C’est peut-être la plus vaste restructuration de l’histoire de l’automobile européenne qui se dessine à Wolfsburg. À l’issue d’une réunion sous haute tension de son conseil de surveillance, marquée par des manifestations de salariés dans toute l’Allemagne, Volkswagen a dévoilé les grandes lignes de sa stratégie à horizon 2030 : une capacité de production annuelle ramenée à environ 9 millions de véhicules, un nombre de modèles divisé par deux et jusqu’à 75 % de variantes en moins.

Officiellement, il s’agit de répondre à une concurrence « nettement intensifiée ». Officieusement, selon la presse allemande et internationale, le plan complet irait beaucoup plus loin, jusqu’à la fermeture de quatre usines allemandes.

Ce que Volkswagen a officiellement annoncé

Le volet confirmé du plan s’attaque au cœur du modèle économique historique du groupe : la profusion. En divisant par deux le nombre de modèles et en supprimant jusqu’à trois variantes sur quatre, Volkswagen veut réduire drastiquement les coûts et la complexité, pour concentrer ses moyens sur les segments les plus rentables. Concrètement, les clients verront disparaître les versions confidentielles, les carrosseries de niche et les déclinaisons régionales à faibles volumes. Le programme d’investissements est raboté dans les mêmes proportions : environ 135 milliards d’euros sur la période 2027-2031, contre près de 180 milliards lors du cycle précédent.

La réduction de capacité à 9 millions de véhicules par an entérine, elle, une réalité comptable : le groupe produit structurellement en dessous de ses moyens. Selon les données citées par l’agence Reuters, les usines allemandes tourneront à 81 % de leur capacité normale en 2026, un taux appelé à chuter à 73 % d’ici la fin de la décennie. Le cas de Zwickau, premier site du groupe entièrement converti à l’électrique, est le plus frappant : 88 % d’utilisation cette année, mais 42 % projetés en 2030.

Quatre usines et 100 000 emplois : le volet que Wolfsburg ne confirme pas

C’est là que l’officiel s’arrête et que les révélations commencent. Selon des sources concordantes de Reuters et du Spiegel, la direction d’Oliver Blume envisagerait la fermeture progressive de quatre sites allemands : Zwickau et Emden dès 2031, l’usine de véhicules utilitaires de Hanovre en 2032, puis le site Audi de Neckarsulm en 2034. Les suppressions de postes pourraient atteindre 100 000 emplois dans le monde, soit plus de 15 % des effectifs, bien au-delà des quelque 35 000 suppressions en Allemagne déjà actées avec les syndicats fin 2024, un accord qui excluait alors toute fermeture d’usine.

Volkswagen n’a confirmé ni les fermetures ni l’ampleur des coupes, mais la réaction sociale ne s’est pas fait attendre : IG Metall a mobilisé les salariés d’une vingtaine de sites, sa présidente Christiane Benner promettant que rien ne se ferait sans résistance. La gouvernance du groupe complique d’ailleurs l’équation, le conseil de surveillance mêlant les familles Porsche et Piëch, les représentants syndicaux et le Land de Basse-Saxe, deuxième actionnaire et premier concerné par les sites menacés d’Emden et Hanovre.

Le paradoxe d’un groupe qui vend et qui saigne à la fois

L’ironie du calendrier n’échappera à personne : au moment même où ce plan fuitait, le groupe publiait des résultats commerciaux vantant une Europe en croissance et des commandes électriques en hausse de plus de 50 %, portées par ses nouvelles citadines. Les deux réalités coexistent. Le deuxième trimestre s’est soldé par un recul mondial de 8,6 % des livraisons, le pire en quatre ans, avec une Chine en chute de 36,6 %, et l’action a perdu plus de 30 % depuis le début de l’année. L’Europe qui commande des ID. Polo ne compense pas la Chine qui s’évapore.

Au fond, Volkswagen acte ce que Continental vient de conclure à sa manière en se recentrant sur les pneus : l’ère des géants européens tentaculaires, présents partout avec tout, touche à sa fin. Le groupe ne peut plus être à la fois généraliste, premium, mondial et infiniment complexe. Les arbitrages douloureux sont désormais sur la table, et les prochains mois diront si la direction obtient des syndicats ce qu’aucun patron de Wolfsburg n’avait osé demander : fermer des usines en Allemagne.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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