L’intelligence artificielle conversationnelle prend le volant chez Renault. La marque au losange a annoncé l’arrivée de Gemini, l’assistant doté de l’intelligence artificielle de Google, au sein de son système multimédia openR link avec Google intégré.

Déployé progressivement depuis le 15 juin par mise à jour à distance, Gemini remplace le Google Assistant classique et promet des interactions nettement plus naturelles à bord. Une évolution qui illustre l’irruption des grands modèles de langage dans l’habitacle, et la transformation de la voiture en assistant intelligent à part entière.

Une mise à jour à distance, gratuite et optionnelle

L’un des points forts de ce déploiement tient à sa simplicité. L’arrivée de Gemini s’effectue par une mise à jour à distance — dite « over the air » — via la connectivité native des véhicules, sans aucun passage en atelier. Concrètement, les conducteurs de modèles déjà en circulation et équipés du système openR link avec Google intégré se voient proposer d’activer Gemini directement depuis l’écran central, à condition d’être connectés à un compte Google.

Renault insiste sur le caractère facultatif de cette bascule. Le fonctionnement repose sur un principe d’adhésion volontaire : c’est l’utilisateur qui choisit d’activer ou non Gemini, et il peut revenir au Google Assistant classique à tout moment. La mise à jour est gratuite et ne modifie pas la durée de l’offre de connectivité incluse avec le véhicule. Le système est disponible sur l’ensemble de la gamme européenne, de la petite Twingo au grand SUV Rafale, ainsi que sur certains modèles internationaux. Au lancement, Gemini prend en charge treize langues, dont le français, avant un enrichissement progressif.

Des conversations naturelles et le contrôle du véhicule à la voix

La principale promesse de Gemini réside dans la qualité de ses interactions. Là où les assistants vocaux traditionnels exigeaient des formulations précises et des commandes mémorisées, le nouvel assistant comprend le contexte conversationnel et l’intention de l’utilisateur. Le conducteur peut ainsi s’exprimer librement, formuler des requêtes complexes et enchaîner les demandes, sans avoir à apprendre un vocabulaire spécifique.

L’intégration va au-delà de la simple réplication du smartphone que permet déjà Android Auto. Gemini peut piloter directement certaines fonctions de la voiture — climatisation, navigation, radio, réglages — à la voix, et exploiter les données du véhicule, comme l’autonomie d’un modèle électrique lors de la planification d’un trajet. Une future mise à jour apportera par ailleurs le mode « Gemini Live », une interaction conversationnelle plus poussée permettant de dialoguer en continu, d’interrompre l’assistant, d’enchaîner plusieurs requêtes ou de changer de langue en cours d’échange, sans répéter la formule d’activation.

Dans la pratique, cela permet de répondre à des situations concrètes. Le conducteur peut demander un itinéraire en précisant ses préférences (« emmène-moi à Paris sans passer par le périphérique »), ajuster la température d’une simple phrase, ou encore obtenir des informations générales, des actualités, voire occuper les passagers en demandant à l’assistant de raconter une histoire ou de créer un quiz. Autant d’usages qui, selon la marque, limitent la distraction en réduisant les manipulations tactiles, le conducteur gardant les yeux sur la route.

L’IA conversationnelle, nouveau champ de bataille des constructeurs

Au-delà du cas Renault, cette annonce s’inscrit dans une tendance de fond qui gagne toute l’industrie. L’intégration des grands modèles de langage dans l’automobile devient un nouvel argument de différenciation, à l’heure où l’expérience numérique à bord pèse autant que les qualités mécaniques dans la décision d’achat. Plusieurs constructeurs ont récemment annoncé des dispositifs comparables, à l’image de BMW et de son interface conversationnelle dopée à l’IA sur les modèles de la nouvelle génération.

Cette course à l’assistant intelligent soulève toutefois des questions qui dépassent le seul confort d’usage. La place croissante de Google dans l’habitacle, via un système qui exploite les données du véhicule et les relie au compte de l’utilisateur, pose la question de la souveraineté numérique et de la gestion des données personnelles — un enjeu sensible pour les constructeurs européens, de plus en plus dépendants des géants américains du logiciel.

Renault, qui revendique l’un des meilleurs systèmes connectés du marché, fait le pari de l’expérience client en s’appuyant sur la puissance de l’IA de Google. Reste à voir comment les conducteurs s’approprieront cet assistant nouvelle génération, et si la promesse d’une voiture véritablement conversationnelle tiendra ses promesses au quotidien, sans devenir une source de distraction supplémentaire.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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