L’équipementier allemand Bosch tient enfin une bonne nouvelle. Le groupe de Stuttgart, en pleine restructuration depuis l’an dernier, a annoncé ce mercredi 20 mai avoir décroché une commande de grande ampleur auprès de Mercedes-Benz. Le contrat porte sur la fourniture d’unités d’entraînement électrique destinées à la prochaine génération de véhicules de la marque à l’étoile, sur une période s’étendant jusqu’aux années 2030.
Un signal stratégique fort pour l’équipementier, qui multiplie les annonces de suppressions de postes ces derniers mois — et qui voit dans cette commande la preuve que sa transition technologique reste compétitive face à la concurrence chinoise.
98 % de rendement et refroidissement par huile dans le rotor
Sur le terrain technique, Bosch met en avant des caractéristiques de rupture pour ses nouveaux moteurs électriques. L’équipementier revendique un rendement record allant jusqu’à 98 % — soit une perte d’énergie thermique réduite à un minimum théorique difficilement amélioré aujourd’hui par la concurrence. Deux innovations sont à l’origine de ce gain.
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D’abord, une nouvelle technologie de bobinage du stator, qui améliore la densité de courant transmise et limite les pertes magnétiques. Ensuite et surtout, un système innovant de refroidissement par huile directement intégré au rotor, qui dissipe efficacement la chaleur générée et permet une densité de puissance nettement supérieure aux solutions traditionnelles.
L’architecture des nouveaux moteurs Bosch est par ailleurs conçue pour être évolutive. Les unités d’entraînement peuvent être ajustées en longueur de manière flexible et s’intègrent dans différentes configurations d’essieux — avant, arrière, ou simple/double moteur selon les segments du constructeur. Pour Mercedes, qui décline ses futurs véhicules électriques sur des plateformes communes mais des positionnements très variés, cette modularité s’avère décisive pour rationaliser les coûts d’industrialisation. Bosch prévoit de produire plus de sept millions de composants pour la chaîne de traction électrique en 2026, à l’échelle mondiale. La cadence actuelle de production atteint déjà sept moteurs par minute, tous sites confondus.
Une commande qui tombe à pic dans une crise industrielle profonde
Le timing de l’annonce ne doit rien au hasard. Bosch traverse en effet l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. En septembre 2025, l’équipementier avait annoncé la suppression de 13 000 emplois supplémentaires d’ici 2030, principalement en Allemagne et au sein de sa division Mobilité — qui constitue le cœur de métier historique du groupe.
Ce nouveau plan s’ajoute à 9 000 suppressions de postes déjà engagées depuis 2024, portant le total à 22 000 emplois perdus en moins de cinq ans. Bosch vise par ces coupes une économie annuelle de 2,5 milliards d’euros, jugée indispensable pour préserver sa compétitivité dans un marché automobile mondial sous pression.
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Plusieurs facteurs structurels expliquent cette restructuration brutale. La faiblesse persistante de la demande automobile mondiale, l’adoption plus lente que prévu de l’électromobilité, l’incertitude réglementaire européenne autour de l’échéance 2035, et surtout la concurrence asiatique sur l’ensemble de la chaîne de valeur — des cellules de batterie aux moteurs électriques. Stefan Hartung, président du directoire, et Stefan Grosch, directeur des relations industrielles, ont rappelé à plusieurs reprises ces derniers mois la nécessité d’un ajustement structurel rapide pour éviter une marginalisation du groupe sur les segments les plus stratégiques.
Un signal politique allemand
Au-delà de l’aspect contractuel, la commande Mercedes envoie un signal politique fort en faveur de la filière allemande. Alors que les constructeurs chinois proposent des solutions intégrées verticalement et que les équipementiers asiatiques gagnent du terrain en Europe, Mercedes choisit ici clairement de soutenir un fournisseur national pour ses futurs véhicules électriques. Une logique de patriotisme industriel implicite, qui rejoint celle déjà observée chez d’autres constructeurs européens — Stellantis avec sa coentreprise eMotors à Trémery pour DS, Volkswagen avec son partenariat ACC à Douvrin, ou encore Renault avec sa propre filière intégrée Ampere.
Pour les amateurs de stratégie industrielle, cette commande illustre également la complexité actuelle des arbitrages techniques chez Mercedes. La marque à l’étoile a récemment dévoilé sa nouvelle AMG GT Coupé 4 Portes électrique équipée de moteurs à flux axial fournis par YASA, autre filiale détenue à 100 % par Mercedes-Benz depuis 2021.
Le constructeur diversifie donc sa stratégie : moteurs à flux axial développés en interne pour ses modèles les plus performants chez AMG, moteurs radiaux Bosch de série pour le volume sur Classe C, EQE, EQS et leurs successeurs.
Une approche à deux vitesses qui permet à Mercedes de maîtriser ses différentiels technologiques tout en garantissant la rentabilité industrielle de ses gammes principales. Pour Bosch, dont l’avenir dépend désormais de ce type de partenariats à long terme, le contrat allemand constitue à la fois un succès commercial et un soulagement stratégique. Reste à savoir si cette bouffée d’oxygène suffira à compenser les difficultés structurelles auxquelles l’équipementier est confronté.





