La recharge ultra-rapide passe un nouveau palier sur le Vieux Continent. Tesla a mis en service en Europe son premier Supercharger V4 doté de la nouvelle génération d’électronique de puissance, capable de délivrer jusqu’à 500 kW. Cette borne, repérée en Norvège, non loin d’Oslo, brise enfin le plafond habituel des 250 kW qui limitait jusqu’ici le réseau de la marque sur le continent.

Une avancée qui profitera non seulement aux conducteurs de Tesla, mais aussi à ceux des autres marques, à l’heure où la vitesse de recharge devient un argument décisif pour l’adoption du véhicule électrique.

Une vraie borne V4, et pas seulement un câble plus long

La distinction est importante, car elle a longtemps prêté à confusion. Des bornes estampillées V4 étaient déjà apparues en Europe ces derniers mois, mais la plupart étaient en réalité raccordées à l’ancienne électronique de puissance, dite V3. Extérieurement, il s’agissait bien de nouveaux Superchargeurs, dotés d’un câble plus long et plus pratique et compatibles avec la prise CCS, mais leur puissance restait bridée par l’électronique de génération précédente, plafonnée autour de 250 kW.

Cette fois, c’est une architecture V4 complète qui entre en service, avec le nouveau bloc d’alimentation qui débloque enfin tout le potentiel du système. Ce dernier est dimensionné pour délivrer jusqu’à 500 kW pour les véhicules électriques particuliers, et même jusqu’à 1,2 mégawatt pour le camion électrique Tesla Semi dans sa configuration adaptée. Un bond considérable, qui prépare le réseau aux besoins de la prochaine génération de véhicules électriques.

Un bénéfice qui dépend du véhicule

Dans les faits, tous les conducteurs ne profiteront pas immédiatement de ces 500 kW. La puissance de recharge réellement encaissée par un véhicule dépend de nombreux facteurs : la capacité de la batterie, la tension de la plateforme, la température et la fameuse courbe de charge, qui réduit la puissance à mesure que la batterie se remplit. La plupart des Tesla actuelles ne pourront donc pas absorber 500 kW en continu, leur batterie constituant le facteur limitant.

En revanche, les véhicules les plus récents et les plus gourmands, comme le Cybertruck, disposeront d’une marge supérieure, et le réseau sera prêt pour les modèles à venir. Plus intéressant encore, cette montée en puissance bénéficiera particulièrement aux voitures d’autres marques. Les véhicules dotés d’une architecture haute tension 800 volts — comme ceux de Hyundai, Kia, Porsche ou Audi — qui n’atteignaient pas leur vitesse de charge maximale sur les anciens Superchargeurs V3, pourront enfin exploiter pleinement leur potentiel. Le câble plus long facilite par ailleurs l’accès aux voitures dont la trappe de recharge est placée différemment, là où les bornes Tesla obligeaient souvent à se garer de travers ou à occuper deux places.

La Norvège, terrain d’essai logique

Le choix de la Norvège comme premier site n’a rien d’un hasard. Le pays scandinave est l’un des marchés du véhicule électrique les plus matures au monde : la part des modèles à batterie y est si élevée que la recharge rapide y est depuis longtemps passée du statut de vitrine technologique à celui d’infrastructure du quotidien. Un terrain idéal pour éprouver cette nouvelle génération de bornes avant un déploiement plus large.

Cette initiative illustre aussi la stratégie d’ouverture progressive du réseau Supercharger, longtemps réservé aux seules Tesla. En accueillant les véhicules d’autres marques via la prise CCS, Tesla transforme son réseau en infrastructure paneuropéenne et en tire de nouveaux revenus, tout en renforçant son rôle central dans l’écosystème de la recharge. Une diversification qui pourrait s’avérer aussi stratégique que la vente de voitures elle-même, à mesure que la concurrence s’intensifie sur le marché automobile.

Au-delà du record, ces 500 kW constituent surtout une réserve de puissance pour les années à venir. À mesure que les véhicules électriques de toutes les marques monteront en capacité et en tension, ils réclameront du réseau de recharge ce que les conducteurs attendent depuis toujours d’une station-service : arriver, faire le plein rapidement et repartir. En France, où le réseau Supercharger compte parmi les plus denses et où il s’ouvre progressivement aux autres marques, l’arrivée de cette technologie V4 — encore attendue — sera scrutée de près. Car la bataille de l’électrique ne se joue plus seulement sur l’autonomie des voitures, mais aussi, et peut-être surtout, sur la rapidité et la disponibilité de la recharge.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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