Les analystes de Reuters ont publié en août une projection qui donne la mesure du basculement en cours. Les marques chinoises représenteraient environ 20 % du marché automobile européen en 2030, et près de 29 % sur le seul périmètre des véhicules 100 % électriques. Au premier semestre 2026, elles pesaient 9,5 %.
Une trajectoire déjà rapide
Les chiffres actuels donnent le rythme. La pénétration atteignait 9,5 % sur le premier semestre, avec une accélération à 10,9 % pour le seul mois de juin. Sur le segment 100 % électrique, les modèles chinois occupent déjà 14,2 % du marché.
Sur la même période, les constructeurs chinois ont progressé de 111,5 % sur un an, à 643 468 immatriculations, doublant leur part de 4,5 % à 8,9 % selon les données de marché élargi.
Deux facteurs alimentent cette progression : l’arrivée de nouvelles marques et l’élargissement des gammes existantes, qui couvrent désormais l’ensemble des motorisations, du thermique au 100 % électrique en passant par l’hybride rechargeable et le prolongateur d’autonomie.
Un trio de tête déjà installé
SAIC domine avec plus de 180 000 immatriculations au premier semestre, en hausse de 18 %, principalement sous la marque MG. BYD suit avec plus de 172 000 ventes et une croissance de 145 %. Chery complète le podium avec près de 170 000 unités et une progression supérieure à 300 %, via Chery, Omoda, Jaecoo et Ebro.
Le cas de Chery mérite attention : le groupe n’a pas encore déployé toutes ses marques en Europe et vient seulement d’ouvrir des marchés majeurs comme la France. Sa position de tête paraît accessible à court terme.

Quatre atouts qui expliquent la percée
L’analyse identifie une conjonction de facteurs plutôt qu’un avantage unique.
L’offre produit couvre tous les segments et toutes les énergies, ce qui évite le pari exclusif sur l’électrique qui a pénalisé plusieurs constructeurs européens.
L’accès aux batteries chinoises permet d’optimiser les coûts et de proposer des tarifs accessibles jusque sur les segments B et C, là où les généralistes européens peinent à dégager une marge.
La capacité d’investissement reste élevée, d’autant que le marché domestique chinois se contracte, ce qui pousse à l’export et facilite la conviction de partenaires distributeurs.
S’y ajoute une capacité d’adaptation rapide aux codes locaux : constitution d’équipes européennes, sponsoring, structuration de réseaux.
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Les droits de douane ne suffiront pas
La question de l’efficacité des contre-mesures européennes reste ouverte. Les droits de douane peuvent ralentir le mouvement à la marge, mais plusieurs grands groupes chinois ont déjà engagé des schémas industriels localisés.
Les exemples s’accumulent : Geely s’installe chez Ford à Valence, BYD a ouvert une usine en Hongrie, Chery produit en Espagne dans l’ancien site Nissan, Leapmotor sort des chaînes Stellantis. Ces implantations neutralisent l’essentiel de l’effet tarifaire tout en accélérant la mise sur le marché.

Quelles marques sont les plus exposées
L’analyse identifie les vulnérabilités sans détour. Dans une logique de volume, plusieurs généralistes européens ont beaucoup à perdre.
Chez Stellantis, les marques de second rang sont désignées comme exposées au regard de la nouvelle organisation du groupe. Dacia est également citée, sa position sur le rapport prix-prestations étant précisément celle que les constructeurs chinois attaquent, et son absence d’offre électrique élargie constituant une fragilité supplémentaire.
Plusieurs marques japonaises, en déclin ou en manque d’échelle, disposent selon cette lecture de peu de temps pour réagir.
Le véritable contre-feu viendrait d’ailleurs : l’arrivée des marques traditionnelles sur le segment C à des prix accessibles, et davantage encore sur le segment B, pourrait redéfinir les équilibres. C’est précisément le terrain où se joueront les prochaines années.





