Pour la première fois en France, le tarif moyen de l’assurance tous risques d’une voiture électrique neuve a dépassé celui d’un véhicule thermique équivalent, selon les données compilées par plusieurs courtiers et assureurs spécialisés.
En deux ans, les primes pour les modèles 100 % électriques ont augmenté de +45 % en moyenne, contre +18 % pour les thermiques sur la même période. Cette inversion de tendance, observée dès fin 2025, s’explique principalement par les coûts de réparation des batteries et la complexité technique des véhicules électriques.
Pourquoi les primes électriques flambent ?
Les assureurs identifient trois facteurs principaux :
- Coût des batteries : le poste le plus lourd
Une batterie lithium-ion représente 40 à 60 % du prix d’achat d’un véhicule électrique. En cas de choc même modéré (arrière à 50 km/h, choc latéral), le pack batterie est souvent déclaré économiquement irréparable dès que le dommage dépasse 20-30 % de sa valeur. Remplacement complet : 12 000 à 25 000 € selon la capacité (60-100 kWh), hors main-d’œuvre. Les réparations partielles (remplacement de modules) restent rares et coûteuses en France faute de filière industrielle mature. - Réparations plus longues et complexes
Les véhicules électriques nécessitent des techniciens formés haute tension, des équipements spécifiques (bancs de décharge, outils isolés) et des délais d’attente pour les pièces (batteries, onduleurs, câbles orange). Une réparation moyenne prend 2 à 3 fois plus de temps qu’un thermique équivalent, ce qui gonfle la facture de carrosserie et immobilise le véhicule plus longtemps (indemnisation journalière location plus élevée). - Sinistralité et valeur résiduelle
Les VE sont plus souvent victimes de vols (câbles de charge, batteries ciblées) et d’accidents avec dommages importants (poids élevé, rigidité accrue). La valeur résiduelle chute plus vite après un sinistre : un Model Y ou un ID.4 de 3 ans perd 50-60 % de sa valeur si la batterie a été touchée, contre 35-45 % pour un thermique similaire.
Chiffres clés en France (début 2026)
- Prime tous risques moyenne VE neuf (2025) : +45 % vs 2023
- Écart moyen actuel : +12 à +18 % par rapport à un thermique de même gamme et puissance
- Exemples concrets :
– Tesla Model Y Long Range : prime moyenne 1 450-1 850 €/an
– Volkswagen ID.4 Pro : 1 300-1 700 €/an
– Peugeot e-3008 : 1 200-1 550 €/an
– Équivalent thermique (Audi Q4, Peugeot 3008 hybride, VW Tiguan) : 1 050-1 400 €/an
Ces tarifs intègrent déjà la surprime « électrique » appliquée par la plupart des assureurs depuis 2024 (+15 à +30 % selon les compagnies).
Impact sur les acheteurs et le marché
Pour les particuliers, l’écart se creuse surtout sur les modèles haut de gamme (Audi Q4 e-tron, BMW iX1, Mercedes EQA, Tesla Model Y). Les petites citadines électriques (Fiat 500e, Renault Twingo E-Tech, Citroën ë-C3) restent encore proches des thermiques grâce à des batteries plus petites et des réparations moins coûteuses.
Les flottes d’entreprise et les loueurs longue durée sont les plus touchés : une surprime de 200-400 €/an par véhicule peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros sur un parc de 100 voitures. Certains optent désormais pour des hybrides rechargeables ou reviennent aux diesels pour maîtriser les coûts d’assurance et de TCO (Total Cost of Ownership).
Perspectives pour 2026-2027
Les assureurs prévoient une stabilisation relative si :
- La filière de réparation des batteries se structure (centres agréés, réemploi de modules)
- Les constructeurs améliorent la protection des packs (structures anti-choc renforcées)
- Les coûts des batteries baissent (prévisions -20 % d’ici 2028)
En attendant, l’assurance reste un frein réel à l’adoption massive des électriques pour les gros rouleurs et les familles. Les assureurs spécialisés (Direct Assurance, Allianz, AXA, Groupama) proposent parfois des formules « pack VE » avec franchises adaptées et assistance dépannage renforcée, mais les écarts persistent.
