/h est abattu en 7,8 secondes, soit une seconde et demie de mieux que la génération précédente. Esthétiquement, le NEXO adopte les codes stylistiques récents de la marque, avec une carrosserie plus anguleuse, un fin bandeau lumineux à l’avant, des feux de jour en forme de H et les graphismes pixellisés désormais caractéristiques de Hyundai.
Du déchet au carburant : le pari de l’hydrogène vert
L’aspect le plus original de la présentation de Busan résidait moins dans la voiture elle-même que dans la vision qui l’accompagne. Sur son stand, Hyundai a mis en scène, à travers une animation au ton volontairement enfantin, son ambition de produire de l’hydrogène à partir de déchets organiques : restes alimentaires, lisier agricole, voire boues d’épuration. Le principe, baptisé « Waste-to-Hydrogen », consiste à transformer ces déchets en carburant propre, qui alimente ensuite le véhicule.
Derrière cette mise en scène ludique se cache un enjeu industriel sérieux. La principale critique adressée à l’hydrogène concerne en effet son mode de production : aujourd’hui, l’essentiel de l’hydrogène mondial est issu d’énergies fossiles, ce qui annule une grande partie de son intérêt écologique. En misant sur un hydrogène produit à partir de déchets, Hyundai et sa division dédiée cherchent à résoudre cette équation, en proposant un cycle réellement vertueux où les ordures d’aujourd’hui deviennent le carburant de demain. Une approche d’économie circulaire séduisante sur le papier, mais dont le déploiement à grande échelle reste à démontrer.
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Une technologie prometteuse, mais un avenir incertain
Malgré ses atouts, le NEXO se heurte à un obstacle de taille, le même qui freine l’hydrogène depuis des années : le manque d’infrastructures. Faire le plein en cinq minutes ne sert à rien si aucune station de recharge en hydrogène ne se trouve à proximité. Or, le réseau de distribution demeure extrêmement clairsemé, en Europe comme ailleurs, et son développement se heurte à des coûts considérables. C’est tout le paradoxe de cette technologie : techniquement convaincante, mais commercialement entravée par un déficit d’infrastructures que ni les constructeurs ni les pouvoirs publics ne semblent pressés de combler.
En France, où l’hydrogène pour les véhicules particuliers reste quasi inexistant, le NEXO relève davantage de la curiosité technologique que de l’option d’achat réaliste. La technologie pourrait trouver des débouchés plus crédibles dans le transport lourd — camions, bus, utilitaires —, où les contraintes d’autonomie et de temps de recharge des batteries sont plus pénalisantes, et où des dépôts centralisés facilitent l’installation de stations. Pour les voitures particulières, en revanche, l’hydrogène peine encore à convaincre face à l’électrique à batterie, dont le réseau de recharge ne cesse de se densifier.
En maintenant le cap sur l’hydrogène alors que la quasi-totalité de ses concurrents mise sur la batterie, Hyundai fait un pari de long terme, presque philosophique. Le constructeur coréen, l’un des rares à croire encore à cette technologie pour les particuliers, parie sur un avenir où l’hydrogène vert et les infrastructures finiront par se généraliser. Un pari audacieux et risqué : le NEXO restera-t-il le symbole d’une nouvelle ère de la mobilité propre, ou une fascinante impasse technologique ? La réponse dépendra moins de la voiture elle-même que de la volonté collective de bâtir, enfin, le réseau qui lui fait défaut.
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