Pendant que le premier exemplaire de série de la Ferrari Luce partait aux enchères pour 40 millions de dollars, deux voitures britanniques ont capté l’attention des passionnés à la Monterey Car Week. La plus marquante est la Gordon Murray S1 : un V12 atmosphérique de 690 ch qui grimpe à 12 100 tr/min, une boîte manuelle à six rapports, moins de 997 kilogrammes et trois places avec le conducteur au centre.
Un V12 Cosworth développé sur mesure
Le bloc est un 4,2 litres atmosphérique conçu spécifiquement pour Gordon Murray Special Vehicles par Cosworth. Il développe 690 ch, soit environ 681 chevaux impériaux, et 500 Nm de couple, avec un régime maximal de 12 100 tr/min.
Le détail qui compte pour l’usage routier tient ailleurs : 81 % du couple est disponible dès 2 500 tr/min. Sur un moteur aussi pointu, cette accessibilité relève d’un travail de mise au point spécifique, orienté vers le grand tourisme plutôt que vers la seule performance de pointe.
La construction accumule les solutions de compétition : pistons allégés à revêtement en carbure de silicium, soupapes et bielles en titane, lubrification par carter sec. Le compartiment moteur met le V12 en scène avec un échappement en Inconel poli et un écran thermique plaqué or 24 carats.
La boîte manuelle à six rapports reçoit un cheminement de câbles plus direct, destiné à préserver le ressenti mécanique de type culasse de fusil cher au concepteur. Le sixième rapport est volontairement allongé pour les longs trajets.
Une évolution routière de la S1 LM
La S1 partage sa cellule en carbone et ses proportions fondamentales avec la S1 LM présentée un an plus tôt, mais chaque panneau de carrosserie a été redessiné.
Disparaissent le grand aileron fixe, le long splitter avant et les bas de caisse profonds, remplacés par des surfaces plus épurées et un système aérodynamique arrière actif intégré. L’objectif affiché n’est plus l’appui maximal mais l’adhérence mécanique, l’équilibre et la confiance sur route.
La garde au sol gagne dix millimètres par rapport à la S1 LM, et les amortisseurs ont été retarés pour davantage de souplesse sans sacrifier la précision de direction. Les rétroviseurs sont montés sur les montants de pare-brise et intègrent un système de caméra de recul. Les jantes allégées s’inspirent de celles du concept Monaco de 1992, et les portes s’ouvrent en dièdre.

Trois places et le pilote au centre
La configuration à trois sièges avec conducteur en position centrale constitue l’hommage le plus direct à la McLaren F1, dont Gordon Murray fut le concepteur. Ce n’est pas un clin d’œil décoratif mais la structure même du véhicule.
L’habitacle adopte une interprétation plus luxueuse que celle de la S1 LM : cuir haut de gamme, tissus sur mesure, isolation acoustique renforcée, affichages actualisés et système audio allégé. Murray décrit une voiture avec laquelle on pourrait longer la côte de Los Angeles à Monterey dans un réel confort, tout en profitant de chaque passage de rapport.
📖 Lire aussi :
Aston Martin Vanquish 25 : Q by Aston Martin célèbre les 25 ans du nom avec 50 exemplaires uniques
Soixante-quatre exemplaires, tous placés
La production est limitée à 64 unités dans le monde, chacune configurée individuellement par son propriétaire. Le constructeur indique que l’ensemble des allocations actuelles est déjà réservé, ce qui rend la question du tarif largement théorique. Aucun prix n’a été communiqué.

McLaren emprunte la même direction
L’autre présentation britannique du week-end va dans le même sens. McLaren a dévoilé la McL 6GT, un concept dont la production n’est pas attendue avant 2028 et qui associe un V8, une boîte manuelle et une propulsion, avec un dessin inspiré de la M6GT que Bruce McLaren n’avait jamais pu produire en série.
La marque présente ce modèle comme un avant-goût de la direction que prendront ses futures voitures. Ni la puissance, ni le nombre d’exemplaires, ni le tarif n’ont été précisés.
Ce que ces deux voitures disent du segment
La convergence mérite d’être relevée sans être surinterprétée. Deux constructeurs britanniques présentent le même week-end des voitures qui renoncent à l’hybridation, conservent une boîte manuelle et privilégient la légèreté sur la puissance brute.
Ce positionnement ne concerne évidemment qu’une frange infime du marché : 64 exemplaires d’un côté, une production 2028 non chiffrée de l’autre. Il traduit néanmoins une lecture partagée de ce qu’une clientèle très fortunée recherche aujourd’hui, à un moment où la puissance seule ne différencie plus rien, les électriques dépassant sans effort les 690 ch de la S1.
Sur ce terrain, le poids de 997 kilogrammes en dit davantage que la puissance. Passer sous la tonne quand les supercars électriques approchent les deux relève d’un choix d’ingénierie assumé, pas d’un argument commercial.





