Les mots choisis par un dirigeant dans un document interne pèsent plus lourd que ceux d’un communiqué. Oliver Blume a reconnu dimanche que la situation de Volkswagen était « plus que critique », et décrit une industrie automobile allemande traversant « la plus grande tourmente de son histoire ». Quatre usines allemandes sont explicitement citées comme dépourvues de perspective compétitive pour les années 2030.

Les deux chiffres qui résument le problème

Blume fournit lui-même le diagnostic chiffré, et il tient en deux lignes. Les frais généraux du groupe demeurent supérieurs de plus de 30 % à ceux de certains concurrents. Un tel écart de structure ne se comble ni par un plan d’économies ponctuel, ni par une hausse des volumes.

La marge opérationnelle est inférieure à 4 %. À ce niveau, le groupe n’a pas la capacité de financer les investissements nécessaires en nouveaux produits et technologies. C’est le cœur du raisonnement : ce n’est pas seulement une crise de rentabilité, c’est une crise de capacité d’investissement, donc de compétitivité future.

Une tempête à cinq facteurs

Le dirigeant identifie une conjonction plutôt qu’une cause unique. La conjoncture mondiale et la concurrence chinoise arrivent en tête. S’y ajoutent les droits de douane américains, le virage vers l’électrique et une structure réglementaire jugée trop complexe.

Cette énumération appelle une remarque. Trois de ces cinq facteurs sont extérieurs au groupe, ce qui est commode dans une communication interne. Les 30 % d’écart de frais généraux, eux, relèvent de choix accumulés sur des décennies.

Usine Volkswagen
Emden, Hanovre, Zwickau et Neckarsulm figurent parmi les sites sans perspective compétitive | © Volkswagen

Quatre sites nommément désignés

C’est l’information la plus lourde du mémo. Selon Blume, Volkswagen ne voit actuellement aucun moyen d’assurer une utilisation compétitive des capacités dans les années 2030 pour les usines d’Emden, de Hanovre, de Zwickau et de Neckarsulm.

Le groupe affirme qu’aucune fermeture définitive n’a été décidée, et présente cette option comme « la dernière solution, et la plus coûteuse ».

Des alternatives industrielles sont à l’étude. Pour le site d’Osnabrück, Volkswagen explore la possibilité de produire pour des entreprises de l’industrie de la défense, une reconversion que plusieurs industriels allemands envisagent dans le contexte budgétaire européen actuel.

Le cas de Zwickau est particulièrement révélateur. Ce site a été le premier converti intégralement à l’électrique par le groupe, présenté comme la vitrine de sa transformation. Le voir aujourd’hui parmi les usines sans perspective mesure l’écart entre les prévisions de demande et la réalité.

Cinquante mille, ou cent mille

Le volet social demande de la précision, car les chiffres qui circulent recouvrent des réalités différentes.

Volkswagen a déjà conclu des accords portant sur environ 50 000 suppressions de postes d’ici 2030. Parmi celles-ci, environ 37 000 ententes individuelles ont déjà été signées. Cette partie est actée.

Un second chiffre de 50 000 suppressions supplémentaires circule depuis plusieurs semaines. Blume précise qu’il ne s’agit pas d’un objectif officiel de licenciements, mais d’une estimation théorique de l’ampleur des réductions nécessaires pour combler l’écart de coûts avec la concurrence.

C’est le cumul de ces deux volets qui aboutit au chiffre de 100 000 emplois évoqué par certaines sources. La distinction entre un engagement contractuel et une projection d’écart de compétitivité mérite d’être maintenue.

Gamme Volkswagen
le groupe prévoit de simplifier considérablement sa gamme et le nombre de configurations proposées | © Volkswagen

La gamme aussi passe à la moulinette

Le groupe prévoit de simplifier considérablement son offre et de réduire le nombre de configurations proposées. Des informations circulant depuis juillet évoquent une réduction pouvant atteindre 50 % du portefeuille de modèles à l’échelle mondiale.

Cette orientation est cohérente avec le diagnostic sur les frais généraux. Chaque variante supplémentaire suppose un développement, une homologation, une gestion de pièces et une complexité industrielle qui pèsent sur les coûts sans générer de volume proportionnel.

Elle a une conséquence directe pour l’acheteur européen : moins de choix de motorisations, de finitions et d’options sur les modèles à venir.

Un cas qui n’est pas isolé

Volkswagen n’est pas seul. Porsche, filiale du même groupe et dirigée jusqu’à récemment par Blume lui-même, a annoncé en juillet la suppression de 9 000 emplois d’ici 2035, sur fond d’effondrement des ventes en Chine et de virage électrique qui peine à convaincre.

Le rapprochement des deux dossiers dessine une même équation. Une base industrielle dimensionnée pour un marché chinois qui s’est refermé, des investissements électriques engagés sur des prévisions de demande non réalisées, et une concurrence qui produit moins cher avec des cycles plus courts.

Plusieurs réunions doivent se tenir dans les prochains jours avec les représentants du personnel pour préciser les étapes. Ce sont elles, plus que le mémo, qui diront ce que recouvrent réellement les mots employés par le dirigeant.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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