Non, les Américains n’ont pas soudainement gagné le droit de réparer librement leur voiture : le texte signé par Donald Trump est bien plus étroit que ne le laissent croire les messages viraux qui circulent depuis. Baptisé « Lowering the Cost of Living by Promoting the Freedom to Fix », le document n’est d’ailleurs pas un executive order mais un mémorandum présidentiel adressé à l’Agence de protection de l’environnement, comme l’a précisé son administrateur Lee Zeldin lors de la signature dans le Bureau ovale. Présenté comme une mesure de pouvoir d’achat, il mérite un décryptage, car son contenu réel concerne avant tout les règles antipollution.

Ce que contient réellement le texte

Le mémorandum donne trois instructions à l’EPA. La première impose de publier sous 30 jours des lignes directrices clarifiant quelles réparations un particulier peut légalement effectuer sur le système antipollution de son véhicule, dans le respect du Clean Air Act, la loi fédérale qui interdit toute altération des dispositifs de contrôle des émissions. La deuxième vise à créer des voies de certification alternatives pour les pièces détachées aftermarket. Aujourd’hui, seul le CARB, l’agence californienne de l’air, délivre une certification reconnue au niveau fédéral, au terme d’une procédure qui dépasse désormais régulièrement un an. La Maison Blanche veut casser ce goulot d’étranglement qui, selon elle, limite l’offre de pièces et fait grimper les prix.

La troisième instruction demande à l’EPA d’envisager de déprioriser les poursuites civiles pour altération contre les particuliers qui tentent, de bonne foi, de remettre leur véhicule dans sa configuration d’origine. Une nuance importante : il s’agit d’une orientation de politique répressive, pas d’une immunité, et encore moins d’une modification de la loi.

Pas un droit à la réparation généralisé

Contrairement à la présentation qui en a été faite, le texte ne crée aucun droit à la réparation au sens du mouvement right to repair. Il ne touche ni à l’accès aux logiciels de diagnostic, ni aux informations techniques, ni aux outils spécialisés que les constructeurs réservent à leurs réseaux, qui restent les vrais nerfs de la guerre pour les réparateurs indépendants. Seuls le Massachusetts et le Maine disposent aujourd’hui de lois automobiles complètes en la matière, et le Congrès travaille sur son propre texte : le Motor Vehicle Modernization Act, adopté en commission en mai par 48 voix contre une, qui codifierait les accords existants entre constructeurs et réparateurs sous le contrôle de la FTC.

L’industrie est d’ailleurs partagée. L’Alliance for Automotive Innovation, qui représente les constructeurs, soutient le mémorandum et rappelle qu’environ 75 % des réparations hors garantie sont déjà réalisées par des ateliers indépendants. L’association des concessionnaires NADA s’oppose en revanche à toute législation plus large, redoutant la prolifération de pièces contrefaites issues de rétro-ingénierie. Quant à l’anecdote de Donald Trump sur des automobilistes arrêtés pour avoir réparé leur voiture, la presse américaine l’a nuancée : le cas le plus proche concerne un mécanicien du Wyoming condamné pour avoir désactivé les systèmes antipollution de 344 camions, avant d’être gracié fin 2025. Rien à voir avec un bricolage du dimanche.

Un nouvel épisode de la croisade dérégulatrice

Ce mémorandum s’inscrit dans la continuité de la vague de dérégulation engagée par l’administration Trump dans l’automobile, dont nous avions détaillé le volet le plus spectaculaire : la révocation en février des réglementations fédérales sur les gaz à effet de serre et des incitations au stop-start. Il prolonge aussi l’offensive contre la Californie, dont l’autorité réglementaire sur les pièces aftermarket est directement visée.

Pour les automobilistes américains, l’effet concret dépendra des lignes directrices que l’EPA doit publier d’ici fin juillet et de la vitesse à laquelle des certificateurs alternatifs au CARB émergeront. Des analystes indépendants doutent d’ailleurs d’un impact majeur sur les coûts de réparation à court terme. Une chose est sûre : entre ce mémorandum, la refonte des normes CAFE et la bataille juridique avec les États démocrates, la réglementation automobile américaine est devenue un champ de bataille politique à part entière, à quelques mois des élections de mi-mandat.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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