Il n’y aura pas de Lamborghini électrique avant longtemps, et la marque ne prend même plus de gants pour le dire. En marge du Goodwood Festival of Speed, Stefano Cossalter, directeur de la ligne de produits Urus et du projet de quatrième modèle, a confirmé sans détour l’enterrement du Lanzador électrique, décidé fin 2025 et officialisé en début d’année : non seulement le concept de 2023 ne deviendra pas la première Lamborghini à batterie, mais aucun modèle électrique n’est aujourd’hui en développement à Sant’Agata Bolognese.

Le quatrième modèle de la gamme prendra la forme d’un Ultra-GT hybride rechargeable, désormais attendu vers la fin de la décennie.

Une électrique quasi prête, tuée par ses propres clients

Le plus frappant dans ces déclarations tient au stade d’avancement du projet abandonné. Selon des informations recueillies au festival, le Lanzador électrique était pratiquement prêt pour la production, avec un lancement calé sur 2028 puis 2029, lorsque la marque a constaté que l’acceptation parmi sa clientèle était quasi nulle. Le verdict de Stephan Winkelmann, formulé cet hiver, était encore plus cru : l’intérêt de ses clients pour un Taureau sans V8 ni V12 est proche de zéro.

La raison n’est pas technique mais émotionnelle. Lamborghini reconnaît les qualités dynamiques des moteurs électriques, notamment le contrôle de la motricité roue par roue, mais juge que les sportives à batterie épuisent trop vite leur effet : spectaculaires au démarrage, elles peinent à entretenir l’engagement dans la durée. La marque a même étudié les sons artificiels et les passages de rapports simulés popularisés par certains constructeurs, avant de les juger indignes de son niveau d’exigence. La recherche sur les batteries, les moteurs et le logiciel se poursuit néanmoins, en prévision d’un futur où la technologie et la réglementation auront mûri.

Un Ultra-GT 2+2 entre les supercars et l’Urus

Le quatrième modèle, lui, reste bien au programme, et ses contours se précisent. Ce sera un GT deux portes à quatre places, à la garde au sol rehaussée, positionné exactement entre les supercars et l’Urus, ni berline classique ni crossover supplémentaire, fidèle à la silhouette du concept de 2023. Cossalter promet une voiture « inattendue », tandis que Winkelmann évoque un style de carrosserie différent de tout ce qui existe. La motorisation n’est pas confirmée, mais l’hybride rechargeable s’impose par cohérence : toute la gamme actuelle l’est déjà, du V12 de la Revuelto au V8 de l’Urus SE et ses 789 chevaux, base technique la plus plausible du futur GT.

L’ironie de l’exercice n’échappera à personne : les ingénieurs doivent désormais loger un moteur thermique sous un capot plongeant dessiné pour s’en passer, l’un des facteurs qui repoussent l’échéance, possiblement au-delà de 2030. Le prochain Urus suivra la même doctrine, sa nouvelle génération restant hybride rechargeable, tout projet de version électrique ayant été écarté.

Le pari inverse de Ferrari, et le marché pour arbitre

Impossible de ne pas lire ces annonces à la lumière de ce qui se joue à quelques kilomètres de là, à Maranello. Ferrari a fait le choix exactement opposé en menant sa Luce électrique jusqu’au bout, au prix d’une tempête que nous suivons depuis sa révélation : action en chute, fronde des puristes et crise interne, partiellement compensées par un démarrage commercial flatteur en Chine. Lamborghini, elle, a préféré sacrifier des années de développement plutôt que d’affronter le même orage, et ses dirigeants ne cachent pas que le calendrier leur donne pour l’instant raison.

Les deux rivales d’Émilie-Romagne offrent ainsi à toute l’industrie du luxe un laboratoire grandeur nature : l’une mise sur l’audace technologique et le temps long, l’autre sur l’émotion mécanique et la demande réelle de ses clients. Le verdict appartiendra au marché, et il ne tombera pas avant plusieurs années. En attendant, une chose est sûre : le prochain chapitre de Sant’Agata rugira, et il aura des cylindres.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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