À l’occasion de la journée nationale de l’autopartage, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a dévoilé une feuille de route qui marque un tournant majeur dans la stratégie française de mobilité. L’exécutif veut porter la flotte nationale à 70 000 véhicules mutualisés d’ici 2031, soit cinq fois plus que les 14 000 recensés début 2025.
Cette montée en puissance doit accélérer la transition vers des déplacements plus sobres, réduire la pression automobile dans les centres urbains et inciter les ménages à revoir leur rapport à la voiture individuelle.
Ce cap ambitieux s’appuie sur quatre leviers que l’État souhaite activer rapidement. Le premier concerne l’accès aux services : une inscription unifiée via un identifiant unique devrait simplifier l’entrée dans l’autopartage et supprimer les obstacles administratifs. Le deuxième vise la visibilité des stations dans les calculateurs d’itinéraire, encore trop limitée aujourd’hui. Troisième axe : un soutien renforcé aux collectivités pour aménager et déployer de nouvelles stations. Enfin, le gouvernement veut encourager les entreprises à mutualiser leurs propres flottes, d’abord en interne puis, si les conditions le permettent, en ouvrant progressivement ces véhicules au public.
L’Ademe sera chargée de conduire, dès 2026, une expérimentation nationale pour mesurer les impacts concrets de ces mesures et identifier les meilleures pratiques à généraliser.
Une filière enthousiaste face à une feuille de route structurante
La réaction des acteurs du secteur ne s’est pas fait attendre. L’Association des Acteurs de l’Autopartage (AAA) a salué une annonce « structurante » et souligné son impact environnemental potentiel. Selon elle, atteindre 70 000 véhicules permettrait d’éviter une mégatonne de CO₂ par rapport à 2023, un gain significatif à l’heure où les villes cherchent à décarboner leurs mobilités et à désengorger leurs centres.
L’AAA rappelle également que l’autopartage constitue déjà un levier efficace pour réduire la possession automobile. Les dernières données nationales montrent en effet qu’un véhicule en boucle remplace entre cinq et huit voitures particulières. À l’échelle d’un pays où l’on compte plus de 40 millions de véhicules, l’impact d’une montée en charge est donc potentiellement immense.
Un marché qui progresse mais reste loin des leaders européens
Si la dynamique est bien réelle, la France conserve toutefois un retard notable. Au 1ᵉʳ janvier 2025, le pays comptait plus d’un million d’inscrits, soit une progression de 11,5 % en un an. Dans le même temps, le parc national d’autopartage atteignait 13 862 véhicules, un chiffre en hausse mais encore bien loin de celui de l’Allemagne, qui dépassait 45 000 véhicules à la même période.
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La filière française réunit désormais plus de 25 opérateurs, parmi lesquels Agilauto Partage, Citiz, Communauto, Mobilize Share, Leo&Go ou encore Getaround. Cette diversité contribue à la vitalité du secteur, mais elle rend indispensable la création d’outils d’accès plus homogènes pour l’utilisateur, ce qui explique la volonté gouvernementale d’un identifiant unique.
Des pratiques qui évoluent et redessinent la mobilité du quotidien
L’enquête nationale de l’Ademe, publiée en 2022, éclaire les usages réels de l’autopartage. Les réservations durent majoritairement moins de quatre heures, avec une forte concentration sur les trajets professionnels, les courses du quotidien ou l’accompagnement des enfants. Cette temporalité spécifique montre que les voitures partagées s’intègrent surtout dans une logique de complémentarité et non de substitution totale à la mobilité personnelle.
Les utilisateurs adoptent également une mobilité plus diversifiée. Ils prennent davantage les transports publics (+18 %), le train (+29 %), le vélo (+22 %) et même la marche (+38 %). Ces chiffres illustrent une transformation progressive des habitudes, moins centrée sur la voiture et plus orientée vers un ensemble de solutions combinées.
Autre élément notable : 80 % des usagers déclarent dépenser moins qu’en possédant un véhicule personnel. Cette perception économique joue un rôle clé dans l’attractivité croissante du secteur, surtout dans un contexte d’augmentation du coût d’usage des voitures particulières.
Un cap ambitieux pour encourager un basculement culturel
Avec un horizon fixé à 2031, le gouvernement espère créer un véritable effet d’entraînement, capable d’amener plus de ménages à renoncer à la seconde voiture, ou même à la possession individuelle lorsqu’un service d’autopartage est bien développé.
Le succès de cette stratégie dépendra cependant de la capacité collective — État, collectivités, opérateurs et entreprises — à densifier rapidement le maillage, à rendre l’offre lisible et à garantir une expérience fluide pour les utilisateurs. La France entre désormais dans une nouvelle phase : celle où l’autopartage n’est plus un service marginal mais une brique centrale de la mobilité de demain.

