La crise de la marque aux jumelles entre dans une nouvelle phase concrète. Porsche AG, filiale du groupe Volkswagen, vient d’officialiser la fermeture pure et simple de trois de ses filiales et la suppression de plus de 500 emplois directs.
La division des vélos électriques, présentée il y a encore quelques années comme un axe de diversification stratégique, sera totalement liquidée. Une décision symbolique pour un constructeur de Stuttgart qui revendiquait pourtant la mobilité électrique sous toutes ses formes — voiture, vélo, batterie, logiciel — et qui doit désormais se recentrer sur son cœur de métier historique : les voitures de sport thermiques et hybrides.
Trois filiales fermées, plus de 500 employés concernés
La filiale la plus durement touchée est Porsche eBike Performance GmbH, structure créée pour développer en interne les moteurs des vélos électriques de la marque. Sa fermeture concerne environ 350 employés répartis entre les sites d’Ottobrunn (près de Munich) et Zagreb (Croatie). Les vélos portant le logo Porsche ne disparaissent pas pour autant : ils continueront d’être produits, mais exclusivement par le partenaire allemand historique Rotwild. Une externalisation qui revient finalement à un licensing, plus économe en investissements industriels.
Deuxième filiale liquidée : Cellforce Group, à Kirchentellinsfurt, qui devait incarner les ambitions de Porsche en matière de cellules de batteries haute performance. Une cinquantaine d’emplois disparaissent — la production avait en réalité déjà été largement interrompue l’an dernier. L’abandon coûte 700 millions d’euros à Porsche dans les comptes 2025, signe que l’investissement industriel avait été substantiel.
Troisième cible : Cetitec, spécialisée dans les logiciels de communication de données embarqués. Sa fermeture entraîne la disparition d’environ 60 postes à Pforzheim et 30 en Croatie. À la direction, le département Car IT sera également dissous à partir de juillet et intégré au développement général des véhicules. Le comité de direction passe de huit à sept divisions, en cohérence avec l’objectif d’allégement de la structure.
Une crise financière qui rend ces choix inévitables
Le contexte financier explique la radicalité du tournant. Porsche a clôturé l’exercice 2025 sur un effondrement de 92,7 % de son bénéfice opérationnel, à 413 millions d’euros seulement. La marge opérationnelle est tombée à 1,1 %, contre 14,1 % un an plus tôt. Le chiffre d’affaires a reculé de 9,5 % à 36,27 milliards d’euros. Deux facteurs ont pesé particulièrement lourd : l’effondrement du marché chinois — où les livraisons ont chuté de 26 % à 42 000 véhicules — et les droits de douane américains, dont le coût direct est estimé à 700 millions d’euros pour la seule année 2025.
À ces deux chocs externes s’ajoutent les coûts internes du virage stratégique sur l’électrique. Porsche avait misé gros sur la transition électrique avec la Taycan, le Macan EV puis des projets de gamme étendue. La demande s’est avérée plus faible et plus lente que prévu, contraignant le constructeur à prolonger sa gamme thermique et à reporter plusieurs lancements électriques — pour un coût comptable global de 3,9 milliards d’euros en charges exceptionnelles.
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Michael Leiters, l’homme du recentrage
Pour piloter cette restructuration, Porsche s’appuie depuis janvier 2026 sur Michael Leiters, ancien PDG de McLaren Automotive et dirigeant historique de Ferrari avant cela. Son passé chez Porsche entre 2000 et 2013, où il fut notamment l’un des artisans du Cayenne, lui donne une légitimité interne précieuse. Successeur d’Oliver Blume — désormais entièrement concentré sur la direction du groupe Volkswagen —, Leiters a immédiatement qualifié 2026 d’« année de la réorientation » et présenté les coupes actuelles comme la base indispensable d’une transformation réussie.
Sa philosophie est limpide : préserver la valeur des véhicules Porsche à long terme prime sur les volumes à court terme. Le réseau commercial chinois sera ainsi réduit de 150 à 80 concessionnaires d’ici fin 2026, dans une logique de rareté assumée. Les nouvelles suppressions d’emplois annoncées s’ajoutent à un plan déjà existant prévoyant 3 900 postes supprimés d’ici la fin de la décennie, sur un effectif total de 40 000 salariés.
Pour les amateurs des marques européennes en crise, Porsche rejoint ainsi un mouvement de fond qui touche aussi Stellantis, Volkswagen, Nissan ou Audi : celui d’une industrie automobile contrainte de revoir ses ambitions à la baisse face à la conjonction de la pression chinoise, des barrières douanières américaines et d’un ralentissement de la demande électrique.





