Le 1er mai 2026, Donald Trump a annoncé sur TruthSocial vouloir relever « la semaine prochaine » les droits de douane sur les véhicules importés depuis l’Union européenne à 25 %. Une annonce qui intervient dans un contexte commercial particulièrement instable et qui pourrait représenter un choc considérable pour les constructeurs européens, au moment où l’industrie doit déjà faire face à la transition électrique et à la concurrence chinoise.
Un accord de 15 % remis en question
L’Union européenne et les États-Unis s’étaient entendus l’été dernier pour limiter les droits de douane sur les voitures et les pièces détachées européennes à 15 %, quand d’autres pays restaient frappés par 25 %. Mais la décision récente de la Cour suprême américaine, limitant la capacité du président à invoquer une urgence économique pour imposer des taxes, a rebattu les cartes.
Trump accuse plusieurs partenaires européens de refuser toute contribution militaire ou logistique aux opérations menées par Washington dans le détroit d’Ormuz, contre l’Iran. La menace tarifaire s’inscrit donc dans une logique qui dépasse le seul cadre commercial. Aucun droit de douane ne sera appliqué « s’ils produisent des voitures et des camions dans des usines situées aux États-Unis », a précisé Trump — le message adressé aux constructeurs européens est limpide : localiser ou subir.
📖 Lire aussi :
Mercedes rappelle 144 000 voitures après un bug qui peut éteindre les écrans en roulant
📖 Lire aussi :
L’Allemagne et Volvo en première ligne
Les États-Unis représentent le premier marché à l’export en valeur pour l’industrie automobile européenne, à 38,9 milliards d’euros. L’Allemagne, premier producteur européen, exportait environ 450 000 véhicules par an vers les États-Unis, selon la fédération VDA. BMW, Mercedes, Audi, Porsche et Volkswagen sont les plus directement exposés, avec des modèles premium fortement représentés sur ce marché à hautes marges.
Parmi les autres constructeurs impactés, les regards se tournent vers Volvo Cars dont les modèles sont assemblés principalement en Suède, en particulier le nouveau EX60, mais aussi en Belgique s’agissant du SUV EX30. Cette augmentation attendue des taxes n’épargnerait pas Stellantis, dont les modèles Fiat et Alfa Romeo commercialisés aux États-Unis sont fabriqués en Italie.
Des conséquences en cascade
Une hausse de 15 % à 25 % des droits de douane produirait mécaniquement plusieurs effets. Les constructeurs devraient choisir entre absorber le surcoût — en comprimant leurs marges — ou le répercuter sur les prix de vente américains, au risque de perdre des volumes sur un marché concurrentiel. Cette décision pourrait accélérer les stratégies des industriels visant à assembler les véhicules directement sur le sol américain. BMW dispose déjà d’une usine à Spartanburg en Caroline du Sud, Mercedes à Tuscaloosa en Alabama — deux sites qui pourraient monter en cadence pour contourner les taxes. Mais la mise en place de nouvelles lignes de production prend plusieurs années, laissant une période de vulnérabilité importante en 2026 et 2027.
L’UE avait déclaré qu’elle s’attendait à ce que l’accord bilatéral permette aux constructeurs automobiles européens d’économiser entre 500 et 600 millions d’euros par mois. Une hausse unilatérale à 25 % effacerait cet avantage et plongerait les deux partenaires dans une nouvelle guerre commerciale — avec des représailles européennes régulièrement évoquées sur le whisky, les motos Harley-Davidson ou le soja américain.
Une menace qui arrive au pire moment
Une hausse des droits de douane à 25 % constituerait un choc significatif pour les constructeurs, déjà confrontés à la transition vers l’électrique et à une concurrence accrue, notamment asiatique. Pour l’industrie automobile européenne, qui sort d’une année 2025 difficile — restructurations en série, pression sur les marges, ralentissement des ventes électriques — cette nouvelle incertitude transatlantique arrive à un moment de fragilité structurelle.
Reste à savoir si cette annonce restera une posture de négociation — outil habituel de la diplomatie commerciale trumpienne — ou se traduira par une mesure effective. L’histoire récente des tarifs américains sous Trump 2 invite à la prudence dans les deux sens : certaines menaces ont été mises à exécution, d’autres sont restées lettre morte après d’intenses négociations. Les constructeurs européens n’ont en tout cas pas le luxe d’attendre pour se préparer.





