La nouvelle est tombée depuis Poissy, au lendemain de la présentation du plan stratégique Stellantis à Auburn Hills : Citroën va relancer la 2 CV. Pas un simple cllin d’œil nostalgique, ni un concept sans lendemain comme le Revolte présenté en 2009 et jamais concrétisé.

Une vraie décision industrielle, confirmée par Xavier Chardon, PDG de Citroën, qui a annoncé le retour d’un nouveau modèle inspiré de l’esprit de la légendaire « Deudeuche » en précisant sans détour que le prix visé se situe sous la barre des 15 000 euros. Le premier aperçu officiel est attendu pour le Mondial de l’Automobile de Paris, du 13 au 18 octobre 2026, à la Porte de Versailles.

L’esprit de la 2 CV, pas sa copie conforme

Citroën prend soin de distinguer hommage et nostalgie. La marque n’entend pas produire une réédition rétro de la berlinette à deux cylindres née en 1948 — la stratégie serait commercialement risquée et techniquement absurde. Ce que Chardon défend, c’est la philosophie du cahier des charges original imaginé par Pierre-Jules Boulanger, le vice-président de Citroën qui avait commandé au bureau d’études une « Toute Petite Voiture » capable de transporter quatre personnes, 50 kg de pommes de terre et six œufs sans les casser. Boulanger surveillait lui-même chaque gramme de chaque composant — la légèreté et la frugalité avant tout. Ce n’est pas la carrosserie ni la mécanique que Citroën ressuscite. C’est cette obsession de l’essentiel.

La nouvelle 2 CV sera ainsi électrique, simple, polyvalente et résolument désirable — les quatre adjectifs officiellement retenus dans le communiqué de Poissy. Elle devra incarner pour une nouvelle génération ce que la 2 CV représentait pour l’après-guerre et les Trente Glorieuses : une voiture qui rend la mobilité possible pour le plus grand nombre, sans compromis sur la personnalité.

Moins de 15 000 euros : le vrai défi industriel

C’est évidemment l’objectif tarifaire qui attire tous les regards. Chardon n’a pas laissé le marché spéculer : sous 15 000 euros, avec les aides applicables. Un positionnement qui placerait la nouvelle 2 CV en dessous de tout ce qui existe aujourd’hui dans l’électrique — la Citroën ë-C3 démarre à 19 990 euros, la Renault 5 E-Tech à 24 990 euros, la Volkswagen ID. EVERY1 vise les 20 000 euros pour 2027. Pour atteindre ce prix-plancher, Citroën s’appuiera sur la plateforme Smart Car déjà utilisée sur la ë-C3 mais optimisée, des batteries LFP (lithium-fer-phosphate) nettement moins coûteuses que les chimies NMC, et une approche radicale de simplification des équipements — moins d’écrans, moins de capteurs, moins de complexité électronique.

Cette philosophie minimaliste trace une ligne claire avec la Renault 5, qui mise sur une image désirable et une charge technologique premium, et avec la Mini Cooper E, positionnée sur l’héritage et le prestige de marque. La 2 CV visera exactement l’inverse : la frugalité assumée, la praticité maximale, la liberté de mouvement sans surcharge financière. Ce n’est pas une voiture pour se faire plaisir — c’est une voiture pour se déplacer librement, en ville comme en campagne.

Une décision industrielle inscrite dans FaSTLAne 2030

L’annonce est directement imbriquée dans le plan stratégique Stellantis dévoilé jeudi 21 mai à Auburn Hills. La nouvelle 2 CV fait partie des modèles électriques abordables — la famille « E-Car » — que le groupe promet à moins de 15 000 euros à partir de 2028. La production sera assurée à l’usine historique de Pomigliano d’Arco en Italie, le même site qui assemble actuellement la Fiat Panda et où démarre également la production des déclinaisons FIAT de l’E-Car. En parallèle de la 2 CV chez Citroën, l’E-Car se déclinera donc sous au moins deux marques, Citroën et FIAT dans un premier temps, confirmant la stratégie de mutualisation de plateforme propre à FaSTLAne 2030.

La nouvelle catégorie réglementaire européenne M1e — véhicules électriques de moins de 4,20 mètres produits dans l’Union européenne — constitue également un levier décisif. Les modèles éligibles bénéficient d’un super-bonus dans le calcul des quotas CO2 des constructeurs et d’avantages fiscaux spécifiques, rendant la production de petites électriques européennes enfin économiquement viable.

Le Mondial de Paris en octobre, premier rendez-vous

Le calendrier s’accélère. Citroën a clairement indiqué que la 91e édition du Mondial de l’Automobile de Paris — du 12 au 18 octobre 2026, avec journées presse les 12 et 13 octobre — sera le premier moment de vérité pour la nouvelle 2 CV. Un concept-car est attendu à cette date, probablement accompagné des premières orientations de design définitif. Il ne s’agira pas encore d’un modèle de production mais d’une exploration de ce que pourrait être la voiture, en forme, en volume et en philosophie.

Le choix du Mondial de Paris n’est pas anodin pour Citroën. Paris reste la capitale historique de la marque, et la 2 CV y a connu ses heures de gloire sur les pavés haussmanniens — où la « voiture des gens qui se marient sans vouloir la Rolls-Royce » reste, selon les propres mots de Chardon, l’objet le plus souvent demandé pour les cérémonies, décennies après sa disparition du catalogue en 1990.

Pour Xavier Chardon, la responsabilité est immense — et il ne s’en cache pas. « La 2 CV d’origine n’a jamais été conçue pour devenir une icône. Elle l’est devenue parce qu’elle offrait plus de liberté aux gens », résume le patron de la marque en substance. Réinventer cela pour l’ère électrique, sans la nostalgie mais avec la même audace, voilà le pari que Citroën engage officiellement ce vendredi matin. La route vers le Mondial de Paris s’ouvre aujourd’hui.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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