Land Rover avait arrêté le Freelander en 2014. Douze ans plus tard, le nom revient — mais dans une forme que personne n’aurait anticipée. Le Freelander 8 est un SUV de plus de 5,10 m de long, né d’une joint-venture 50/50 entre JLR et le constructeur chinois Chery, produit à Changshu, armé d’une architecture 800V, de batteries CATL, du système d’aide à la conduite Huawei ADS 4.1 et d’une puissance allant jusqu’à 553 ch. Lancement commercial en Chine au second semestre 2026, arrivée en Europe prévue pour 2027.
Une nouvelle marque indépendante, pas une Land Rover
Premier point essentiel à clarifier : Freelander n’est plus un modèle de Land Rover. C’est désormais une marque indépendante, dédiée exclusivement aux véhicules à nouvelles énergies — électriques purs, hybrides rechargeables et hybrides à prolongateur d’autonomie. JLR apporte le design et l’ADN premium britannique. Chery gère l’ingénierie, la plateforme, la production et l’intégration des technologies chinoises. Un partage des rôles net, qui permet à JLR de s’aventurer sur le terrain des SUV électrifiés plus accessibles sans risquer de cannibaliser Range Rover ou Defender, et à Chery de monter en gamme en s’appuyant sur une marque à forte résonance internationale.
Le Freelander 8 est le premier modèle de cette nouvelle marque. Il sera suivi de cinq autres modèles en cinq ans — un lancement environ tous les six mois selon la feuille de route annoncée.
Plus grand qu’un Defender 110
Le gabarit du Freelander 8 est l’une des premières surprises. Avec plus de 5,10 m de long et un empattement d’environ 3 000 mm, il dépasse le Land Rover Defender 110 en dimensions. C’est un SUV familial à trois rangées de sièges, taillé pour le marché chinois où les grandes familles et les acheteurs premium exigeants représentent la cible principale.
Stylistiquement, le Freelander 8 renoue avec l’esthétique carrée et robuste qui avait caractérisé le Freelander original — projecteurs rectangulaires, flancs verticaux, vitrage généreux, rails de toit. Les poignées sont semi-affleurantes — les poignées totalement affleurantes étant désormais interdites par la nouvelle réglementation chinoise. Le hayon reçoit un béquet intégrant un bloc de caméras et le lettrage FREELANDER en caractères massifs. Un parti pris visuel affirmé, qui assume clairement la filiation avec l’heritage off-road de la marque.
800V, CATL, Huawei et LiDAR : la vitrine technologique
La fiche technique du Freelander 8 s’inscrit dans ce que les constructeurs chinois font de mieux en 2026. La plateforme est dédiée — iMAX ou dérivée de la plateforme E0X de Chery selon les sources — et compatible avec trois architectures de groupe motopropulseur : BEV pur, EREV (électrique à prolongateur d’autonomie thermique) et PHEV.
L’architecture électrique est en 800V, avec une capacité de charge rapide en courant continu allant jusqu’à 350 kW — au niveau des meilleurs SUV électriques disponibles sur le marché. Les batteries sont fournies par CATL. La puissance maximale annoncée atteint 553 ch (412 kW) sur les versions à double moteur.
Les aides à la conduite sont confiées au système Huawei ADS 4.1 — baptisé Qiankun — avec LiDAR à l’avant et à l’arrière et traitement en temps réel via la puce Snapdragon 8397. Une combinaison qui positionne le Freelander 8 au niveau des SUV les plus technologiquement avancés de Chine, un marché où la course à l’ADAS est particulièrement intense.
L’habitacle mise sur un immense écran Mini LED courant sur toute la largeur de la planche de bord, un combiné numérique intégré, une console centrale ajourée avec deux molettes et double chargeur sans fil. Les versions les plus équipées proposeront des sièges à effet zéro gravité à l’arrière — une tendance forte sur le marché chinois du SUV premium.
Chine d’abord, Europe en 2027
Le lancement commercial est prévu en Chine au second semestre 2026, avec la production assurée à l’usine Chery de Changshu. L’expansion internationale suivra rapidement selon la feuille de route annoncée : Moyen-Orient, Asie-Pacifique, Australie, puis Europe à partir de 2027 — en conduite à gauche pour l’Europe continentale et en conduite à droite pour le Royaume-Uni et l’Australie. Les États-Unis ne semblent pas être une priorité dans l’immédiat.
L’arrivée en Europe d’un SUV de cette envergure, armé de la technologie chinoise la plus récente et du pedigree britannique de JLR, représente un positionnement inédit sur le marché. Le Freelander 8 ne se présente pas comme un concurrent low-cost — c’est un SUV premium électrifié qui cherche à occuper un espace entre les Range Rover et les grands SUV allemands, avec un argument technologique potentiellement supérieur à ses rivaux européens sur l’ADAS et la charge rapide.
Ce que ce retour dit de l’évolution de l’industrie
Le retour du Freelander sous cette forme illustre plusieurs tendances structurelles qui reconfigurent l’industrie automobile mondiale. La chinoisation de l’ingénierie et des technologies — batteries, LiDAR, systèmes ADAS — touche désormais des constructeurs occidentaux historiquement réticents à cette dépendance. JLR, comme Volkswagen avec ses modèles développés localement en Chine, assume cette collaboration comme une nécessité stratégique pour rester compétitif sur les marchés les plus dynamiques du monde.
La création de marques parallèles dédiées à l’électrification — Freelander chez JLR, Alpine chez Renault, Cupra chez Volkswagen — permet aux groupes traditionnels d’expérimenter sans exposer leurs marques mères au risque de l’échec. Si le Freelander 8 performe, JLR en tire les bénéfices. S’il déçoit, Land Rover et Range Rover restent protégés.
Boudé depuis 2014, le Freelander revient donc par la grande porte — et par une porte que personne n’avait anticipée.








