Au début mars 2026, au Technocentre de Guyancourt, François Provost, PDG du groupe Renault depuis juillet 2025, a présenté futuREady, le nouveau plan stratégique à horizon 2030. Ce programme succède à Renaulution, lancé en 2021 par Luca de Meo, qui avait permis au groupe de retrouver la rentabilité et de monter en gamme après des années difficiles.
L’ambition de futuREady est de transformer ce succès conjoncturel en un système durable et résilient, dans un contexte automobile marqué par la concurrence chinoise, la transition électrique accélérée, les normes Euro 7 et la volatilité des marchés. Renault vise à devenir la référence européenne des constructeurs automobiles avec une portée mondiale.
36 nouveaux modèles d’ici 2030, dont 16 électriques
Le premier pilier, baptisé Growth ready, place le produit au centre de la stratégie. Le groupe prévoit de lancer 36 nouveaux modèles d’ici 2030, dont 22 en Europe et 16 entièrement électriques. C’est un rythme d’un second cycle produit complet en cinq ans, soit une accélération significative par rapport aux cycles habituels de l’industrie.
Les objectifs sont précis : couvrir 55 % du marché mondial hors États-Unis, Canada et Chine, soit environ 50 millions de véhicules, et atteindre un taux de fidélité client de 80 % sur dix ans d’ici 2030. Chaque marque du groupe a ses propres cibles. Renault lancera 12 nouveaux modèles en Europe avec un renforcement des segments A-B et une offensive sur les segments C-D. Dacia poursuit son ascension avec le Striker, crossover multi-énergies hybride et 4×4 annoncé sous les 25 000 euros, qui complétera le Bigster sur le segment C. Alpine développera une nouvelle A110 électrique sur plateforme performance, accompagnée de modèles hybrides et électriques haut de gamme.
L’international occupe une place centrale : l’Inde avec le Triber restylé et de nouveaux SUV, l’Amérique du Sud avec des produits localisés au Brésil, et la Corée du Sud via Renault Korea.
Plateforme RGEV Medium 2.0 et premier SDV européen en 2026
Le deuxième pilier, Tech ready, structure l’offensive technologique du groupe. Renault vise une réduction de 40 % du coût de production des véhicules électriques. La nouvelle plateforme RGEV Medium 2.0 en architecture 800 volts couvre les segments B+ à D avec une autonomie annoncée jusqu’à 750 kilomètres en version full EV et jusqu’à 1 400 kilomètres avec prolongateur d’autonomie. La recharge ultra-rapide permet de récupérer une charge significative en 10 minutes. L’architecture cell-to-body atteint 70 % d’efficacité de packing et est compatible avec les formats de cellules prismatiques, blade et pouch.
Les motorisations E-Tech hybrides seront maintenues et étendues au-delà de 2030, y compris des versions inférieures à 150 chevaux pour les marchés émergents qui ne sont pas encore prêts pour l’électrique pur. En 2026, Renault lancera le premier SDV, véhicule défini par logiciel, européen : mises à jour OTA massives, architecture électronique centralisée et intelligence artificielle embarquée.
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Qualité, coûts et IA : les leviers de l’excellence opérationnelle
Le troisième pilier, Excellence ready, fixe des objectifs de performance interne ambitieux. Le groupe vise une réduction de 50 % des incidents qualité en deux ans, une baisse des coûts variables par véhicule d’environ 400 euros par an en moyenne et une réduction des coûts d’entrée jusqu’à 40 %. L’intelligence artificielle sera déployée massivement dans l’industrialisation, le contrôle qualité et la gestion de la chaîne d’approvisionnement.
Partenariats et réseau : plus de 300 000 véhicules produits pour des tiers
Le quatrième pilier, Trust ready, s’articule autour du renforcement des partenariats à long terme. Le groupe vise une production pour compte de tiers dépassant 300 000 véhicules par an d’ici 2030, pour Nissan, Mitsubishi, Volvo Group via Renault Trucks, Geely et Ford. Le réseau de distribution doit réduire son point mort d’au moins 20 %. La relation avec les fournisseurs est repositionnée dans une logique de partenariat long terme avec transparence et confiance, un virage culturel que Renault a illustré en présentant futuREady directement à ses fournisseurs fin mars 2026.
5,5 % de marge opérationnelle visée pour 2026
Pour l’exercice 2026, le groupe cible une marge opérationnelle autour de 5,5 % et un free cash-flow automobile d’environ un milliard d’euros, malgré la dilution liée aux investissements électriques et aux ventes partenaires. À moyen terme, futuREady doit assurer une performance financière robuste et résiliente face aux aléas réglementaires et concurrentiels.
futuREady s’inscrit dans la continuité de Renaulution sans se contenter d’en prolonger la trajectoire. Le plan va plus loin sur trois axes : l’accélération électrique, l’internationalisation ciblée sur des marchés où Renault dispose d’un avantage structurel, et la transformation logicielle via le SDV. Avec 36 lancements programmés, dont le Striker chez Dacia, le concept Bridger pour les marchés internationaux et la nouvelle Alpine A110, le groupe Renault ambitionne de dominer le segment C abordable et électrifié tout en consolidant son leadership européen. Un plan lisible sur le papier, dont la concrétisation face à la pression chinoise et aux incertitudes réglementaires sera le vrai test dans les quatre années qui viennent.



