Les passerelles entre l’univers des deux-roues sportifs et celui de la préparation automobile haut de gamme restent rares. MV Agusta et ABT Sportsline viennent pourtant d’en bâtir une, sous la forme d’une série limitée baptisée Brutale 1000 ABT.
Produite à 130 exemplaires numérotés dans le monde — un clin d’œil aux 130 ans du préparateur bavarois cette année —, cette hyper-naked italienne se pose comme l’une des collaborations les plus inhabituelles de la saison. Et accessoirement, comme une moto qui dépasse allègrement le seuil des 40 000 euros.
Une trilogie anniversaire qui s’étend désormais aux deux-roues
L’opération s’inscrit dans une démarche plus large. ABT Sportsline, fondée en avril 1896 à Kempten en Bavière par Johann Baptist Abt, célèbre cette année son 130e anniversaire à travers une trilogie de modèles d’exception. Le premier volet, dévoilé en mars dernier, prenait la forme d’une Audi RS6-LE 800 limitée à 30 exemplaires, développant 800 chevaux et facturée 108 000 euros hors installation. La Brutale 1000 ABT vient compléter cette série commémorative en élargissant le périmètre à la moto — un terrain où le préparateur allemand ne s’aventure pas habituellement.
Pour MV Agusta, l’exercice s’inscrit dans une tradition bien établie de séries spéciales : Ottantesimo, Assen et autres déclinaisons confidentielles. Mais la marque varésane innove cette fois en s’associant à un acteur extérieur au monde des deux-roues, pour produire ce qu’elle décrit comme un objet de collection transversal, pensé autant pour être exposé dans un garage aux côtés d’une supercar que pour avaler les routes de montagne.
Une livrée Nero Carbonio et Rosso Fuoco aux accents nationalistes
Visuellement, la Brutale 1000 ABT joue à fond la carte de la double identité. La carrosserie associe les teintes Nero Carbonio Metallizzato et Rosso Fuoco, appliquées au moyen d’une technologie de décalques à l’eau premium offrant un fini parfaitement lisse sous le vernis. Le procédé combine application manuelle de précision, cycles de séchage contrôlés et couche de vernis final, garantissant à l’ensemble une excellente résistance aux UV et une durabilité dans le temps.
Détail amusant et assumé : un drapeau allemand côtoie le slogan d’ABT « FROM THE RACETRACK TO THE ROAD » sur un flanc de la moto, tandis que le drapeau italien accompagne le claim historique de MV Agusta « MOTORCYCLE ART » de l’autre côté. Un dialogue visuel entre la rigueur d’ingénierie germanique et le geste artistique latin, qui ne passera pas inaperçu dans un parking.
Une selle Alcantara en nid d’abeille et 19 pièces en carbone
L’inspiration automobile transpire dans chaque détail. La selle, habillée d’Alcantara avec un motif matelassé en nid d’abeille, reprend les codes des intérieurs de supercars. Les étriers Brembo Stylema sont peints en noir avec logos rouges — une signature des freinages premium type carbone-céramique. La pièce la plus spectaculaire reste néanmoins le cache de jante arrière en carbone, directement inspiré des roues turbofan des voitures de course. Au-delà de l’effet visuel, il réduit les turbulences aérodynamiques autour de la roue arrière et améliore le coefficient de traînée global.
Au total, 19 composants sont fabriqués en fibre de carbone à armure plain weave : supports de garde-boue, couvre-boîte à air, conduits d’air intérieurs, flancs de réservoir, panneaux sous-selle, caches de phares, spoiler avant, écrans thermiques, caches moteurs et autres. De quoi alléger la machine tout en travaillant la perception de qualité au moindre regard.
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208 chevaux avec le kit racing, 1 000 cm³ et conformité Euro 5+
Sous la robe ABT, le quatre cylindres en ligne de 998 cm³ qui fait la réputation de la Brutale 1000 a été retouché pour répondre à la norme Euro 5+ sans rien céder en termes de performances. Les évolutions techniques comprennent de nouveaux arbres à cames, une cartographie revue, une sensibilité d’accélérateur affinée, des rapports de boîte optimisés et un rapport final raccourci destiné à doper les accélérations.
Le bilan : 201 chevaux à 13 500 tr/min et 116 Nm à 11 000 tr/min en configuration d’origine. Avec le kit racing fourni (échappement Arrow Titanium quatre sorties slip-on et cartographie ECU dédiée, usage circuit uniquement), la puissance grimpe à 208 chevaux à 14 000 tr/min. Des chiffres qui maintiennent la Brutale 1000 dans le très haut du panier des hyper-nakeds européennes, face à la Ducati Streetfighter V4, la BMW M 1000 R ou la Kawasaki Z H2.
Côté cycle, la moto bénéficie de suspensions Öhlins à contrôle électronique : fourche Nix EC inversée avec traitement TiN, amortisseur arrière TTX EC progressif, et amortisseur de direction EC avec modes manuel et automatique. Les jantes forgées avant et arrière réduisent les masses non suspendues, tandis que les disques avant Braking Batfly de 320 mm (usage circuit uniquement) à géométrie en canaux contourés améliorent la dissipation thermique sur sollicitations répétées.
40 990 euros départ usine et production fin 2026
Le ticket d’entrée est annoncé à 40 990 euros TTC sur le marché italien — un tarif qui place la Brutale 1000 ABT dans la même fourchette que la Brutale 1000 RR Assen (commercialisée à environ 47 000 dollars aux États-Unis) mais avec un argument de rareté plus prononcé encore, 130 exemplaires contre plusieurs centaines pour les autres séries spéciales du constructeur.
Le démarrage de production est prévu pour le quatrième trimestre 2026. Chaque acquéreur recevra avec sa moto un pack dédié comprenant l’échappement Arrow Titanium, les disques Braking Batfly, des plaques de réglage de pivot de bras oscillant, une housse personnalisée, un kit de bienvenue et un certificat d’authenticité numéroté. Une opération clairement positionnée sur le segment du collector haut de gamme, plus proche d’un objet de patrimoine roulant que d’un outil d’usage quotidien — mais c’est précisément ce que cherche la clientèle visée.





