Le groupe Volkswagen a lancé un audit portant sur environ 600 sociétés et participations, sur les quelque 2 000 dans lesquelles il détient des intérêts. Ducati fait partie du périmètre examiné, information confirmée par Gernot Döllner, directeur général d’Audi, maison mère du constructeur de motos. Aucune décision de cession n’a été prise à ce stade.
Le contexte est celui d’une rationalisation générale. Le groupe a annoncé vouloir réduire jusqu’à 50 % le nombre de ses modèles et jusqu’à 75 % la complexité de son offre, et Porsche a déjà fermé trois filiales en supprimant plus de 500 emplois. L’opération s’inscrit dans la volonté du groupe de réduire ses coûts, de simplifier sa structure et de recentrer ses investissements sur son cœur automobile. Volkswagen subit notamment la pression de la concurrence en Chine et des droits de douane aux États-Unis, tandis que son plan prévoit désormais d’évaluer ses participations selon leur contribution stratégique et leur rentabilité.
Ducati revient ainsi dans un dossier déjà ouvert par le passé. En 2017, Volkswagen avait engagé un véritable processus de vente et retenu plusieurs candidats, avec des offres valorisant alors la marque entre 1,3 et 1,5 milliard d’euros. L’opération avait finalement été suspendue, notamment face à l’opposition des représentants des salariés au conseil de surveillance.
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Une plus-value potentielle de plusieurs centaines de millions
L’arithmétique explique aussi l’intérêt du dossier. Audi avait acquis Ducati en 2012 pour environ 860 millions d’euros. Bloomberg Intelligence estime aujourd’hui la marque à environ 1,25 milliard d’euros sur la base des valorisations de sociétés comparables, soit près de 400 millions de plus que son prix d’acquisition.
Les résultats de la marque restent positifs, mais se sont nettement dégradés. Ducati a livré 50 895 motos en 2025, générant 925 millions d’euros de chiffre d’affaires et 52 millions d’euros de résultat opérationnel, soit une marge de 5,6 %. En 2023, elle atteignait encore 10,5 %, avec 58 224 motos livrées et 1,065 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
Cette baisse intervient au moment où Volkswagen veut porter sa propre marge opérationnelle à environ 9 % d’ici 2030 et réexaminer ses participations selon leur contribution stratégique et leur rendement. Cela ne signifie pas que Ducati doit elle-même atteindre ce seuil, mais sa rentabilité actuelle devient nécessairement un élément du débat.

Le coût d’image d’une cession
Ducati ne se résume toutefois pas à ses comptes. La marque apporte à Volkswagen une présence dans la moto haut de gamme et en compétition, avec notamment six titres constructeurs MotoGP consécutifs depuis 2020. Elle a également servi de démonstrateur technologique au groupe : en 2025, une Ducati V21L électrique modifiée a été équipée de cellules à électrolyte solide développées par QuantumScape avec PowerCo.
Une cession ferait donc sortir du groupe un actif à forte notoriété qui participe aussi à certains programmes technologiques. La question posée par l’audit est précisément de déterminer si cette contribution justifie encore sa place dans un groupe qui veut désormais concentrer ses ressources sur son cœur automobile.
Rien n’est décidé pour l’instant. L’audit couvre 600 entités, Ducati n’est qu’une ligne parmi des centaines, et aucun calendrier ni aucun processus de vente n’ont été rendus publics.
Le timing est d’autant plus symbolique que Ducati célèbre en 2026 son centenaire, exactement quatorze ans après son rachat par Audi. Mais la véritable inconnue dépasse le constructeur de motos : avec environ 600 sociétés et participations actuellement examinées, Ducati n’est probablement que le premier nom très visible d’un audit beaucoup plus large du portefeuille Volkswagen.
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