Et si vos pneus pouvaient signaler eux-mêmes leur pression, leur usure ou l’état de la route, sans le moindre capteur supplémentaire ? C’est la promesse de la technologie SENSING CORE, que le manufacturier Dunlop apporte en Europe à l’occasion de l’Automotive Testing Expo Europe 2026.
L’idée est aussi simple qu’astucieuse : permettre au véhicule de comprendre ce qui se passe au niveau de ses pneumatiques et de la chaussée, en exploitant uniquement des données qu’il collecte déjà. Une approche logicielle qui pourrait transformer le pneu, longtemps simple consommable, en véritable canal d’information.
Exploiter les données déjà présentes dans la voiture
Le principe de SENSING CORE repose sur une intuition maligne : nul besoin d’ajouter du matériel dans la roue, puisque la voiture dispose déjà de la plupart des informations utiles. Le système exploite les données de vitesse de chaque roue ainsi que les informations circulant sur le bus CAN — c’est-à-dire le réseau interne que le véhicule utilise déjà pour faire fonctionner l’ABS, le contrôle de stabilité et ses autres systèmes électroniques.
À partir de ces seules données, le logiciel est capable de déterminer la pression des pneus, la charge supportée par le véhicule, le degré d’usure de la gomme, l’état du revêtement routier, et même les premiers signes d’un éventuel détachement de roue. Des informations qui peuvent sembler moins spectaculaires qu’un nouveau moteur, mais qui pèsent directement sur le portefeuille de l’automobiliste : un pneu sous-gonflé s’use plus vite, augmente la consommation de carburant et allonge les distances de freinage sur route mouillée. Une surveillance fine de l’état des pneumatiques se traduit donc par des économies concrètes et une sécurité accrue.
Une brique de la voiture définie par logiciel
Dunlop ne présente pas cette technologie comme un gadget isolé, mais comme un élément d’une future architecture de véhicule défini par logiciel (SDV, pour Software-Defined Vehicle), dans laquelle la voiture met à jour en permanence sa connaissance d’elle-même. Plusieurs scénarios d’application sont envisagés : conduite autonome, navigation intelligente, maintenance, assurance, infrastructure connectée et création de jumeaux numériques du véhicule.
Dans la pratique, l’effet le plus tangible concerne l’entretien. Le véhicule devient capable de signaler de lui-même que ses pneus arrivent en fin de vie, que la chaussée est glissante ou que la charge dépasse les valeurs prévues. On passe ainsi d’une maintenance calendaire — où l’on vérifie ses pneus à intervalles réguliers — à une maintenance fondée sur l’état réel du véhicule, plus efficace et plus économique. Une logique qui s’inscrit dans la tendance générale de l’automobile connectée, où la voiture anticipe les besoins plutôt que de les subir.
Un nouveau terrain de concurrence entre équipementiers
Cette initiative de Dunlop ne sort pas de nulle part : elle s’inscrit dans une bataille technologique qui mobilise l’ensemble des grands équipementiers. Bosch, Continental, Michelin et d’autres acteurs développent eux aussi des solutions logicielles autour du pneumatique, car la gestion des capteurs, de la sécurité et, à terme, des tarifs d’assurance devient un nouveau champ de concurrence stratégique.
L’atout maître de SENSING CORE réside dans son approche purement logicielle. Contrairement aux systèmes nécessitant un capteur dédié dans chaque pneu, la technologie de Dunlop ne réclame aucun matériel supplémentaire. Résultat : un déploiement moins coûteux, un risque de panne réduit et une mise à l’échelle facilitée, aussi bien sur les voitures grand public que sur les flottes professionnelles. Un avantage déterminant pour convaincre les constructeurs de l’adopter en série.
Si cette technologie venait à se généraliser, elle pourrait changer notre rapport au pneumatique. Trop souvent négligé par les automobilistes, qui n’y prêtent attention qu’au moment du contrôle technique ou d’une crevaison, le pneu deviendrait un fournisseur permanent de données. Et pas n’importe lesquelles : car c’est bien l’empreinte au sol, et non la caméra ou le radar, qui perçoit en premier l’état réel de la route. À l’heure où la voiture se transforme en plateforme connectée, redonner de l’intelligence à ce point de contact essentiel entre le véhicule et la chaussée apparaît comme une évolution aussi discrète que pertinente — qui pourrait, à terme, améliorer la sécurité et réduire les coûts d’entretien pour tous les conducteurs.
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