L’information a été confirmée par An Conghui, nouveau président de Geely Auto Group, lors de la présentation des résultats du groupe. Le futur SUV multi-énergie que Ford produira à Valence reposera sur la plateforme GEA du constructeur chinois. Un constructeur américain construira donc l’un de ses modèles européens sur une architecture conçue en Chine.

Ce que recouvre la plateforme GEA

L’acronyme désigne la Global Intelligent New Energy Architecture, une base modulaire capable d’accueillir des motorisations 100 % électriques, hybrides rechargeables et à prolongateur d’autonomie.

Elle équipe déjà plusieurs modèles de volume sur le marché chinois, dont le Geely EX5, la Galaxy Starship 7, l’EX2 et le Monjaro EM-i. C’est également l’architecture de l’EX2, commercialisée en Europe sous le nom E2.

Le modèle Ford qui en découlera est attendu en 2029, selon les déclarations d’An Conghui. Le constructeur américain avait initialement annoncé une arrivée en 2028 pour son crossover multi-énergie développé conjointement.

Une coentreprise détenue aux deux tiers par Ford

L’accord signé le 23 juillet à Valence prévoit la création d’une coentreprise à vocation européenne, détenue à 66 % par Ford et 34 % par Geely Auto. Une filiale de Geely, Centurion Industries, verse 221 millions d’euros pour cette participation, selon un dépôt réglementaire du groupe chinois.

La coentreprise doit démarrer ses opérations au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires, avec les premiers véhicules en 2028.

Le programme industriel comprend quatre modèles au-delà du Kuga déjà produit sur place : un nouveau membre de la famille Bronco destiné à l’Europe, le crossover multi-énergie codéveloppé, et deux SUV électriques de marque Geely, dont l’EX5 déjà commercialisé sur le continent.

Ford Kuga
le Kuga est actuellement le seul modèle assemblé à Valence | © Ford

Le vrai sujet est la sous-utilisation

Les chiffres expliquent la logique de l’opération. L’usine d’Almussafes dispose d’une capacité annuelle d’environ 500 000 véhicules. Elle a produit moins de 100 000 unités en 2025, après l’arrêt des Mondeo, S-Max et Galaxy.

Jim Baumbick, président de Ford Europe, a résumé l’objectif sans détour : charger l’usine au maximum de sa capacité, ce qui suppose des embauches supplémentaires. Ford avait par ailleurs proposé la suppression de 1 622 postes sur le site, plan dont le devenir n’est pas précisé.

Pour Geely, l’intérêt est double. La production locale permet de classer les véhicules comme fabriqués dans l’Union, ce qui évite les droits compensateurs de 18,1 % s’ajoutant aux 10 % de droits d’importation standard sur les électriques chinoises. Elle offre aussi un accès au marché des années plus tôt qu’une usine construite de zéro.

Ford insiste sur la différenciation

La question du rebadgeage a été anticipée. Baumbick a écarté l’hypothèse d’un modèle simplement rehabillé, décrivant une carrosserie entièrement spécifique et une ingénierie propre, avec un positionnement de crossover de segment C d’inspiration rallye.

Cette insistance traduit un enjeu de perception. Ford a déjà commercialisé en Europe des électriques bâties sur la plateforme MEB de Volkswagen, l’Explorer et la Capri, et prépare deux petits modèles produits par Renault, dont une nouvelle Fiesta. L’accumulation de bases empruntées interroge sur ce qui reste spécifiquement Ford dans l’offre européenne de la marque.

Geely EX5
l’EX5 figure parmi les deux SUV électriques Geely prévus à Valence | © Geely

Un précédent qui en appelle d’autres

L’opération s’inscrit dans une série. Stellantis a étendu son partenariat avec Leapmotor à l’Europe, Volkswagen s’est dit ouvert au partage de ses usines sous-utilisées, Volvo ouvrira ses sites européens aux marques de Geely à partir de 2028, et Chery lorgne les capacités disponibles de Nissan à Sunderland.

Le rapport de force s’est inversé sur un point précis : la surcapacité européenne est devenue une monnaie d’échange plutôt qu’un problème de bilan. Ce qui pesait sur les comptes des constructeurs occidentaux constitue désormais leur principal actif de négociation face aux entrants chinois.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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