C’est un symbole fort de la mutation en cours dans l’industrie automobile mondiale. Nissan a signé un protocole d’accord (MOU) non contraignant avec le constructeur chinois Chery, en vue de produire des véhicules de la marque chinoise dans sa célèbre usine britannique de Sunderland.
Annoncé ce mercredi, l’accord prévoit que les voitures Chery sortiront de la Line One du site anglais à partir de l’exercice fiscal 2027 — sous réserve de négociations complémentaires et d’un accord définitif. Une nouvelle qui en dit long sur le rapport de force inversé entre constructeurs asiatiques traditionnels et nouveaux géants chinois.
Une usine qui reste Nissan, mais qui héberge un rival
Le montage mérite d’être précisé pour en saisir la portée. Si l’accord se concrétise, l’usine de Sunderland restera intégralement détenue et exploitée par Nissan. Les quelque 6 000 salariés du site demeureront employés par le constructeur japonais. Chery se contentera d’utiliser la Line One — l’une des lignes de production du complexe — pour y assembler ses propres modèles destinés au marché britannique, et potentiellement européen.
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Ce type d’accord, dit de production sous contrat, permet à Nissan de remplir une capacité industrielle largement sous-utilisée. Car l’usine de Sunderland, la plus grande de Grande-Bretagne avec 273 322 véhicules produits l’an dernier, tourne très en deçà de ses capacités depuis plusieurs mois, plombée par le ralentissement de la demande pour les modèles Nissan sur ses deux principaux marchés, la Chine et les États-Unis. En mai, le constructeur avait déjà annoncé la consolidation de sa production sur une seule ligne pour améliorer le taux d’utilisation du site, dans le cadre d’un plan de restructuration entraînant environ 900 suppressions de postes en Europe.
Chery, le visage de l’offensive chinoise au Royaume-Uni
Le choix de Chery comme partenaire n’a rien d’anodin. Le groupe chinois est la maison mère des marques Omoda, Jaecoo et Lepas, qui connaissent une croissance fulgurante outre-Manche. Le Jaecoo 7 a même été l’un des modèles les plus immatriculés au Royaume-Uni au mois de mars, illustration spectaculaire de l’appétit grandissant des consommateurs britanniques pour les marques chinoises.
Les chiffres donnent le vertige. Chery est devenu le groupe chinois à la plus forte croissance au Royaume-Uni, représentant environ 6 % des immatriculations de voitures neuves sur les quatre premiers mois de 2026. Plus marquant encore : la part de marché cumulée des marques chinoises a dépassé pour la première fois dans l’histoire britannique celle des marques japonaises traditionnelles, avec des enseignes comme BYD, MG et Jaecoo qui pesaient à elles seules plus de 14 % du marché en avril. Un basculement historique qui concentre l’attention des conseils d’administration européens.
Un modèle qui pourrait faire des émules
L’accord Nissan-Chery n’est pas un cas isolé, et c’est peut-être ce qui en fait l’événement le plus significatif. Selon plusieurs sources, Ford, Stellantis et Volkswagen seraient eux aussi en discussions avec des partenaires chinois pour combler les capacités inutilisées de leurs propres usines européennes. Le groupe SAIC, propriétaire de MG, a par ailleurs confirmé cette semaine la construction d’une nouvelle usine de 200 millions d’euros en Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne.
Le schéma qui se dessine est clair : les constructeurs occidentaux et japonais, confrontés à des surcapacités et à une demande en berne, voient dans les marques chinoises en pleine expansion une solution pour rentabiliser leurs sites industriels. De leur côté, les groupes chinois y trouvent un moyen d’implanter une production locale en Europe — ce qui leur permet de contourner les droits de douane sur les véhicules importés de Chine et de gagner en crédibilité auprès des consommateurs européens méfiants.
Massimiliano Messina, responsable de Nissan pour l’Europe, a qualifié l’accord d’étape importante pour les opérations du constructeur, précisant que les deux parties travaillaient à finaliser une position optimale pour chacune. Les termes complets de l’accord restent toutefois confidentiels à ce stade.
Cet accord s’ajoute à une relation déjà nouée entre les deux groupes : Nissan a en effet vendu plus tôt cette année son usine de Rosslyn, en Afrique du Sud, à la filiale locale de Chery. Pour l’industrie automobile britannique comme européenne, voir une usine aussi emblématique que Sunderland — fleuron de la production automobile au Royaume-Uni depuis les années 1980 — accueillir des voitures chinoises constitue un signal lourd de sens. Il acte la nouvelle réalité d’un secteur où les anciens dominants doivent désormais composer, voire collaborer, avec ceux qui étaient hier de simples outsiders. Une page se tourne dans l’histoire industrielle de l’automobile mondiale.





