La course à la batterie de nouvelle génération franchit une étape décisive chez Stellantis. Le constructeur a annoncé conjointement avec son partenaire américain Factorial, l’intégration réussie de cellules à électrolyte solide dans un véhicule de développement, une Dodge Charger Daytona électrique, et le lancement d’un programme d’essais sur route.

Il s’agit de la première intégration automobile de cette technologie prometteuse en Amérique du Nord. Une avancée concrète qui rapproche un peu plus la batterie solide, longtemps cantonnée aux laboratoires, de la réalité de la production de série.

La promesse de la batterie solide : plus d’autonomie, recharge plus rapide

La batterie à électrolyte solide est considérée par l’ensemble de l’industrie comme le Graal de la mobilité électrique. Contrairement aux batteries lithium-ion actuelles, qui utilisent un électrolyte liquide pour faire circuler les ions entre les électrodes, la technologie solide remplace ce liquide par un matériau solide. Le bénéfice est triple : une densité énergétique supérieure — donc plus d’autonomie à poids égal —, une recharge plus rapide, et une sécurité accrue grâce à l’élimination des composants liquides inflammables.

Les chiffres déjà obtenus par Stellantis et Factorial donnent la mesure du potentiel. En 2025, les deux partenaires avaient validé en laboratoire des cellules FEST (Factorial Electrolyte System Technology) affichant une densité énergétique de 375 Wh/kg — nettement supérieure aux meilleures cellules lithium-ion actuelles — avec une recharge ultra-rapide de 15 à 90 % en seulement 18 minutes, et une fiabilité éprouvée sur une plage de températures allant de -30 °C à 45 °C. Des performances qui, transposées en série, transformeraient l’expérience de la voiture électrique.

Le passage du laboratoire à la route, un défi d’ingénierie

L’annonce du 11 juin marque précisément le franchissement de l’étape la plus délicate : le passage de la cellule testée en laboratoire à son intégration dans un véhicule roulant. Un saut technologique qui a nécessité des solutions d’ingénierie avancées. Les cellules FEST ont été intégrées dans un pack batterie existant grâce à une architecture mécanique inédite et brevetée conçue par Stellantis, spécifiquement pensée pour exploiter le potentiel des cellules à électrolyte solide.

Les ingénieurs ont également dû adapter les systèmes de contrôle et la conception du pack pour optimiser les performances tout en répondant aux exigences strictes du secteur automobile en matière de sécurité et de fiabilité. Le véhicule de développement repose sur la plateforme STLA Large, l’une des architectures électriques majeures du groupe, qui sous-tend notamment les grandes Dodge et Jeep électriques. Le choix d’une Dodge Charger Daytona n’est pas anodin : il démontre que la technologie vise d’emblée des véhicules à hautes performances, gourmands en énergie.

Ned Curic, directeur de l’ingénierie et de la technologie de Stellantis, insiste sur un point essentiel : le développement d’une batterie est un exercice d’équilibre, où il ne suffit pas d’optimiser un seul critère mais de livrer des bénéfices concrets dans un véhicule réel. Il souligne par ailleurs que la compatibilité de la technologie FEST avec les procédés de fabrication des batteries lithium-ion existantes constitue une voie clé pour son déploiement à grande échelle — un argument décisif, car il évite d’avoir à reconstruire entièrement les chaînes de production.

Une course mondiale aux enjeux colossaux

Cette avancée s’inscrit dans une compétition technologique planétaire. La batterie solide est l’objet d’une bataille acharnée entre constructeurs et fabricants de cellules du monde entier, chacun cherchant à être le premier à l’industrialiser à grande échelle. Toyota, Nissan, les Chinois CATL et BYD, ou encore les coréens Samsung SDI et LG, investissent massivement dans cette technologie réputée pour être la prochaine grande rupture de la mobilité électrique.

Factorial, entreprise américaine cotée au Nasdaq, occupe une position intéressante dans cet écosystème : elle est soutenue non seulement par Stellantis, mais aussi par Mercedes-Benz, Hyundai et Kia — un consortium qui témoigne de la confiance des grands constructeurs dans sa technologie. Mercedes-Benz a d’ailleurs récemment réalisé des essais routiers ayant permis de dépasser les 1 200 kilomètres d’autonomie sur une seule charge avec un véhicule équipé de cellules Factorial légèrement modifié.

Pour Stellantis, engagé dans son plan FaSTLAne 2030 et dans une transition électrique pragmatique, maîtriser la batterie solide représenterait un atout concurrentiel majeur face à la domination chinoise sur les batteries lithium-ion classiques. Si les essais sur route confirment les promesses du laboratoire, le groupe pourrait disposer d’une arme technologique différenciante pour ses futurs véhicules électriques. Reste désormais à transformer l’essai : entre un prototype roulant et une production de masse fiable et abordable, le chemin demeure long et semé d’embûches techniques. Mais en mettant une batterie solide sur la route, Stellantis vient de prouver que cette technologie n’est plus une simple promesse de communiqué — elle roule désormais pour de bon.


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Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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