Lancia se trouve à un tournant décisif. Après des années de repli drastique, avec un catalogue réduit à un seul modèle (le nouveau Ypsilon), la marque italienne historique prépare son grand retour avec la nouvelle Gamma prévue pour 2026.
Ce SUV compact d’environ 4,70 m doit devenir le fer de lance de la renaissance, mais la question est cruciale : un seul modèle suffira-t-il à sauver Lancia de la menace de disparition au sein de Stellantis ?
La Gamma : le pivot de la renaissance Lancia
Selon les annonces officielles de Luca Napolitano (CEO Lancia), la nouvelle Gamma entrera en production en 2026 dans l’usine de Melfi (Italie). Basée sur la plateforme STLA Medium (la même que Citroën C5 Aircross, Opel Grandland, Peugeot 3008/5008), elle proposera des motorisations hybrides (mild-hybrid et plug-in) et 100 % électriques. Le design s’inspirera fortement du concept Pu+Ra HPE de 2023 : lignes fastback élégantes, signature lumineuse en Y, minimalisme premium et matériaux haut de gamme.
Stellantis a abandonné l’idée d’une gamme 100 % électrique pour la Gamma : les versions hybrides seront privilégiées pour mieux coller aux attentes européennes. La puissance des variantes sportives (dont une HF) pourrait atteindre 280 à 320 ch, avec une autonomie électrique allant jusqu’à 700 km WLTP sur les meilleures configurations. La production à Melfi (en compagnie de la DS N°8, du Jeep Compass, etc.) symbolise le « Made in Italy » que la marque veut mettre en avant.
2025 : une année catastrophique pour Lancia
L’année 2025 a été désastreuse. De janvier à novembre, Lancia n’a immatriculé que 11 000 véhicules (principalement Ypsilon) – une chute de -65,8 % par rapport à l’année précédente. Sur l’ensemble de l’année, le total pourrait plafonner à 12 000 unités. Le marché principal reste l’Italie : hors frontières, la marque est quasi inexistante. Le nouveau Ypsilon (lancé en 2024) n’a pas décollé : prix de départ trop élevés (39 500 €) au lancement, absence d’expansion massive en Europe (seulement Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Espagne, France et Allemagne en cours), et image encore floue.
Stellantis évalue la rentabilité de toutes ses marques – DS Automobiles et Lancia sont les plus menacées. Le nouveau CEO Antonio Filosa a clairement indiqué que des coupes pourraient intervenir pour éviter les doublons dans l’offre. La Gamma sera le test décisif : son succès commercial en 2027 (première année pleine) déterminera l’avenir de la marque. Une décision officielle est attendue début 2026.
Pourquoi un seul SUV ne suffit pas forcément
Le segment des SUV compacts premium est saturé : Audi Q3, BMW X1, Mercedes GLA, Volvo XC40, Lexus UX, Alfa Romeo Tonale… et bientôt Leapmotor C10 (appartenant à Stellantis via la coentreprise). Les Chinois (Leapmotor, BYD, MG, etc.) inondent le marché avec des modèles attractifs à prix agressifs et des renouvellements très rapides. Leapmotor a ouvert les commandes européennes sur T03 et C10 fin 2024, ajouté le B10, et prépare deux nouvelles premières pour le Salon de Bruxelles 2026 (B05 et B03X). Pendant ce temps, Lancia reste avec un seul modèle (Ypsilon) et une Gamma qui arrivera… mi-2026 au mieux.
Lancia n’a pas profité du Brussels Motor Show pour présenter un concept ou une version proche de la production. Seul un Ypsilon Rally2 HF Integrale (version rallye WRC 2026) sera exposé – un choix sportif intéressant, mais qui ne répond pas au besoin urgent de produits accessibles et désirables pour les clients. Sans visibilité ni gamme diversifiée, la marque risque de rester confinée à une niche italienne ultra-réduite.
Lancia a-t-elle encore une chance ?
La Gamma peut être un succès si elle combine :
- un design italien élégant et distinctif
- des motorisations hybrides/électriques compétitives
- un prix attractif (espéré autour de 40-50 000 €)
- une vraie expansion européenne
Mais un seul modèle, arrivant tardivement, dans un segment hyper-concurrentiel, ne suffira probablement pas à inverser la tendance. Stellantis pourrait décider de recentrer ses investissements sur Alfa Romeo (plus rentable) et DS (plus premium), ou même de conserver Lancia comme une marque « capsule » italienne limitée.
La Gamma est une opportunité réelle, mais pas une garantie. Sans accélération massive des lancements et une stratégie prix plus agressive, 2026 pourrait être l’année du verdict pour Lancia. La marque légendaire mérite mieux qu’une survie au rabais – reste à voir si Stellantis lui donnera les moyens de briller à nouveau.