Il y a soixante ans naissait l’une des silhouettes les plus aimées de l’histoire automobile. Le Spider Alfa Romeo, que le monde a fini par appeler Duetto, n’était pas seulement une voiture de sport italienne parmi d’autres.
C’était le dernier projet supervisé personnellement par Battista Pininfarina, une ligne dessinée comme un testament esthétique, et la future vedette d’un film qui allait en faire une icône mondiale.
Le dernier projet de Battista Pininfarina
La silhouette du Spider frappe par ce qu’elle n’a pas : aucun artifice, aucune ostentation. Le profil dit « osso di seppia », en référence à l’os de seiche dont il épouse les contours arrondis, est d’une élégance qui semble flotter. Les lignes coulent d’avant en arrière avec une évidence désarmante, comme si la forme avait toujours existé et qu’il n’avait suffi que de la révéler. C’est le dernier acte de Battista Pininfarina en tant que superviseur d’un projet de cette envergure. Le résultat porte cette responsabilité avec une légèreté remarquable.
Un nom choisi par 140 000 Italiens, impossible à protéger officiellement
À sa naissance, la voiture n’a pas de nom. Alfa Romeo décide de soumettre la question aux passionnés et organise un concours public : « Spider 1600 : donnez-lui un nom ». Près de 140 000 Italiens répondent. Le gagnant, Guidobaldo Trionfi, propose Duetto. Un mot doux, presque gourmand, qui semble aller de soi. Alfa Romeo tente de l’enregistrer officiellement, mais le nom est déjà utilisé par d’autres entreprises et ne peut être protégé. Peu importe : le public a déjà tranché. Duetto reste, pour toujours, le surnom que l’histoire a retenu.
Le Lauréat, Dustin Hoffman, et une route qui ne finit pas
En 1967, la carrière du Spider prend un virage que personne n’avait anticipé. Dans Le Lauréat de Mike Nichols, Dustin Hoffman file vers son destin au volant d’un Spider rouge. L’image, portée par la musique de Simon & Garfunkel, devient instantanément un symbole de jeunesse et d’audace. Les salles obscures ont fait ce que les catalogues n’auraient jamais pu accomplir seuls : le Duetto n’est plus une voiture. C’est une émotion qui se déplace.
L’Amérique découvre ensuite la voiture en vrai lorsque le transatlantique Raffaello débarque trois Spider à New York, une blanche, une rouge, une verte. Le pays adopte cette beauté italienne accessible, sincère et joyeuse, alternative romantique aux exotiques hors de portée.
Trente ans de production, de l’os de seiche à la coda tronca
Le Spider ne s’est jamais figé. La version 1750 Veloce, la Junior 1300, puis la « coda tronca » à partir de 1969 avec son arrière tronqué qui rompt avec la queue d’origine, jusqu’aux dernières déclinaisons de la série 4 dans les années 1990 : chaque évolution a gardé intacte la promesse originale. Une conduite directe, un moteur bialbero qui chante, une légèreté qui engage. Le Spider restera en production près de trente ans, preuve que certaines formules n’ont pas besoin d’être réinventées pour durer.
En 2010, Pininfarina célèbre les cent ans d’Alfa Romeo en imaginant le concept 2uettottanta, réinterprétation moderne respectueuse du geste originel. Un rappel que les mythes ne vieillissent pas, ils se transforment.
Alain Descat, directeur d’Alfa Romeo France, résume ce que soixante années ont confirmé : « Le Duetto n’est pas seulement une Alfa Romeo : c’est un symbole universel de style et de liberté. Soixante ans après, il continue d’inspirer notre vision de l’automobile : une voiture doit émouvoir, raconter une histoire, donner envie de prendre la route. »
