Le groupe Audi a bouclé son premier semestre 2026 avec un résultat opérationnel légèrement en hausse à 1,12 milliard d’euros contre 1,09 milliard un an plus tôt, malgré un chiffre d’affaires en recul de 10,4 % à 29,2 milliards d’euros et des livraisons en baisse de plus de 7 % à 727 000 véhicules.

Le constructeur d’Ingolstadt fait ainsi remonter sa marge opérationnelle de 3,3 % à 3,8 %, un résultat qui traduit une discipline stricte des coûts et une baisse des provisions liées aux exigences CO₂, alors même que la Chine et les droits de douane américains continuent de peser lourdement sur la performance commerciale.

L’Europe amortit le choc chinois

La cartographie des livraisons révèle une réalité en deux temps. La Chine, marché historique du constructeur, décroche fortement avec 232 227 véhicules livrés contre 287 600 un an plus tôt, soit un recul de 19,3 %. L’Amérique du Nord suit une trajectoire similaire avec 82 187 véhicules contre 98 712 précédemment, en baisse de 16,7 %, plombée par les droits de douane sur les modèles importés.

L’Europe joue son rôle d’amortisseur. Sur le continent hors Allemagne, les livraisons progressent de 5,8 % à 255 932 unités, portées par l’Espagne (+21 %), l’Italie (+17 %) et le Royaume-Uni (+10 %). L’Allemagne ajoute 108 000 véhicules, en hausse de 4,2 %, avec un mix particulièrement favorable : les livraisons de modèles 100 % électriques y bondissent de 23 % à plus de 25 000 unités, tandis que les hybrides rechargeables progressent de 147 %. Les prises de commandes en Europe occidentale ressortent à +7 % toutes motorisations confondues, avec +117 % sur les PHEV, +49 % sur les commandes de Q3 et +22 % sur celles d’A6 e-tron.

Bentley, Lamborghini et Ducati reculent aussi

Le contraste entre les marques prestige du groupe montre des difficultés partagées. Bentley souffre le plus avec 4 211 véhicules livrés contre 4 876 (–13,6 %), un chiffre d’affaires en baisse à 1 038 millions d’euros et surtout une marge opérationnelle qui chute de 6,9 % à 4,5 %. Le résultat opérationnel de la marque britannique fond de 81 à 47 millions d’euros.

Lamborghini livre 5 422 véhicules contre 5 681 (–4,6 %), mais parvient à faire progresser son chiffre d’affaires à 1,74 milliard d’euros grâce à un mix produit favorable et à la personnalisation Ad Personam. Sa marge opérationnelle recule néanmoins de 26,6 % à 22,7 %, tout en restant à un niveau élevé. Ducati vend 27 876 motos contre 30 202 un an plus tôt, avec une marge opérationnelle qui fond de 9,5 % à 6,0 %.

Le Q9 en fer de lance de la reconquête

Face à ces difficultés, Audi mise sur son offensive produit. Le nouveau grand SUV Q9, dévoilé en préambule le 29 juillet à New York et positionné en successeur spirituel de l’A8 comme fleuron de la marque, sera lancé en Amérique du Nord et en Europe au quatrième trimestre. Le modèle vise directement les BMW X7 et Mercedes GLS, avec un développement calibré pour le marché américain où le constructeur souhaite renforcer sa présence. L’Audi A2 e-tron, entièrement électrique et fabriquée à Ingolstadt, complétera la gamme d’entrée en électrique à l’automne.

Cette stratégie produit prolonge le renouvellement générationnel amorcé par l’arrêt de l’A8 après trois décennies de carrière, avec un positionnement gamme désormais dominé par les SUV et les électriques. Le CFO Jürgen Rittersberger reconnaît que la discipline de coûts déjà appliquée ne suffit pas, et confirme la nécessité d’un réalignement structurel du modèle économique en coordination avec le groupe Volkswagen.

Prévisions annuelles révisées à la baisse

Le groupe révise ses prévisions pour l’exercice 2026, avec un chiffre d’affaires attendu entre 58 et 63 milliards d’euros et une marge opérationnelle comprise entre 5 et 7 %. Le flux de trésorerie net reste projeté entre 3 et 4 milliards d’euros, un objectif maintenu grâce à la solidité du semestre à 1,89 milliard d’euros. Le résultat après impôts recule pour sa part à 1,12 milliard d’euros contre 1,35 milliard un an plus tôt.

L’année 2026 apparaît comme un exercice de transition. La remontée de la marge démontre la maîtrise des coûts, mais la faiblesse des volumes en Chine et en Amérique du Nord limite fortement la croissance. La bataille des prochains trimestres se jouera sur la capacité de la Q9 à installer un vrai relais de croissance sur le segment full-size, et sur le succès commercial de l’A2 e-tron pour élargir la base clientèle électrique premium.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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