L’assureur néerlandais Univé a cessé d’accepter neuf marques automobiles, y compris pour la responsabilité civile obligatoire : Changan, Hongqi, Jaecoo, KGM, Leapmotor, MHero, Omoda, VinFast et Voyah. Cinq autres restent assurables uniquement au tiers, sans couverture des dommages subis par le véhicule de l’assuré : Dongfeng, Firefly, Lucid, Nio et Zeekr.

Le motif tient à la réparabilité, pas à la fiabilité des véhicules. Henkjan Matthijs, responsable mobilité chez Univé, met en cause l’absence de pièces, d’assistance technique et de réseau de réparation, qui transforme des dégâts mineurs en délais longs et en coûts imprévisibles.

Le mécanisme qui inquiète les assureurs

Conteneurs de fret maritime sur un terminal portuaire
Une pièce commandée en Chine immobilise le véhicule pendant que les frais s’accumulent | © Maersk

Quand une pièce doit être commandée en Chine, le véhicule reste immobilisé pendant que les frais annexes s’accumulent, véhicule de remplacement en tête. C’est ce délai, plus que le prix de la pièce, qui déséquilibre le calcul actuariel d’un contrat tous risques.

L’effet se voit sur la mise en épave. Un dommage limité peut suffire à déclarer un véhicule économiquement irréparable dès lors que le coût ou le délai de remise en état dépasse la valeur résiduelle. L’assureur solde alors un sinistre au prix d’un véhicule pour un accrochage.

La différence entre les formules devient ici décisive. Une assurance au tiers plus couvre la responsabilité civile et quelques garanties additionnelles sans indemniser les dommages du véhicule assuré, ce qui limite l’exposition de l’assureur au coût des réparations.

Ce que contestent les importateurs

Concession Omoda et Jaecoo
Les importateurs affirment disposer d’un stock de pièces aux Pays-Bas | © Omoda & Jaecoo

Le cas de Leapmotor est le plus difficile à expliquer. La marque s’appuie en Europe sur Stellantis, actionnaire majoritaire de Leapmotor International, et devrait donc bénéficier d’une partie de son réseau. Sa présence sur la liste des exclusions totales interroge sur la profondeur réelle de cette intégration.

Omoda et Jaecoo affirment disposer aux Pays-Bas d’un stock de pièces et d’un programme d’assurance adossé à Allianz. Leurs importateurs soutiennent que les données relatives à ces stocks n’ont pas encore été intégrées dans les systèmes que consultent les réparateurs et les assureurs.

Un refus global appliqué à une marque entière suppose des données récentes et représentatives, ce qui constitue la principale faiblesse de la démarche. Refuser une couverture tous risques engage l’assureur sur le prix des réparations, mais refuser la responsabilité civile revient à écarter une garantie qui indemnise d’abord les tiers.

Univé n’est pas isolé aux Pays-Bas. Selon des informations concordantes, l’assureur Promovendum refuse également plusieurs marques, dont Xpeng, Nio, Zeekr, Dongfeng et Leapmotor, en invoquant les mêmes difficultés d’approvisionnement.

JAECOO 7 SHS
Jaecoo figure parmi les neuf marques refusées, y compris en responsabilité civile | © Jaecoo

Une marque échappe au classement défavorable. Lynk & Co obtient un avis complet, l’assureur estimant que le constructeur a fourni les efforts nécessaires sur l’approvisionnement en pièces et la mise à disposition de manuels d’atelier. BYD et MG ne figurent sur aucune des deux listes.

Le dossier touche directement le marché français, où Chery a ouvert plus de 70 concessions et vise 130 points de vente, où Jaecoo a recruté Jean Reno comme ambassadeur, et où les marques chinoises visent un véhicule sur cinq d’ici 2030. Le groupe a par ailleurs ouvert un centre R&D à Paris pour ses futures citadines de segment B.

Chaîne d'assemblage automobile dans une usine espagnole
Produire en Europe rapproche mécaniquement les stocks de pièces des ateliers | © Adobe Stock

La réponse des constructeurs concernés passe par l’implantation industrielle. Leapmotor sort déjà des chaînes Stellantis, MG construit une usine en Espagne de 120 000 véhicules par an, et Changan étudie un site espagnol. Produire sur le continent rapproche mécaniquement les stocks de pièces des ateliers.

Aucun assureur français n’a annoncé de mesure comparable, dans un marché où les prix de l’assurance auto progressent déjà pour d’autres raisons. Univé précise que sa décision sera révisée dès que les marques concernées auront progressé sur les délais de fourniture de pièces, ce qui fait de cette liste un état des lieux logistique et non un verdict définitif.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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