Renault Group et le groupe belge Dumarey ont signé le 22 octobre un accord portant sur l’acquisition d’Alpine Racing SAS, l’entité qui porte les activités motorsport de Viry-Châtillon. La reprise inclurait les équipes et les actifs nécessaires à l’exploitation du site. L’opération n’est pas finalisée et reste suspendue à la consultation des représentants du personnel et à des autorisations réglementaires.
Viry-Châtillon va changer de mains. Renault Group et le groupe belge Dumarey ont annoncé le 22 octobre un accord prévoyant l’acquisition d’Alpine Racing SAS, l’entité juridique qui porte les activités motorsport exploitées à Viry-Châtillon. La reprise ne se limiterait pas à une coquille, puisqu’elle inclurait les équipes et les actifs, corporels comme incorporels, nécessaires à l’exploitation du site.
Un accord signé, une cession pas encore réalisée
Le calendrier impose la prudence sur le vocabulaire. Il s’agit d’un accord signé, pas d’une cession réalisée, et deux conditions restent à lever. La procédure légale d’information et de consultation des représentants du personnel doit se dérouler, et les autorisations réglementaires nécessaires doivent être obtenues. Aucune des deux n’est acquise à ce stade.
Le projet a déjà été présenté aux salariés. Un comité social et économique extraordinaire s’est tenu, et le résultat de la consultation sera rendu lors d’une réunion ultérieure. Le prix, lui, n’est pas communiqué : les deux groupes n’ont publié aucun montant, et aucune échéance de réalisation n’est annoncée. À la clôture, l’entité basculerait entièrement et opérerait sous la marque, la propriété et la direction de Dumarey.
Viry-Châtillon et Enstone, deux entités distinctes
C’est la confusion la plus facile à commettre sur ce dossier. Alpine Racing SAS, à Viry-Châtillon, est une entité différente d’Alpine Racing Limited, basée à Enstone au Royaume-Uni. La seconde n’est pas concernée par cette opération : c’est elle qui porte les activités de Formule 1 de l’écurie BWT Alpine, et elle reste dans le périmètre du groupe. L’écurie n’est donc pas vendue, contrairement à ce que le raccourci laisserait entendre.
La répartition des rôles était déjà celle-là. Viry développait les moteurs, Enstone conçoit et exploite les châssis, et l’entité britannique avait cédé 24 % de son capital à un consortium d’investisseurs pour 200 millions d’euros. L’écurie continue donc sa saison sans changement, Pierre Gasly y ayant signé une pole position à Monza, première pour un Français depuis Alesi.
Cinquante-sept ans d’histoire et vingt-trois titres
L’histoire du site est longue et documentée. Renault-Gordini s’y est installé en février 1969, Renault Sport est née en 1976, et l’activité Formule 1 a démarré en 1977. Renault y présente plus de quarante ans de développement en Formule 1, et y revendique une expertise reconnue en systèmes de propulsion hybride et électrique, en simulation, en logiciels et en essais.
Le palmarès moteur est considérable. Douze titres constructeurs et onze titres pilotes ont été remportés avec des moteurs Renault, aux côtés de Williams Racing, Benetton, l’écurie Renault et Red Bull Racing. Deux ères se détachent dans ce décompte, Fernando Alonso ayant été titré en 2005 et 2006 avec l’écurie Renault, et Sebastian Vettel de 2010 à 2013 avec Red Bull Racing et Red Bull Technology. Ce décompte ne figure toutefois pas dans le communiqué de cession.
La décision qui a conduit à cette cession est ancienne de deux ans. Renault a annoncé en septembre 2024 l’arrêt de son moteur de Formule 1 après la saison 2025, pour une économie estimée à environ 120 millions d’euros par an. Le changement est effectif depuis cette année, Alpine courant avec des moteurs Mercedes-AMG PETRONAS depuis 2026.
Le site comptait alors près de 350 personnes. Environ 150 salariés seraient repris selon les éléments de presse, et c’est cet écart qui alimente l’inquiétude. Le communiqué, lui, ne publie aucun effectif et indique seulement que l’ensemble du personnel de l’entité serait transféré.
La reconversion promise reste contestée. Le maire de Viry-Châtillon et la CGT reprochent à Renault d’être revenu sur ses engagements, notamment sur le volet hydrogène. Le groupe affiche par ailleurs une santé commerciale solide, avec 1,16 million de ventes au premier semestre et Alpine en forte progression. Cela replace l’arbitrage sur Viry dans un groupe qui ne traverse pas, à cette date, une crise commerciale généralisée.
Ce que veut Dumarey, et le précédent de Strasbourg
Le repreneur met en avant la préservation du savoir-faire. Guido Dumarey, président et fondateur du groupe, estime que le site de Viry-Châtillon s’est forgé une forte réputation en ingénierie de pointe et en innovation. Le projet annoncé est une diversification : conserver l’ingénierie motorsport, propulsion hybride et électrique, simulation, logiciels et essais, puis la valoriser dans l’automobile, l’aérospatial et l’industrie. Trois débouchés donc, dont deux hors de l’automobile. Côté vendeur, le ton est celui de la reconnaissance, Axel Plasse, vice-président d’Alpine Tech, y voyant une reconnaissance de l’expertise historique du site.
La prudence des salariés a une raison précise. Dumarey a annoncé en janvier la fermeture de son usine de Strasbourg, et 320 emplois étaient concernés. Le précédent ne préjuge de rien sur Viry, les deux sites n’ayant ni le même métier ni le même positionnement, et aucune décision comparable n’étant annoncée en Île-de-France. Il explique en revanche la demande de garanties, un engagement de préservation valant par sa durée et par ses contreparties.
Trois points restent ouverts à ce stade. La durée d’une éventuelle garantie d’emploi, l’inclusion ou non des murs dans le périmètre, et le sort des autres activités du site ne sont pas tranchés.
La question des murs est la moins commentée et pas la moins importante. Un repreneur qui acquiert l’activité sans l’immobilier reste locataire du vendeur, ce qui change la nature de son engagement à long terme. Le communiqué évoque les installations techniques et les actifs nécessaires à l’exploitation, sans dire si les bâtiments en font partie.
La durée d’une garantie d’emploi est l’autre inconnue déterminante. Un engagement de deux ans et un engagement de dix ans n’ont pas la même portée pour des ingénieurs spécialisés, dont les compétences ne se redéploient pas facilement hors du motorsport.
Un savoir-faire ne se conserve pas par communiqué
Ce qui fait la valeur de Viry n’est pas dans les actes de cession. Ce sont des équipes, des moyens d’essais et des programmes capables de les occuper, et c’est sur ce dernier point que tout se jouera.
L’engagement en sport automobile relève d’une décision stratégique. Il mobilise une décennie de compétences, de technologie et d’image, et il se pilote difficilement à la ligne de coûts annuelle. Un tel arbitrage demande une direction, pas un service achats. Les ambitions d’un constructeur sur le marché et celles qu’il affiche en compétition sont le plus souvent liées, et Alpine en fournit l’illustration, la marque préparant une offensive à six modèles en Amérique du Nord.
La marque poursuit d’ailleurs sa montée en gamme produit, avec le concept A310 Vision présenté au Mondial sur la plateforme APP. Son avenir en endurance reste de son côté ouvert, une piste associant Geely et Signatech ayant été évoquée.
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Un commentaire
Encore une affaire du Bernard Tapie belge (guido dumarey). c’est un pure escroc ! !
Meme l’IA connaît sa réputation
Malheureusement pour les salariés c’est une très mauvaise nouvelle.
Ce monsieur est vraiment très fort politiquement et dans discours.
Vous avez qu à regarder ce qui passe sur les ex -entreprises de zf en France.
C’est complètement lamentable.
Ça formule. s’enrichir en rachetant des entreprises qui ne valent plus rien et récupérer le foncier des entreprises pour les revendre.
et oui sa fortune dépasse les 700 millions d’euros.
ce monsieur devrait faire de la prison ! parce qu’il détruit sur son passage. il faut voir comment les salariés finissent.
ah bon entendeur. bonne soirée