À contre-courant de la tendance mondiale, Volvo Cars défend l’avenir de ses breaks. Le PDG Håkan Samuelsson, revenu aux commandes du constructeur suédois en avril 2025 après le départ de Jim Rowan, a livré récemment dans un entretien à la presse internationale une analyse qui détonne dans le paysage automobile actuel : selon lui, le marché est devenu trop dépendant des SUV, et les constructeurs ont au contraire besoin de proposer des silhouettes plus basses pour optimiser l’aérodynamisme — et donc l’autonomie — de leurs futurs véhicules électriques.

Un message fort, qui ouvre la perspective d’un maintien durable des V60 et, potentiellement, du retour d’une descendante de la V90.

V60 maintenue, V90 disparue fin 2025

L’état des lieux actuel de la gamme break Volvo se résume désormais à un seul modèle : la V60, lancée en 2018 et récemment réactualisée techniquement. La grande V90, plus haut de gamme, a en revanche été retirée des bons de commande européens fin 2025. Le break suédois statutaire, prisé par les flottes haut de gamme et les familles bourgeoises, n’a plus officiellement de successeur direct dans le plan produits actuel du constructeur.

Cette situation est cohérente avec l’évolution générale du marché : les SUV pèsent désormais plus de la moitié des ventes en Europe et dépassent les deux tiers en Amérique du Nord. Volvo n’a pas échappé à cette bascule, et sa gamme américaine se résume désormais presque exclusivement aux SUV — XC60, XC90, EX30, EX40 et EX90 — auxquels s’ajoute uniquement le break V60. Les modèles de carrosserie plus basse comme la berline-liftback ES90 et le grand monospace électrique EM90 ne sont pas proposés outre-Atlantique, illustrant la difficulté du segment break sur ce marché.

L’aérodynamisme, argument décisif pour l’électrique

C’est précisément l’argument technique avancé par Samuelsson qui rend ses propos intéressants. Dans une voiture électrique, la résistance à l’air pèse beaucoup plus lourd sur l’autonomie que dans un modèle thermique, où la chaleur perdue par le moteur compense en partie les variations de consommation. Une carrosserie plus basse, avec un meilleur coefficient de traînée (Cx), peut gagner plusieurs dizaines de kilomètres d’autonomie WLTP sur une seule charge — sans modifier la batterie. Pour les constructeurs en quête de différenciation technique face à la concurrence chinoise, c’est un levier difficile à ignorer.

L’argument trouve un écho concret dans les développements actuels de la marque. Le futur SUV EX60, dont les essais ont été particulièrement médiatisés grâce à la démonstration de Google Gemini intégré à ses caméras dans le cadre du Google I/O 2026, adopte précisément une silhouette plus basse et plus profilée que les SUV traditionnels de la marque. Volvo cherche manifestement à fluidifier les frontières entre crossover, SUV et break, pour préserver à la fois l’utilité quotidienne et l’efficience énergétique.

Une stratégie de différenciation face à la pression chinoise

Le contexte global pèse lourd dans la prise de parole de Samuelsson. Le PDG est revenu à la tête de Volvo dans un environnement particulièrement difficile : action en baisse d’environ 70 % depuis l’introduction en bourse de 2021, droits de douane américains de 25 % imposés par l’administration Trump qui frappent particulièrement les modèles exportés depuis l’Europe, et concurrence chinoise montée en puissance — d’autant plus paradoxale que Volvo est lui-même contrôlé majoritairement par le groupe Geely depuis 2010.

Dans cet environnement, le choix de communiquer sur les breaks n’a rien d’anecdotique. Ils incarnent l’identité Volvo historique, héritée des V70 et autres XC70 qui ont longtemps représenté le cœur de la marque. Préserver cette signature pourrait constituer un avantage de différenciation face aux constructeurs asiatiques qui inondent le segment SUV mais peinent à incarner d’autres archétypes automobiles. À cinq ans, Samuelsson le dit clairement : Volvo ne se réduira pas à une simple marque de crossovers.

Reste que les déclarations du PDG ne constituent pas pour autant une promesse de lancement immédiat. Aucun nouveau break n’a été officiellement annoncé, et aucune succession directe à la V60 ou à la V90 n’a été confirmée pour les prochaines années. Mais la position assumée de la direction laisse présager que les carrosseries basses pourraient bel et bien conserver une place dans la stratégie suédoise — particulièrement sur les versions électriques où l’argument aérodynamique change la donne. Une lueur d’espoir pour les amateurs de breaks, dans une industrie où ces silhouettes traditionnelles deviennent une exception de plus en plus rare.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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