Le chiffre le plus parlant du bilan que publie BMW n’est pas le seuil des deux millions. C’est celui-ci : au sein de la famille X3, une commande sur deux porte déjà sur la version 100 % électrique. Pour un modèle disponible en essence, en diesel et en hybride rechargeable, cette proportion dit mieux que tout autre indicateur où en est réellement la bascule.

Le détail du cap franchi

BMW a remis en août sa deux millionième voiture 100 % électrique. Il s’agit d’une i5 M60 xDrive, produite à l’usine de Dingolfing et livrée à un client espagnol. Le décompte démarre fin 2013, avec le lancement commercial de la première i3. En intégrant les hybrides rechargeables, le groupe totalise environ 3,5 millions de véhicules électrifiés livrés dans le monde depuis cette date.

Une mise en proportion s’impose pour situer ce chiffre. BMW a écoulé 2,46 millions de véhicules particuliers sur la seule année 2025. Les deux millions d’électriques cumulés depuis treize ans représentent donc à peine dix mois de ventes totales au rythme actuel.

Ce rapport n’invalide pas le seuil, il le replace. Une accumulation sur treize ans se compare mal à un volume annuel, mais elle rappelle que l’électrique reste, pour un généraliste premium, une part du catalogue et non le catalogue.

Ce que le premier semestre 2026 révèle

Les chiffres de période sont plus instructifs que le cumul historique. Sur le premier semestre 2026, plus d’un véhicule vendu sur quatre dans le monde par le groupe était électrifié, ce terme couvrant les électriques à batterie et les hybrides rechargeables.

En Europe, la proportion monte nettement : les véhicules 100 % électriques ont représenté environ 28 % des ventes totales du groupe sur le continent.

Le deuxième trimestre marque l’accélération la plus visible. Les ventes européennes de véhicules électriques à batterie ont progressé de 38 % pour atteindre 81 445 unités, une hausse que BMW attribue directement à la montée en disponibilité de l’iX3.

BMW i5
la deux millionième électrique du groupe est une i5 M60 xDrive livrée en Espagne | © BMW

L’iX3 tire tout le reste

Le modèle inaugurant la Neue Klasse concentre l’essentiel de la dynamique décrite par le constructeur. Depuis sa première mondiale, un véhicule BMW 100 % électrique commandé sur trois en Europe est un iX3. Et au sein de la famille X3, une commande sur deux porte déjà sur la version électrique.

Cette seconde statistique mérite qu’on s’y arrête. Le X3 est un modèle de volume, disponible en plusieurs motorisations thermiques et hybrides. Que la moitié des commandes se portent sur la déclinaison à batterie signifie que le choix ne relève plus d’une clientèle militante mais d’un arbitrage ordinaire entre versions d’un même modèle.

Jochen Goller, membre du directoire de BMW AG chargé de la clientèle, des marques et des ventes, annonce que le seuil des 100 000 commandes sera prochainement atteint en Europe depuis le lancement commercial de l’iX3.

Une i3 qui n’a plus rien à voir avec l’ancienne

Le second modèle Neue Klasse est entré en production en série à l’usine de Munich au mois d’août.

Le constructeur évoque une demande élevée entraînant une courbe de montée en cadence prononcée, et une forte dynamique de commandes ouvertes avant même le lancement commercial.

Le nom prête à confusion et mérite d’être clarifié. La nouvelle i3 n’a aucun lien avec la citadine à structure carbone produite de 2013 à 2022, qui inaugurait précisément le décompte des deux millions. Il s’agit d’une berline bâtie sur l’architecture Neue Klasse, dans un tout autre segment.

Usine BMW de Munich
la production en série de la nouvelle i3 a démarré à Munich au mois d’août | © BMW

Le contexte que le communiqué ne mentionne pas

Ces résultats électriques s’inscrivent dans une situation d’ensemble nettement moins favorable, et le rapprochement est nécessaire pour lire correctement l’annonce. Sur le premier semestre 2026, BMW a enregistré 1,15 million de livraisons mondiales, en recul de 4,2 %. La Chine a chuté de 20,4 %, un effondrement qui a effacé les progressions européenne et américaine.

À la mi-juin, le groupe a révisé ses objectifs financiers et vise désormais une marge opérationnelle de 1 à 3 %, contre 4 à 6 % annoncés initialement.

Conséquence directe de cette situation, BMW et MINI ont annulé durant l’été leur participation au Mondial de l’Auto de Paris, pourtant confirmée en janvier, en invoquant des résultats inférieurs aux projections et un changement de priorités. Paris perd au passage le stand Neue Klasse et la berline i3, précisément les produits dont ce communiqué célèbre le succès.

La lecture qui en découle est cohérente : la bascule électrique fonctionne mieux que prévu en Europe, mais elle ne compense pas le décrochage chinois qui pèse sur l’ensemble du groupe.

Ce que la Neue Klasse doit encore prouver

L’architecture Neue Klasse constitue le pari industriel central de BMW pour la décennie. Deux modèles la portent aujourd’hui, l’iX3 et la nouvelle i3.

Un signal technique récent mérite d’être relevé. Sur le marché chinois, BMW a introduit une version d’accès de l’iX3 dotée d’une batterie lithium-fer-phosphate, chimie moins coûteuse que le nickel-manganèse-cobalt employé sur les autres versions. Le constructeur avait bâti sa communication autour de ses nouvelles cellules cylindriques Gen6 et de leur densité énergétique : démontrer que la plateforme accepte aussi la chimie économique ouvre une voie de réduction des coûts pour les futurs modèles d’entrée de gamme.

Cette flexibilité pourrait s’avérer déterminante. Les 28 % de part électrique atteints en Europe ont été obtenus sur des modèles positionnés haut. La question suivante porte sur la capacité du groupe à reproduire cette performance sur des segments où la concurrence chinoise fixe désormais les prix.

Le groupe rappelle enfin son antériorité, en se présentant comme pionnier de l’électromobilité depuis plus de cinquante ans. Sur ce terrain, l’argument tient : la 1602 Elektro de 1972, développée pour les Jeux olympiques de Munich, figure parmi les toutes premières tentatives d’un constructeur européen.

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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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