Le futur de l’Hypercar française pourrait s’écrire en mandarin. Selon la presse spécialisée en endurance, des émissaires de Geely, huitième constructeur automobile mondial et propriétaire de Volvo Cars, Lotus, Polestar et Lynk & Co, ont récemment visité les deux sites névralgiques du programme Alpine A424 : Viry-Châtillon, où est développé le V6 turbo Mecachrome, et Bourges, le camp de base de l’écurie Signatech avec ses ateliers et son simulateur.
Une visite qui ressemble fort à un audit d’acquéreur, alors qu’Alpine quittera le Championnat du Monde d’Endurance à la fin de la saison 2026.
Un programme orphelin à la fin de l’année
Le retrait d’Alpine du WEC est officiel depuis février. Confronté aux difficultés du marché et à la nécessité de concentrer ses investissements, le groupe Renault a choisi de recentrer l’engagement sportif de sa marque sur la seule Formule 1, sacrifiant au passage le programme Hypercar ainsi que le rallye-raid de Dacia, pourtant vainqueur du Dakar quelques semaines plus tôt. Une décision d’autant plus cruelle que l’A424 venait de décrocher sa première victoire aux 6 Heures de Fuji et montait en puissance face au trio Toyota, Ferrari, Porsche.
Pour Signatech, la structure de Philippe Sinault qui exploite le programme depuis les débuts d’Alpine en endurance en 2013, l’urgence est limpide : trouver un repreneur pour 2027 afin d’éviter une année blanche qui disperserait les compétences patiemment accumulées à Bourges. Le scénario privilégié consiste à faire reprendre l’A424 par un nouveau constructeur, qui la rebadgerait avec les évolutions cosmétiques et techniques nécessaires, en s’appuyant sur la réactivité d’ORECA, fournisseur du châssis.
Geely en pole position, avec un atout nommé Horse
Depuis les 24 Heures du Mans, les négociations se seraient intensifiées, jusqu’à cette visite des représentants du groupe chinois en France. Interrogé par la presse spécialisée, Philippe Sinault reste prudent sur l’identité de son interlocuteur, tout en laissant transparaître un optimisme mesuré : quelqu’un a pris le temps d’examiner précisément ce que fait sa structure, signe selon lui que des perspectives sérieuses se dessinent. L’objectif affiché serait d’aboutir à des annonces avant la fin de l’été.
Un élément donne du crédit à la piste Geely : le groupe de Hangzhou et Renault sont déjà partenaires au sein de Horse Powertrain, leur coentreprise de moteurs thermiques et hybrides détenue avec le pétrolier Aramco. Un terrain d’entente existant qui faciliterait juridiquement et industriellement la transmission d’un programme aussi imbriqué dans l’écosystème Renault que l’est l’A424, motorisée à Viry-Châtillon. D’autres prétendants chinois auraient par ailleurs été évoqués ces derniers mois, de BYD à Chery en passant par Great Wall, sans qu’aucune de ces pistes n’ait atteint le même degré d’avancement.
Le savoir-faire français, prise de guerre du sport auto chinois
Au-delà du feuilleton, l’affaire dit quelque chose de plus large. Les constructeurs chinois, déjà à l’assaut des marchés commerciaux, investissent désormais le sport automobile mondial comme levier de crédibilité, et le savoir-faire français en endurance constitue une cible de choix : une Hypercar victorieuse en WEC, une écurie rodée, un motoriste réputé et l’expérience du Mans, le tout disponible clé en main. Pour Geely, qui a fait de Lotus sa vitrine sportive, l’opportunité aurait du sens.
Côté français, l’enjeu dépasse le sport. Une reprise sauverait des emplois et des compétences à Bourges comme à Viry-Châtillon, site déjà fragilisé par la perte du moteur de Formule 1 et dont l’avenir inquiète élus et syndicats. Il resterait l’ironie de l’histoire : voir le fleuron tricolore de l’endurance courir sous les couleurs d’un géant chinois, pendant qu’Alpine concentre ses moyens sur une Formule 1 motorisée par Mercedes. Réponse attendue avant la fin de l’été, et les prochaines semaines s’annoncent décisives.
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